art

Les deux vies de Mikhaïl Mikhaïlovitch Tsekhanovski

En cherchant des renseignements sur les auteurs de la “librairie des écrivains“, je découvre par hasard les travaux graphiques de Mikhaïl Mikhaïlovitch Tsekhanovski ( Михаи́л Миха́йлович Цехано́вский ), un artiste russe né en 1889 et mort quelques jours avant ma naissance.

Réalisateur et animateur ayant participé au modernisme soviétique dans les années 20, il a aussi produit des affiches, des illustrations et des graphismes d’une grande simplicité formelle, mais moins austères que nombre de ses amis très radicaux et d’une simplicité qui les rends étonnamment actuels.

1926 :

Dans les années 40, son esthétique première, entre avant-garde et art populaire russe, se perd dans un calque des productions Disney, qui semble maintenant plus daté que les productions antérieures. Paradoxe de l’Histoire.

Je vois dans cette évolution stylistique de Mikhaïl Mikhaïlovitch Tsekhanovski, peut-être est-ce un abus de ma part, l’illustration du virage réactionnaire qui suivit l’instrumentalisation des avant-gardes par le régime soviétique.

Mais sa « première époque » est vraiment à la fois d’une synthèse épatante et d’une grande fraîcheur visuelle !

 

Un film de 1929

 

 

Les couilles du singe du Chōjū-jinbutsu-giga

Mon camarade Elric Dufau revient d’un voyage d’études au Japon. Il en a ramené une pile de livres, rééditions de mangas anciens et quelques livres sur l’histoire du manga :Elric Dufau de retour du Japon - Photo Alain François

Mais il m’a aussi ramené une « boule » en plastique (Gachapon), tirée d’une de ces machines à souvenir  comme il en existait en France dans les fêtes foraines, de ces étranges coffres métalliques qui arboraient “Plaisir d’offrir, joie de recevoir”.

Ici, une page de forum qui évoque la chose

Dans cette boule de plastique toute contemporaine, elle, j’ai découvert, ho surprise ! un gadget de très bonnes tenues, un petit singe en plastique extrait des rouleaux Japonais du XIIe siècle appelés “Chōjū-jinbutsu-giga“, et couverts des aventures d’animaux anthropomorphes. 

Mon petit singe de plastique, adapté à la troisième dimension et un peu modifié pour qu’il puisse s’accrocher n’importe ou, est extrait de cette portion du rouleau :

L’intégralité du premier rouleau : https://commons.wikimedia.org/wiki/Chouju_Jinbutsu_Giga_1st_scroll

Le singe en plastique n’est pas vraiment adapté « directement » de ce rouleau historique, mais plutôt un élément du « merchandising » autour d’un coup publicitaire commandé par l’entreprise Marubeni Corporation au célèbre studio Ghibli  : leur adaptation animée du rouleau a « fait le buzz » et ainsi le tour du monde

J’ai fait remarquer à Elric que ce singe était anatomiquement « conforme » à son modèle dessiné et à la biologie : il arbore fièrement une belle paire de couilles d’autant visible que sa position les mets en valeur ! Et je me suis demandé si, en France, dans le même cadre (C’est-à-dire un cadre de distribution grand public), on aurait laissé ses organes à ce pauvre singe ! 

Gasp ! Tu as bien fait d’être Japonais, petit singe !

 

 

 

 

Feuilleter Minchō #13

Céline Guichard a reçu Minchō N°13 par la poste. Elle avait été sollicitée par ce magazine espagnol qui voulait publier un article de Mara Gonzales sur trois artistes, dont elle : “The abject and its power in the work of Aleksandra Waliszewska, Céline Guichard and Maria Melero”.

Les pages sur Céline Guichard :

 

Minchō | Illustration and Graphic Arts Magazine

Mincho 13 couverture de Javier Sáez Castán

L’envoi me permet de découvrir une revue de graphisme et illustration espagnol très soignée, entièrement en anglais, je suppose pour des raisons de diffusion, avec ce dossier, donc, sur Aleksandra Waliszewska, Céline Guichard et Maria Melero.

Mais aussi, une couverture de Javier Sáez Castán, et des articles sur Daniel Johnston, Joan Sfar, Charles fréger, Javier Olivares, etc.

La revue est remarquablement bien imprimée sur un papier mat très blanc, très neutre, qui dessert à peine les photos, mais magnifie les dessins, et en particulier les à-plats noirs. Une belle revue de dessin, donc !

