art

Portait : Sole Otero

In extremis, je suis passé voir Sole Otero, jeune designeuse et dessinatrice argentine qui termine sa résidence, et scannérise les planches de son histoire d’amour entre un[e] extraterrestre et un humain… (Quelque chose comme ça, je crois… J’espère lire quand elle sera terminée !)

 

Istrati ! genèse d’un livre

Le nouveau livre de Golo, « Istrati ! » (Actes Sud BD), est en librairie. C’est un gros pavé bleu gitane, roman picaresque comme on en fait plus, gorgé de péripéties, grouillant de vie et d’esprit, qui renoue avec une longue tradition du récit de voyage et revivifie le souvenir de Panaït Istrati, éternel vagabond comme les aime tant Golo. Et ces 276 pages d’aventures ne sont que le premier tome de cet immense roman des romans d’Istrati sur lequel Golo travaille depuis 2014. j’ai assisté à la gestation de la chose, à la masse difficile à saisir de labeurs, composés de lectures intégrales, de recherches historiques, iconographiques (et un livre comme ça est bien l’équivalent d’une thèse), d’écritures et de dessins en quantité qui dépasse de beaucoup le résultat final.  Tout ça pour le plaisir du lecteur. Et le plaisir est là, j’ai déjà goûté ! 

Pour avoir assisté à cet immense voyage immobile, je ne peux qu’en témoigner à l’aide de quelques photographies : Read More →

Artification

Jeudi matin, j’ai entendu une communication courte mais limpide de Nathalie Heinich sur les mécanismes sociaux de l’artification, (néologisme bien pratique).

Je ne sais à peu près rien des polémiques autour de la sociologue, me méfie de la manière aujourd’hui dont les gens confondent fiction et réel, discours scientifique et opinion. Je ne peux juste que rendre compte de la clarté de l’exposé rapide de ce jeudi.

Note une conséquence de son histoire de l’artification de la peinture et de la sculpture. Ces disciplines presque honteuses au moyen-age devenues prestigieuse au XIXe siècle, le nombre d’aspirant explosa. Les métiers de création n’ayant besoin que de peu d’élu, la poussée démographique provoqua la paupérisation des aspirants. Mécanique.

Et, donc, implicitement puisque ce n’était pas le propos de Nathalie Heinich, l’artification de la peinture a fabriqué les « maudits » et « la bohème ». Mécanique.

Il faudra un jour faire le compte de l’influence des émissions de TV littéraire, rendant un métier de l’ombre brillant, sur la paupérisation des écrivains. 

Et des écoles d’Art sur la paupérisation des artistes…

Et de tous les encouragements sociaux, structurels, à entreprendre des métiers normalement « à vocation », complexes, dangereux et hasardeux, avec pour conséquence en contradiction avec l’aura sociale, la transformation des auteurs et des artistes en prolétariat corvéable à merci. 

 

une Histoire engloutie par François Henninger

Je ne sais pas pourquoi (un truc enfantin), mais j’aime particulièrement les macro-micropublications. Encore une, d’un dessinateur que j’aime beaucoup : François Henninger. J’avais aimé ses dessins, comme j’avais aimé son livre avec Thomas Gosselin. Je le retrouve là avec un cahier sérigraphié par T.Toth en grand : 35X50. ça se glisse pas n’importe où.

Sur les traces d’Henri Michaux fasciné par la graphie pure, François Henninger propose un geste gratuit, une bande dessinée factice, au dessin factice, au texte factice, pure apparence jusqu’au paratexte, un objet livre entièrement voué à l’esthétique de l’illisible, du presque-signe, pseudo-manuscrit apocryphe d’une histoire engloutie.  

Bonjour monsieur Caldeira

Il existe aujourd’hui une belle scène mondiale de la peinture néo-réaliste. Presque envie de dire « comme il existe une scène mondiale d’à peu près tout ». Mais oui, il y a une scène vivante, vivace et passionnante, même si à leur propos j’aime rarement tout, quel que soit le peintre, et que l’exercice flirte souvent avec le kitch.

Mais quand on aime la peinture, il n’y a aucune raison de s’en priver, et c’est souvent réjouissant, puisque ces néo-là jouent avec toutes les modalités de l’image, récupérant toutes les sources et tous les codes des productions visuelles actuelles pour réinvestir ce bric-à-brac de notre environnement sursaturé dans le geste simplifiant, classique et relativement primitif de la peinture.

Dans le lot, Juliano Caldeira s’en sort presque toujours (du kitch) par la violence et l’ironie (comme Katharina Ziemke s’en sort aussi, mais pas toujours, par l’outrance chromatique).

Alors, « la rencontre », un diptyque amusant de Juliano Caldeira, qui d’un geste parfaitement classique, vient jouer frontal avec « la rencontre » de Courbet.

