Absolument différent

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p style=”text-align: justify;”>ceBien, je tergiverse, ici. Donc, donc, donc, quand t’es une sorte de Verlaine du trou du cul du monde, t’imagines pas le choc de rencontrer une sorte de Rimbaud. Parce que c’est ça, exactement ça. T’es un brave petit gars, gentil et civilisé, si civilisé, et paf ! le choc frontal avec un être autre, qui ne suit aucune des règles qu’on t’a inculquées, qui vit comme ça vient, au jour le jour, ou plutôt, de la nuit à la nuit…
 On pouvait pas imaginer deux êtres plus mal assortis. Le moindre de nos réflexes entrait en conflit. Tout ce que nous étions avant entrait en conflit ouvert. Et donc, nous avons dû désapprendre. Elle m’a appris à mourir chaque nuit, à boire l’argent que j’avais gagné sans me préoccuper du lendemain, juste pour la volupté du moment. Oui, c’est ça, elle m’a enseigné la volupté du moment, et à goûter les extrêmes. Moi qui évitais les problèmes, elle m’a appris à y survivre, car elle va nous y plonger, presque chaque nuit. Nous allons dessiner un cercle symbolique, autour de nous, un cercle de 200 à 400 kilomètres et ce serait notre lit. Le paysage allait nous absorber, de lieu noir en lieu noir. Elle allait inverser les codes, comme à la première intersection, en rentrant dans la salle de bain. Elle allait tout inverser, les codes et le monde.

Mais dit comme ça… ça ment. Ce sera long, très long. Des premiers échanges si civilisés jusqu’à la plongée définitive dans la nuit, il y aura des mois, et au bout, des années. Lent. J’ai résisté. Et elle courrait plus vite que moi, sa vie courrait encore, avec ses amants d’un soir, ses occasionnels, et moi, parfois, dedans, comme le type solide et fixe, celui à qui elle pouvait tout dire, même le pire. Solide et fixe ?

[Comment j’ai fait pour pas la voir ? Cette question m’a torturé. Je vois les filles normalement. Alors, pourquoi, dans certaine situation bien spécifique, pourquoi je ne vois rien ? Pourquoi l’information n’arrive pas jusqu’à ma conscience ? Réflexe de défense ? Ou le contraire ?]

Ha, tu vas apprendre ce que ça veut dire, quelqu’un qui n’a vraiment peur de rien, de personne, quelqu’un qui à 23 ans a plus d’expérience qu’un vieux soldat !
Tu écris ça, maintenant, et tu as presque honte. De quoi ? De ce que le temps a fait. Tu te sens responsable de ce que le temps a fait. Tu as collaboré à la mort de cette comète, dans le temps, dans la survie, la bête, conne, crasse, inutile survie.

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p style=”text-align: justify;”>Quand tu rencontres quelqu’un comme ça, qui n’a que deux modes, construction/destruction, et qui a une énergie absolument anormale pour les deux, un être qui brille et brule tout sur son passage, provoquant amour et haine infinie. Amour et haine universelle. Combien de gouines succomberaient la nuit ? Combien d’abrutis hors d’eux voudront la tuer ? Et je pourrais dite que je l’ai sauvé mille fois. Mais je n’en suis pas sur. Elle était bien arrivée jusque-là sans moi ! Oui, j’ai esquivé les coups qui pleuvaient dans sa direction, oui, je l’ai couvert de mon corps, récupéré, soulevé, et je l’ai ramené, et je l’ai cherché des nuits entières, parce que je l’ai perdu mille fois. 

Et je l’ai surtout attendu, comme une vierge éplorée, agrippée à la dernière molécule de son odeur sur la fringue qu’elle ne manquait jamais d’oublier chez moi. À la molécule, je bandais. À la molécule, juste une, j’ai pas compté, mais à la molécule, je bandais à m’en faire mal. Tous tombaient, et moi avec. Même si j’avais résisté, et tentais de garder une contenance, flegmatique. Non, on ne résiste pas à un ouragan. Et parmi les intersections, nous nous avouerons un jour qu’à chacun de nos rendez-vous manqués, parce que nos rendez-vous manquaient, à chaque rendez-vous manqué, nous devions nous branler pour nous calmer, chacun de notre côté. Le choc de la symétrie, encore. 

Absolument différent, mais les intersections.

Tu savais pas ce que c’était le désir, petit gars. Le vrai désir, celui qui passe outre, qui file la nausée, te retourne les entrailles, qui donne envie de crier, qui rend toute chose comme morte. Monde mort. Tous mort. Juste ta pulsation brulante dans un univers glacial. Juste cette envie insupportable de fondre ta chair dans la sienne ! Des douleurs infernales. Et pourtant, c’était si mignon au début, cette fois-là, alors que j’avais pris l’habitude de l’embarquer boire un coup en ville, qu’on rentrait sage, que je la ramenais à sa vie, c’était à 50 mètres de chez elle, la voiture ralentissait, et je dis, « mais… Le problème, c’est que je t’aime maintenant » et elle me répond, simplement « moi aussi, je t’aime. Et alors ? » C’était mignon, mais elle viendra habiter chez moi trois ans plus tard, trois très longues années de tempêtes perpétuelles, de séparations et de fusion, d’expérience, d’erreur, d’apprivoisement réciproque, de désespoir et d’euphorie…

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