 

Les gardiens des livres

Une lecture du livre “Les gardiens des livres” de Mikhaïl Ossorguine, sur l’aventure de “la Librairie des écrivains”, pendant la révolution Russe

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Prisonnier des Amazones

Hier, Mai Li Bernard m’a prêté “Prisonnier des Amazones”, un petit livre de Boris Hurtel, chez The Hoochie Coochi, parce qu’en le feuilletant chez elle je lance “mais c’est trop mignon ça ! Tiens, je devrais un jour faire quelque chose sur les influences des bois de Kirchner sur la BD contemporaine !”

Oui, bon, on verra… En attendant j’ai lu “Prisonnier des Amazones”, et sous une jaquette très laide (pourquoi ?) se cache un très joli petit livre rouge (c’est volontaire),  dont l’unique défaut est d’être imprimé sur de la carte (pourquoi ?) et donc d’être assez difficile à ouvrir.)

Et c’est bien dommage, oui, parce que c’est en effet mignon à souhait, lisible, fluide et drôle sans être idiot (parce que ça se fait souvent), alors ça vaut le coup de forcer un peu pour l’ouvrir…

Peut-être que je me suis arrêté sur le titre à cause de l’écho au vieux “Prisonnière de l’armée rouge” de Slocombe, mais j’ai bien fait. Lecture plaisante et auteur à suivre, donc, et je tenterais de croiser “contes névrotiques”, son livre suivant.


(j’allais oublier de noter le lien hypertexte avec B. Traven évoqué et inspirateur

L’Album primo-avrilesque toute l’année

Avant d’oublier, noter que l’historique et problématique “Album primo-avrilesque” d’Alphonse Allais (éditions 1897) est en ligne sur Gallica :

« Problématique », car il pose la question de la réévaluation a posteriori d’œuvres, et même d’objets plus où moins volontaires, que l’Histoire dévoie de leur finalité première (le rire, ici) pour les intégrer dans un récit aussi cohérent qu’artificiel (l’Histoire de la musique, de l’Art et plus spécifiquement, l’histoire du monochrome).

Je reviendrais sur ces phénomènes de paréidolies culturelles ultérieurement, mais quoi qu’il en soit, voilà encore un document en ligne, en libre consultation, à l’importance historique incalculable.

 

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Requiem Pour Le Temps Present

Cette musique… je ne peux pas dire que j’ai de grandes relations avec la musique en général, mais celle-ci me provoque un mélange inextricable de réminiscences, autour de mon enfance, de sons, d’images, d’ambiances et de fictions…

“Batailles”, toute l’Histoire selon Sophie Guerrive

Le nouveau livre de Sophie Guerrive est un leporello : une unique longue bande pliée en accordéon de manière à pouvoir la feuilleter par double page, ou la déplier (mais il faut avoir un peu de place), présentant un unique dessin de 6 mètres de long racontant l’histoire des hommes, de leur conception par des extraterrestres (comme chacun sait, et surtout les amateurs de nanars US) à leur disparition catastrophique (prévu exactement pour très bientôt).

Si ce long dessin est édité aujourd’hui en leporello par les éditions ION, c’est à l’origine un volumen, que Sophie Guerrive a dessiné directement sur le rouleau de papier, selon le principe narratif linéaire de la tapisserie de Bayeux, et pas du tout en pseudo-rotulus comme cet escroc de Kerouac…

En fouillant, j’ai retrouvé dans mon album tumblr trois photos du rouleau originel en chantier, l’une du 30 juin 2014, et les deux autres du 6 janvier 2015. Ceci marquant autant l’importance du temps de réalisation que la difficulté à éditer un tel objet aujourd’hui.

Même si Sophie Guerrive a sorti plusieurs livres entre temps, dont le “Capitaine Mulet” dans lequel on retrouve cette même propension au pastiche d’un esprit médiévale, ce dessin a nécessité, pour le moins, un certain entêtement maniaque…

Les bouts du rouleau en chantier, où l’on distingue les annotations sur la période des combattants (octobre 2015) :

 

Le rouleau sur le sol de la Maison des auteurs, Angoulême

C’est donc un seul et unique dessin narratif, qui va d’un étrange début de l’humanité à sa fin en ultime échappée, par accumulation de petites scènes violentes qui se regardent et se lisent de gauche à droite, évoquant des souvenirs mythifiés de notre chaotique histoire réelle, mélange de mythes anciens (Prométhé) et contemporains (les extraterrestres démiurges), remplies de détails cocasses, humoristiques et grotesques. Il y a d’ailleurs paradoxalement quelque chose de vivant et joyeux dans cette longue théorie de massacres et catastrophes.