Passé l’ironie, on pourra penser à un discours simpliste et réactionnaire, mais le surjeu des personnages et l’agressivité de celui qui, dans la peinture de Courbet, représentait le peintre lui-même permet de se méfier d’une interprétation trop rapide. 

Et depuis ce tableau de 2009, entre réalisme et onirisme, référence classique et emprunt aux distorsions vidéo et numériques, le travail de Juliano Caldeira s’est fortement déplié et ses dessins, en particulier, sont très beaux.

 

Invisible Alice Martin de Voos

Ce matin, il me vient l’idée saugrenue de trouver des traces visuelles d’Alice Martin de Voos (née Marie Françoise Genet), cette dessinatrice de la fin du XIXe siècle qui a la particularité d’être la tante de Jean Genet. Outre la confusion possible avec Martin de Voos (ou Maarten de Vos), peintre flamand de la fin du XVIe qui lui apparaît facilement, pour cette artiste qui a participé au salon de 1888, les moteurs de recherche ne donnent rien. La fiche Wikipédia existe, maigre et non illustrée.

Il est parfaitement possible que la carrière artistique d’Alice Martin de Voos soit dérisoire et que ses images ne soient pas particulièrement remarquables, mais il y a tant de médiocres répertoriés sur le web que c’est toujours étrange de « ne rien voir »…

Mais je suis têtu, et donc, je la trouve page 18 du N° 1879 d’avril 1893 du Monde Illustré. La version gravée d’un de ses dessins d’illustration de presse, conforme à ce qui se faisait à l’époque.

Et toujours sur Gallica, une gravure encore, avec le dessin atribué » à « De Voos » sans certitude…

C’est bien maigre, et pas facile d’en penser quoi que ce soit, mais pour un début, c’est déjà mieux que le vide premier des résultats des moteurs de recherche…

Et ça ne pèse rien face à la déferlante réjouissante des images de son pornocrate de mari, Martin Van Maele !

 

Sarah Merhej & Lisa Frühbeis - Photo Alain François

Sur mon pictorialisme

J’ai pris en photo Sarah Merhej & Lisa Frühbeis dans leur atelier commun. Le dernier jour d’atelier pour Lisa, qui commence à décrocher ses planches en chantier de la table à dessin et du mur métallique.

Et je poste cette photo sur facebook le 21 septembre 2017…

Mes photographies fantômes, de ces images mentales mouvantes, incertaines, qui viennent jouer avec mon regard présent, sont de sources diverses. Il y a, bien sûr, des références à des esthétiques convenues de l’Histoire de la photo. Mais je lorgne souvent vers le photogramme et donc le cinéma, et sur ma culture majeure d’origine : la peinture. Et il faudrait ajouter des sources secondaires d’imageries, mineures, et souvent considérées comme vulgaires.

Mais oui, je crois que je suis souvent pictorialiste. Dans le sens où j’aime parsemer les images de clin d’œil à la « grande peinture » qui a ses tics et ses codes comme toutes les imageries. C’est peu relevé, mais de temps en temps, comme là, par l’œil affûté de Fabrice Neaud…

 

Golo en photo pour Cairo Comix

Bon, ce n’est pas tout à fait le premier événement facebook qu’une de mes photos illustre, mais ça fait plaisir de voir celle-ci servir pour annoncer la signature en avant-première du nouveau livre de Golo pendant le Festival de BD du Caire. Même si je trouvais cette photo de Golo pas très réussi… La voilà entière :

Golo chez lui - Photo Alain François

Je pense que pour la com dans sa période « barbe », j’aurais préféré celle-ci :

Golo devant le Musée de la bande dessinée

En attendant, c’est maintenant https://www.cairocomix.com

Et la photo se retrouve aussi là :

Xavier Bouyssou - Photo Alain François

Portrait : Xavier Bouyssou

Hier soir, pour le pot de départ de Lisa Frühbeis, Seul Xavier Bouyssou était dans une lumière amusante. Un peu l’impression qu’il a joué dans un Beineix, mais je ne résiste pas à la capacité d’évocation de certaines atmosphères.

Xavier Bouyssou - Photo Alain François

Mon premier livre de science fiction

Je me souviens de quoi, exactement ? Pas grand chose. Une impression de supermarché, pendant des vacances à la mer. Supérette, plutôt, en fait, car sensation plus que souvenir d’un tout petit rayon livre à droite en entrant. Avoir le « droit » de choisir un livre dans un maigre choix. Ne rien reconnaître. Prendre un petit livre coloré séduisant. Quel âge ? Je ne sais pas, mais sensation d’une audace dans le choix, de passer un cap de maturité.

