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Cigish se cache

C’est une bonne surprise. Quelqu’un m’avait dit que c’était bien, quelqu’un m’avait dit que ça ne l’était pas. La balle au centre. Par contre, clairement, la couverture, qui m’évoquait des publications marginales du temps de mon adolescence, des choses que je n’aimais pas à l’époque, m’a légèrement refroidi. Allez, tu as écouté Florence Dupré La Tour, pendant la journée d’étude des petits masters, et tu avais été agréablement surpris, et comme d’habitude, inconscient, tu avais promis de lire ses livres. Alors ? Alors, va maintenant !

Et donc, j’ai lu «Cigish: Le Maître du Je», qui traîne chez les étudiants en Art, ici. Et j’ai été pris par le récit, instantanément, et je le répéterais, c’est à peu près tout ce que je demande maintenant. Oui, j’ai été pris.

Dans la première partie du livre, j’ai retrouvé ce que j’avais entendu en écoutant Florence Dupré La Tour, à quel point, malgré des origines sociales absolument opposées, nous avions des souvenirs communs d’une éducation catholique particulièrement folklorique. Elle m’a fait me souvenir de ces brainstormings entre enfants, pour se répartir les péchés imaginaires à dire pendant la confession. Comme les enfants veulent toujours « bien répondre », nous nous répartissions les péchés, comme on se répartit des rôles, pensant qu’il ne serait pas crédible d’avoir les mêmes à confesser. C’était, déjà, l’expérimentation de la manière perverse dont une question fabrique une réponse. Elle m’a fait me souvenir aussi comment, pendant la communion, j’avais regardé les grosses mains trop blanches de l’évêque, ces grosses mains couvertes de taches de vieillesse, molle de n’avoir jamais rien fait et si ostensiblement affectueuses avec les enfants alignés… et ses vêtements idiots, ses simagrées ridicules et si peu spirituelles, et comment ce jour-là j’étais sorti définitivement de la religion de mes parents. Non d’ailleurs à cause d’un comportement explicitement déviant, que devant l’arbitraire et le ridicule total, définitif, du cérémonial. j’avais eu honte, de moi, des autres, de tous, d’eux. J’en garde encore ce sentiment, qu’il y a dans ces rituels et ces croyances une indignité dont aucune conscience réellement mature ne se relève.

Et ensuite, le livre change. Évidemment, sa nature de compilation/anthologie d’un blog le rend un peu hétérogène, et explique peut-être l’évolution finale, mais de la première à la dernière page, le livre reste porté par sa qualité principale : Florence Dupré La Tour sait mener un récit, n’importe quel récit, n’importe quel discours, et t’emporter avec elle. Et j’ai rapidement commencé à ricaner, tout seul, comme un con, à en devenir agaçant pour mon environnement, et ça aussi, c’est très bon signe.

Après l’introduction très égotique, on rentre dans un récit à clef, qui joue avec le réel, qui se replie sur lui-même, qui s’emmêle, qui s’amuse du performatif des blogs dû à l’immédiateté de la réception, et qui joue en ça avec les codes des jeux de rôle, une culture que je n’ai pas croisée, ou si peu… Cette qualité-là, source d’humour, m’intéresse moins structurellement, sinon qu’elle m’évoque les « petits problèmes » que j’ai eus comme blogueur quotidien en 2006 et 2007, et surtout les très gros problèmes de Fabrice Neaud avec son Journal, ou ceux de Christine Angot pour la littérature… Il faudrait y revenir.

Mais peu importe ! La seule chose qui compte c’est que je me suis marré et qu’il y a des choses épatantes dans ce livre. Et surtout que s’y dévoilent une intelligence brillante, une générosité, une propension au don de soi, tordue et perverse à souhait, en accord parfait avec la perversion de cette éducation qu’on appelle si improprement « bonne ».