Procédé emprunté aux primitifs et à l’Art de la fresque, la continuité du dessin est assurée par une unité de lieu en arrière-plan, quelle que soit la disparité temporelle ou géographique des scènes. Malgré sa grande fantaisie, l’ensemble dessine un autoportrait tragi-comique de notre espèce malheureusement plutôt réaliste.

Le leporello sur le site de l’éditeur : http://ionedition.net/livres/batailles/

Quelques aperçus :

Urgence urbaine

On construit des lieux pour accueillir la détresse qui ressemblent à l’antichambre de l’enfer… Comme ça, les soignants y souffrent comme les blessés, dans une belle communion d’âme.

Côte ouest (de la France), vélo, smartphone & réminiscences

De temps en temps, par souci de légèreté, j’utilise encore le smartphone comme appareil photo. Pour faire des photographies « volées », sans s’arrêter de rouler à vélo par exemple, le smartphone est idéal. J’ai appris à anticiper, à le tenir [presque toujours] droit, et à déclencher d’un frôlement de doigt ou grâce au bouton sur le côté.

Même s’il y a maintenant une saleté dans son optique gadget qui produit une petite tâche sombre, son usage me permet de jouer avec les filtres et avec les réminiscences qu’ils provoquent. Comme, par exemple, évoquer cette petite photographie de ma grand-mère (à gauche) pendant une promenade à vélo prise par mon grand-père paternel à l’époque de leur rencontre. Je construis ainsi un étrange pont temporel entre deux époques lointaines, entre persistance des formes, pratique de la photo souvenir/romantisme intact de la promenade à vélo, et gouffres générationnel et technologique…

Avec un filtre numérique noir et blanc crachouilleux (modifié et amélioré selon mon goût : un peu plus dur que les photos de mon grand-père)), imitant les aléas techniques du matériel bas de gamme des années 40 et des tirages papier minuscules, je ramène un petit reportage troublant d’une promenade sur une piste cyclable parfaitement contemporaine glissant au bord de l’océan Atlantique (environs de La Rochelle).

Petit surplus de trouble temporel parfaitement inattendu :  la découverte au bord de la piste d’une collection de jolies petites villas modernistes toutes neuves jouant leurs propres jeux de réminiscences, entre les années 20 de Mallet-Stevens, le modernisme californien, où même la parodie de « Mon oncle » de Jacques Tati…

Portrait de Rojer Féghali - Photo Alain François

Calligraphique, chorégraphique, ésotérique Rojer Féghali

Une nouvelle série de portraits photographiques de Rojer Féghali, jeune artiste Libanais, peintre, collagiste et graveur, qui aime tout mélanger et est toujours prêt pour la fête !

Les volumes invisibles (sur Éric Tabuchi)

Je ne me souviens pas bien où j’ai vu pour la première fois une photographie de Bernd et Hilla Becher sur un mur. C’était vers la fin de l’adolescence, mais si je ne me souviens pas du contexte, par contre, je me souviens encore parfaitement de moi devant ces images sérielles, comment elles me sont apparues instantanément comme une forme d’évidence. Une révélation ! Je n’avais jamais vu quelque chose comme ça, et pourtant j’ai instantanément accepté ce que je voyais comme art. Et plus encore, j’ai instantanément compris comment une démarche simple et répétitive pouvait être poétique. Je ne sais pas pourquoi. Je ne saurais peut-être jamais pourquoi. Mais je me souviens parfaitement d’avoir trouvé ces images aimables, et d’y trouver même des connexions avec des goûts enfantins très personnels, des goûts que je gardais secrets de peur de passer pour fou. Comme le goût des poteaux électriques, des architectures fonctionnelles, des châteaux d’eau, évidemment, des restaurants de bord de route et des stations-service « modernes », des usines, et d’à-peu-près toutes les productions humaines de formes universellement honnies. Je me revoyais enfant, lorsque nous voyagions en voiture, fasciné par toutes étranges constructions, que je tentais de voir longtemps, et survoir encore en tordant la tête, jusqu’à disparition/occultation dans le paysage. Ça me faisait quelque chose. Une sensation, un rayonnement, une émanation d’aura, une bulle fictionnelle qui déclenchait ce que je ne savais pas encore être une jouissance esthétique. Sans m’y intéresser culturellement, dès l’enfance, je m’y intéressais sensoriellement.