C’était un petit roman de SF de Joseph Greene : « La Cité perdue« , édité par les Deux Coqs d’Or dans la collection « Étoile d’or »

Et ensuite, d’avoir été charmé par ma lecture. Au point que débutera ainsi une longue passion pour la Science Fiction. Mais j’étais trop petit pour une bibliophilie active et volontaire. Je ne rechercherais pas la collection. Viendrons ensuite les « bibliothèque verte » (j’ai zappé la rose), et c’est seulement des années plus tard, pendant le temps du collège, que je passerais massivement aux collections de J’ai Lu, Pocket, Fleuve noir…

Aujourd’hui, ce petit livre qui est resté plus de 40 ans dans le grenier de mes parents a été adopté par Sophie Guerrive (qui m’a envoyé la photo en vignette en haut), et je me rends compte que je ne sais plus vraiment ce qu’il raconte.

Mais oui, c’est ce livre unique, tout petit, tout modeste, qui a planté la graine du goût pour les extraterrestres, les voyages interstellaires, les mondes étranges… Et c’est sûrement ce livre qui a fait que je ne passerais pas au polar après toutes ces enquêtes en « bibliothèque verte », comme ça aurait pu être logique.

[ Au passage, si je connais le premier, je ne connais pas mon dernier livre de science-fiction, quand vers 16 ou 17 ans le goût m’en est passé, brusquement, mais je connais parfaitement le dernier auteur de SF que j’ai lu : Philip K. Dick ]

Et aujourd’hui, sur ce site : https://strenae.revues.org/1605? je trouve ce document épatant qui montre l’illustration originale de la couverture, par le peintre Giovanni Giannini, avec les indications de cadrage et réduction pour l’impression, document qui réveille mes souvenirs…

Lampiste N° 2 comment j’ai été sauvé par des castors

La seconde livraison de « Lampiste » le minizine (A6) de Matthias Lehmann, est arrivé jusqu’à moi, tranquillement… Et ce 2e Lampiste est encore plus drôle que le précédent qui s’intitulait « Pourquoi Richard m’a tué« .

Toujours le même principe : un souvenir d’enfance de Matthias Lehmann complet, terrible et drolatique, en 16 pages ciselées.

Dans ce numéro, une seule invitée : Sophie Darcq qui signe la 4e de couverture :

Thomas Mathieu - Photo Alain François

Portrait : Thomas Mathieu

En général, je ne connais pas le travail des gens que je rencontre. Je découvre la personne, et ensuite je trouve (a minima) civil de me pencher sur ses productions artistiques ou livresques. Parfois, une exception, comme Thomas Mathieu que j’ai rencontré la semaine dernière. Thomas Mathieu, c’est l’homme du « Projet Crocodiles », un tumblr dans lequel il publie depuis quelques années des témoignages de « harcèlement et de sexisme ordinaire » qu’il met en scène en bande dessinée. Et j’avais lu quand ses planches étaient devenues virales.

Déjà, la bande dessinée de reportages est relativement rare [Elric me signale au passage que depuis une quinzaine d’années, ce n’est plus vrai] mais il est encore plus rare que l’auteur s’efface derrière le témoignage. 

Je découvre à l’occasion de ce post que le Tumblr est maintenant dessiné par Juliette Boutant. Ce passage de flambeau pointant bien à la fois la modestie de la démarche (porter les témoignages sans sur-écriture excessive), et même son côté « d’utilité publique », qui là, pour le médium, est plus que rare.

Car on est très loin, ici, de l’insignifiance de la presque totalité de la production livresque (et j’englobe ici littérature et BD) ou de la putasserie de la production pseudo-sociétale habituelle. Le dispositif qui a été beaucoup discuté est malin, simplifiant, effaçant l’anecdote pour se focaliser sur les situations, donnant aux témoignages singuliers une dimension universelle. Si universelle que la réception est souvent violente. Pour l’écriture de ce tout petit billet, je suis passé lire un article d’un grand journal, et par faiblesse, j’ai glissé vers les commentaires. Je suis peu armé contre l’insondable de la connerie humaine, mais c’est à la mesure des réactions qu’on peut estimer la pertinence du propos de ce « projet ». En effet, souvent, en lisant, « on » (moi, comme « les autres »), ressent un malaise. Mais ce malaise est salutaire, il rappelle qu’on ne doit jamais imaginer détenir la vérité morale d’une situation à l’aune de son unique perception.

Évidemment, ce dispositif très simple, s’il apporte de la lisibilité aux situations, a les défauts de ses qualités. J’ai rencontré des femmes crocodiles, par exemple, et il y a un horizon hygiéniste qui peut produire des législations perverses. Mais il ne faudrait pas confondre l’anecdote avec le système et les effets pervers de la manière grossière de gérer politiquement le problème avec le problème. L’oppression sur les femmes est massive. Et encore partout, la dissymétrie de destin est absolue (sujet esquissé ici, à propos de « La vie domestique » d’Isabelle Czajka).

