Architecture

Côte ouest (de la France), vélo, smartphone & réminiscences

De temps en temps, par souci de légèreté, j’utilise encore le smartphone comme appareil photo. Pour faire des photographies « volées », sans s’arrêter de rouler à vélo par exemple, le smartphone est idéal. J’ai appris à anticiper, à le tenir [presque toujours] droit, et à déclencher d’un frôlement de doigt ou grâce au bouton sur le côté.

Même s’il y a maintenant une saleté dans son optique gadget qui produit une petite tâche sombre, son usage me permet de jouer avec les filtres et avec les réminiscences qu’ils provoquent. Comme, par exemple, évoquer cette petite photographie de ma grand-mère (à gauche) pendant une promenade à vélo prise par mon grand-père paternel à l’époque de leur rencontre. Je construis ainsi un étrange pont temporel entre deux époques lointaines, entre persistance des formes, pratique de la photo souvenir/romantisme intact de la promenade à vélo, et gouffres générationnel et technologique…

Avec un filtre numérique noir et blanc crachouilleux (modifié et amélioré selon mon goût : un peu plus dur que les photos de mon grand-père)), imitant les aléas techniques du matériel bas de gamme des années 40 et des tirages papier minuscules, je ramène un petit reportage troublant d’une promenade sur une piste cyclable parfaitement contemporaine glissant au bord de l’océan Atlantique (environs de La Rochelle).

Petit surplus de trouble temporel parfaitement inattendu :  la découverte au bord de la piste d’une collection de jolies petites villas modernistes toutes neuves jouant leurs propres jeux de réminiscences, entre les années 20 de Mallet-Stevens, le modernisme californien, où même la parodie de « Mon oncle » de Jacques Tati…

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Les volumes invisibles (sur Éric Tabuchi)

Je ne me souviens pas bien où j’ai vu pour la première fois une photographie de Bernd et Hilla Becher sur un mur. C’était vers la fin de l’adolescence, mais si je ne me souviens pas du contexte, par contre, je me souviens encore parfaitement de moi devant ces images sérielles, comment elles me sont apparues instantanément comme une forme d’évidence. Une révélation ! Je n’avais jamais vu quelque chose comme ça, et pourtant j’ai instantanément accepté ce que je voyais comme art. Et plus encore, j’ai instantanément compris comment une démarche simple et répétitive pouvait être poétique. Je ne sais pas pourquoi. Je ne saurais peut-être jamais pourquoi. Mais je me souviens parfaitement d’avoir trouvé ces images aimables, et d’y trouver même des connexions avec des goûts enfantins très personnels, des goûts que je gardais secrets de peur de passer pour fou. Comme le goût des poteaux électriques, des architectures fonctionnelles, des châteaux d’eau, évidemment, des restaurants de bord de route et des stations-service « modernes », des usines, et d’à-peu-près toutes les productions humaines de formes universellement honnies. Je me revoyais enfant, lorsque nous voyagions en voiture, fasciné par toutes étranges constructions, que je tentais de voir longtemps, et survoir encore en tordant la tête, jusqu’à disparition/occultation dans le paysage. Ça me faisait quelque chose. Une sensation, un rayonnement, une émanation d’aura, une bulle fictionnelle qui déclenchait ce que je ne savais pas encore être une jouissance esthétique. Sans m’y intéresser culturellement, dès l’enfance, je m’y intéressais sensoriellement.

Peut-être, pour une part, parce que j’avais été assez superficiellement collectionneur, de timbres, de papillons un temps, de pierres, de ces choses qu’on nous fait collecter. Plus personnellement de livre, et de reproductions de tableaux découpées dans des magazines… car les livres d’Art étaient rares par chez moi… Peut-être aussi parce que je grandissais dans le déclin du modernisme ? Je ne saurais jamais, comme je ne saurais jamais pourquoi un fils de prolo s’endormait en écoutant les sons concrets d’une émission de radio nocturne, l’oreille collée au vieux poste, après avoir avalé un roman, sous les draps, à la lueur d’une faible torche…

Je dis parfois aux enfants d’Internet “nous vivions en temps de disette culturelle ! Vous ne pouvez pas comprendre !”. Mais c’est bien pire encore que ce que « vous » ne pourriez pas comprendre.

Enfin, la série n’était pas étrangère à ma vie. De même que la variation. Ou l’accumulation. Et tous ces gestes qui composent la poétique d’un siècle éteint. Mais ces choses m’appartenaient, indépendamment de mon environnement. Et j’avais même ressenti une forme de jalousie à la découverte que le couple Becher exploitait l’une de ces choses qui m’était si intime.

Ensuite, ce goût honteux pour des choses que mon environnement détestait, d’instinctif, est devenu savant avec les études d’Art. Et un quart de siècle plus tard, sur les réseaux sociaux, je suis avec attention tout ce que poste Éric Tabuchi (depuis mai 2013 me dit facebook) qui semble comme avoir pris en charge “mon” sentiment, pour le dérouler en démarche cohérente. Il sillonne le paysage photographiant ce que plus personne ne regarde, qui à force d’être là disparaît, et surtout, toutes ces « grosses choses » dont on nie ou dénigre l’intention esthétique première. Il fait partie du cercle restreint de ceux qui regardent ce qui doit être regardé, et qui ravivent le lustre de ces gestes anciens abîmés dans le kitch. Ou dans l’oublie. Il dessille.

Évidemment, parler ici exclusivement de ma réception de connecté c’est d’une certaine manière trahi l’artiste Éric Tabuchi, oublier par ailleurs qu’il est un plasticien IRL, pour me contenter de noter, moi aussi, ce que personne ne semble voir : les réseaux sont peuplé par deux grandes sortes d’usagers que j’avais déjà distingués pour tumblr : les colporteurs (majoritaires) et les émetteurs. Les émetteurs se servent du réseau social comme médium, et leur message est d’autant plus fort qu’il est obsessionnel. Éric Tabuchi fait donc partie des émetteurs, et il balance très régulièrement des photographies de ces architectures modestes, invisibles ou considérées comme parasitaires, et toutes ces sculptures géantes qui parsèment notre monde, tous ces volumes, souvent abandonnés, qui dessinent et humanisent le paysage. Une poétique.

http://www.erictabuchi.net

Ce que dit Albert-Kahn en Open data

J’ai toujours éprouvé une certaine fascination pour l’exemplaire Albert Kahn. Son projet, au-delà de la philanthropie et de l’humanisme affiché, semble démontrer qu’il ressentait très puissamment le pouvoir de la photographie, sa capacité à provoquer une mélancolie dont l’objet n’a pourtant aucun lien biographique avec nous.

Aujourd’hui (14 juin 2016), un ami facebook partage un lien sur le site de la fondation :

Je vais voir, et découvre avec satisfaction la géolocalisation des clichés : Read More →

Partir en « voyage » avec Yuichi Yokoyama

Voilà, un coup d’Amazon ( l’entreprise qui en sait bien plus sur moi que facebook, l’administration française et toute ma famille réunis) et j’ai reçu « Voyage » de Yuichi Yokohama, aux éditions « Matière ». Mon premier Yokoyama, pas le dernier… Read More →