Peut-être, pour une part, parce que j’avais été assez superficiellement collectionneur, de timbres, de papillons un temps, de pierres, de ces choses qu’on nous fait collecter. Plus personnellement de livre, et de reproductions de tableaux découpées dans des magazines… car les livres d’Art étaient rares par chez moi… Peut-être aussi parce que je grandissais dans le déclin du modernisme ? Je ne saurais jamais, comme je ne saurais jamais pourquoi un fils de prolo s’endormait en écoutant les sons concrets d’une émission de radio nocturne, l’oreille collée au vieux poste, après avoir avalé un roman, sous les draps, à la lueur d’une faible torche…

Je dis parfois aux enfants d’Internet “nous vivions en temps de disette culturelle ! Vous ne pouvez pas comprendre !”. Mais c’est bien pire encore que ce que « vous » ne pourriez pas comprendre.

Enfin, la série n’était pas étrangère à ma vie. De même que la variation. Ou l’accumulation. Et tous ces gestes qui composent la poétique d’un siècle éteint. Mais ces choses m’appartenaient, indépendamment de mon environnement. Et j’avais même ressenti une forme de jalousie à la découverte que le couple Becher exploitait l’une de ces choses qui m’était si intime.

Ensuite, ce goût honteux pour des choses que mon environnement détestait, d’instinctif, est devenu savant avec les études d’Art. Et un quart de siècle plus tard, sur les réseaux sociaux, je suis avec attention tout ce que poste Éric Tabuchi (depuis mai 2013 me dit facebook) qui semble comme avoir pris en charge “mon” sentiment, pour le dérouler en démarche cohérente. Il sillonne le paysage photographiant ce que plus personne ne regarde, qui à force d’être là disparaît, et surtout, toutes ces « grosses choses » dont on nie ou dénigre l’intention esthétique première. Il fait partie du cercle restreint de ceux qui regardent ce qui doit être regardé, et qui ravivent le lustre de ces gestes anciens abîmés dans le kitch. Ou dans l’oublie. Il dessille.

Évidemment, parler ici exclusivement de ma réception de connecté c’est d’une certaine manière trahi l’artiste Éric Tabuchi, oublier par ailleurs qu’il est un plasticien IRL, pour me contenter de noter, moi aussi, ce que personne ne semble voir : les réseaux sont peuplé par deux grandes sortes d’usagers que j’avais déjà distingués pour tumblr : les colporteurs (majoritaires) et les émetteurs. Les émetteurs se servent du réseau social comme médium, et leur message est d’autant plus fort qu’il est obsessionnel. Éric Tabuchi fait donc partie des émetteurs, et il balance très régulièrement des photographies de ces architectures modestes, invisibles ou considérées comme parasitaires, et toutes ces sculptures géantes qui parsèment notre monde, tous ces volumes, souvent abandonnés, qui dessinent et humanisent le paysage. Une poétique.

http://www.erictabuchi.net

Par goût

Par goût, j’aime les extrêmes, les monochromes blanc, les monochromes noir, et tout ce qui les transgresse, perce, transpire, transparaît, apparaît, sali, suinte, expire, exaspère, éclabousse leur immaculée, autoritaire, austère radicale monochromatique unicité. J’aime quand le complexe subtil vient pervertir la pulsion mortifère, infantile et fasciste de pureté. Contre les constipations, j’aime la tension entre le détail, l’inutile décoratif, la joie du chatoiement et la brutalité d’un tout trop rigoureux, trop homogène. Je préfère le presque rien au rien, une suture de béton dans une masse, une nervure dans un Zumthor. Une trace de disque abrasif sur du poli. Entre le propre et le sale, je suis pour la souillure. Je suis pour les extrèmes contrariés, le minuscule qui semble immense et l’immense qui passe pour minuscule. J’aime le hors d’échelle, l’imposant, l’impossible. J’aime la rouille d’un gigantesque Serra, et tous les agrégats des autres.

 

Tarot de Céline Guichard

Somptueux tarot de Marseille

Ce matin est arrivé le colis des exemplaires d’auteur du tarot de Marseille que Céline Guichard a réalisé pour l’éditeur tout aussi marseillais « Le dernier cri ».