Ce travail de compilation des témoignages, qui met au jour une montagne de non-dits, de souffrances tues, d’adaptation bricolée à des situations perverses, est absolument salutaire, comme à chaque fois qu’on perce un abcès. C’est rarement beau dedans, ça pue, mais ça soulage. 

[Bon, le titre du billet est foireux. Je voulais juste poster un portrait photo…]

Et tiens, je devrais ajouter « Les Crocodiles » (au Lombard 2014) à ma vieille liste hautement perfectible :

Le rapport au réel – Bibliographie BD 2

 

 

Portrait : Léa Tsamantakis

Léa m’a dit qu’elle avait arrêté le dessin pour la musique. Actuellement, elle travaillerait sur la sonorisation de pièces de théâtre. 

Autour de la robe de mariée de Marguerite Sirvins

Autour et sur « La robe de Mariée », texte de Katherine L. Battaiellie, aux éditions Marguerite Waknine

J’ai encore lu un cahier des éditions Waknine. Pourtant, ma liste de lecture est toujours aussi longue, et dernièrement, je retrouve ma vieille manie des « livres en chantier ». Mais voilà, ces petits cahiers m’attirent. En particulier les textes rares qu’ils exhument (ma lecture d’In Abstracto d’Urmuz).

Instinctivement, je cherchais dans leur catalogue à renouveler ma bonne expérience de lecture, et m’arrêtais très vite sur deux de la collection « livrets d’art » : « La vie des Basiles » de René Daumal, pataphysicien, et « La robe de Mariée » de Katherine L. Battaiellie. Je savais aussi, à je ne sais quoi, que je lirais le second en premier. Intuition confirmée par la lecture des premiers mots. Zou ! Read More →

Marine Blandin 28 aout 2017 - Photo Alain François

Marine Blandin en noir-et-blanc

Il y a 4 ans, j’utilisais les filtres noir et blanc d’une appli de smartphone. Mais très vite, la chose m’a agacé. Depuis, avec les photos de smartphone ou du reflex, je préfère fabriquer mes noirs et blancs « à la main » (enfin… avec Photoshop, mais sans automatisme). Je règle ainsi très finement et souvent par zone la manière dont le noir et blanc numériques peut évoquer telle ou telle esthétique ancienne, comme ces deux portraits de Marine Blandin chez elle, avant-hier, espérant deux évocations sixties, l’une en nuance de gris glamour, et l’autre en contraste nouvelle vague

Portrait : Laura Désirée Pozzi à la paillette

Après une journée tropicale, pendant la soirée de départ de Roman Muradov et Camilo Vieco, soirée toute en demi-teinte, embrumée de ces atmosphères grises que détestent les appareils photo numériques, seule Laura Désirée Pozzi, illustratrice jeunesse italienne revenant du déménagement d’Alice, prenait toute la lumière, calée au bout du canapé design du meublé, juste contre l’unique lampe du salon :

Laura Désirée Pozzi à la paillette - Photo Alain François

http://www.lauradesireepozzi.it

 

The day my comic got a compliment

Lisa Frühbeis nous a offert un mini-comics : « The day my comic got a compliment ». C’est un tout petit leporello artisanal, et j’aime particulièrement ces micros-publications et autres autopublications qui pullulent de par le monde et qui représentent, très discrètement, l’un des très grands phénomènes culturels contemporains (par la quantité et l’universalité). 

Lisa Frühbeis, « nerdy post feminist » selon elle-même, est une jeune artiste allemande récemment convertie à la narration graphique, qui a eu la chance d’être tout de suite publiée dans un journal. Chance largement méritée, car elle a le sens de l’humour, du trait, et de la chronique !

Lisa Frühbeis comics

http://lisa-fruehbeis.squarespace.com

Portrait : Marc Bell

Je ne suis toujours pas passé voir Marc Bell (le cartoonist) dans son atelier. Mais je le croise parfois le soir. Un cartoonist à l’esthétique « indé US classique », mais avec des réminiscences 40′ et une fantaisie très particulière, d’une grande liberté formelle et d’un onirisme printanier. 

 

Beckmann vs Kirchner

Il y a longtemps, pendant mes études d’Art, je préférais Kirchner à Beckmann

Et maintenant, quand je les croise, je me laisse dire que mes goûts se sont inversés. Je préfère Max Beckmann à Ernst Ludwig Kirchner… et le plus drôle, c’est que j’aime Beckmann pour ce que je n’aimais pas, une forme de vulgarité des formes et du dessin, du fruste qui me convient maintenant, et je n’aime plus Kirchner pour ce que j’aimais de lui, une certaine élégance, du brillant que je vois aujourd’hui pour de l’agaçante manière.

Die Nacht 1919, dessin Max Beckmann