Pour ce tarot portfolio, Céline Guichard aurait pu choisir de s’approprier totalement l’exercice, de le moderniser à outrance, de le dévoyer et l’embarquer loin… Mais elle a préféré respecter la tradition pour dessiner les véritables arcanes majeurs, celles qu’on utilise pour la divination, tout en distillant discrètement ses codes habituels. Le résultat est superbe, déjà, et étonnant, évoquant à la fois les lames traditionnelles, l’imagerie d’Épinal, et rénovant la symbolique implicite et souvent très incertaine des figures ancestrales.

Entre interprétation classique et réinterprétation, le dépoussiérage guichardien est à l’image de ses travaux habituels : humoristique et explicite. Ainsi, l’érection du pendu dépasse de son slip, l’étoile tire la langue, l’amoureux présente un trio homosexuel, on devine ce que fait la papesse sous son livre… etc. De quoi observer, découvrir, et provoquer une nouvelle vague d’exégèses !

Tiré à 500 exemplaires en offset 6 passages couleurs directes, il est en vente chez l’éditeur, ici : http://www.lederniercri.org/prod/celine-guichard-tarot-de-mars-1246,new.html

Diabolique Roman Muradov

Hier j’ai accompagné Kathrine Avraam qui voulait rencontrer Roman Muradov, un jeune auteur qu’elle avait cité dans un mémoire de M1 sur l’abstraction narrative, l’année passée.

Comme je ne suis pas l’actualité BD, je ne savais rien de ce jeune illustrateur russe qui a déjà une solide notoriété. J’ai fait quelques photos et il m’a offert son fanzine. Un exemplaire de “Yellow Zine N°6” :

Qu’un type édité et largement distribué s’astreigne encore à l’autoédition est plutôt le signe d’une bonne mentalité. Je ne le connaissais pas et donc je n’ai toujours pas lu son livre « Aujourd’hui Demain Hier » qui a eu très bonne presse, mais j’ai jeté un oeil sur les travaux en cours, et il est évident que Roman est d’une habileté diabolique, habileté qu’il nourrit d’une très solide culture visuelle et un sens aigu du décoratif. Il joue avec une dextérité presque insolente avec les codes esthétiques des avant-gardes, de la culture populaire russe et du graphisme de presse des années 50 et 60. Il semble avoir tous les talents : sens de la composition, du détail, subtilités chromatiques, maîtrise des accidents… Incroyable ! Et on dit qu’il a, en plus, des qualités d’écriture ! Hum… On peut donc vendre son âme au diable ?

Son tumblr : http://bluebed.tumblr.com

 

Narcisse et Céphalée

Les dessins de Marine Blandin sont beaux. Beaux et jubilatoires. Je crois que si je les aime tant, c’est aussi parce qu’à travers l’archéologie des références purement BD, j’y trouve aussi des évocations du dessin des expressionnistes allemands. Une dislocation chantante à la George Grosz, ou quelque chose comme ça. Enfin, c’est beau. Et c’est encore très ouvert, très libre, très frais et plein de frémissantes potentialités.

Son tumblr s’appelle « Céphalée » et elle y a posté dernièrement des dessins réalisés pendant sa résidence à la maison de la littérature de Québec, et en remontant le temps, j’y découvre un véritable reportage sur… moi ! Oui sur moi ! Trop fier, je ne vais pas me priver de le poser là (même s’il n’y a pas que moi…) :

 

 

Alfred Kubin, victime de la dictature de la réception

Juste avant la tornade de paranoïa collective qui s’est abattue sur les campagnes [électorales] de mon petit pays, je pensais à quoi, déjà ? Ha oui, je venais d’extraire de ma bibliothèque et reparcourir trois petits fascicules d’Alfred Kubin, le dessinateur autrichien, édités par Allia en 2007 : « Le cabinet de curiosité », « le travail du dessinateur » et « ma vie ». Je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment lu « ma vie », donc « sa » vie.

Je ne peux pas dire que j’ai une passion particulière pour Alfred Kubin, dessinateur que je classais instinctivement comme « symboliste tardif », ou pour être plus indulgent, coincé entre “symboliste tardif” et “précurseur du surréalisme”… Un artiste de transition en quelque sorte, coincé entre deux époques, coincé entre deux siècles… La lecture de sa vie, texte rapide mais informatif, m’a permis de préciser mon jugement et m’a, du même coup, provoqué quelques réflexions d’ordre plus générales. Read More →

Érotisation du regard

Je tente de faire une photographie modeste, simple, en empathie avec le sujet, dont la dialectique complexe joue fluide, non conflictuelle, avec ce qu’il faut d’hasardeux pour garder le jeu ouvert.