Bibliographie de Florence Dupré La Tour

(Il y aurait beaucoup à dire sur ce livre, entre la religion, les jeux de rôle, les troubles de l’identité, l’autofiction, la gémellité, mais comme le livre date de 2015, je suis sûr que tout ça a déjà été abordé ailleurs).

Tulipe 2 teaser

Sophie Guerrive habite maintenant loin de chez moi, quelque part au bout de la diagonale du pays. Pourtant, hier, elle m’a envoyé le projet de tome 2 de Tulipe, pour me demander ce que j’en pensais.

Le tome 1, de Tulipe, est sorti aux éditions 2024 : http://www.editions2024.com/tulipe/

Elle doit avoir, comme beaucoup, sa liste de bêtatesteur. Elle a pourtant une confiance relative dans l’objectivité de ma lecture. Et je n’ai pas du tout envie de l’être, objectif, et parfaitement envie de m’abandonner à ma subjectivité, comme tout lecteur ! C’est même la seule chose qui compte, maintenant pour moi : je prends du plaisir, ou pas.

Avant ? Avant, des critères autres devaient compter, peut-être, des critères de mode, des critères sociaux, des critères intellos, des critères à la con. On est lecteur, on a du plaisir, ou pas.

Alors ? Alors, ne comptez pas sur moi pour vous montrer quoi que ce soit.

Alors ? Alors… C’est épatant, je reviens sur mon sentiment, comme je fais toujours, pour tenter d’exprimer. Mais la chose qui m’est venue, c’est hooooooooooooo !

Pas particulièrement explicite, ou trop, et champ sémantique bien large, bien flou, mais oui.

L’épatant, c’est que j’avais déjà lu les planches, dans leur pré-publication sur les réseaux. Mais là, leur compilation fabrique déjà un feuilletage, et le sens change, et en particulier, le rythme. Et un sens nouveau est créé par ce rythme, par la scansion, et les merveilleux coups de merveilleux des merveilleuses grandes planches…

Le tumblr de Tulipe : http://tulipecomix.tumblr.com

Je m’arrête un moment, et me traverse la tête, comment c’est si étrange, que sans bouger, juste là, dans mon quartier, j’ai rencontré des gens aussi incroyables. Des gens capables autant de beauté que d’esprit.

Ils partent, oui, mais déjà, juste les croiser… C’est si étrange !

Diabolique Roman Muradov

Hier j’ai accompagné Kathrine Avraam qui voulait rencontrer Roman Muradov, un jeune auteur qu’elle avait cité dans un mémoire de M1 sur l’abstraction narrative, l’année passée.

Comme je ne suis pas l’actualité BD, je ne savais rien de ce jeune illustrateur russe qui a déjà une solide notoriété. J’ai fait quelques photos et il m’a offert son fanzine. Un exemplaire de “Yellow Zine N°6” :

Qu’un type édité et largement distribué s’astreigne encore à l’autoédition est plutôt le signe d’une bonne mentalité. Je ne le connaissais pas et donc je n’ai toujours pas lu son livre « Aujourd’hui Demain Hier » qui a eu très bonne presse, mais j’ai jeté un oeil sur les travaux en cours, et il est évident que Roman est d’une habileté diabolique, habileté qu’il nourrit d’une très solide culture visuelle et un sens aigu du décoratif. Il joue avec une dextérité presque insolente avec les codes esthétiques des avant-gardes, de la culture populaire russe et du graphisme de presse des années 50 et 60. Il semble avoir tous les talents : sens de la composition, du détail, subtilités chromatiques, maîtrise des accidents… Incroyable ! Et on dit qu’il a, en plus, des qualités d’écriture ! Hum… On peut donc vendre son âme au diable ?

Son tumblr : http://bluebed.tumblr.com

 

Un livre avoisinant la terre

Lu « Ville Avoisinant La Terre”, le livre de Jorj Abou Mhaya, auteur et illustrateur libanais que j’ai souvent pris en photo. J’avais eu le loisir de voir les dessins se faire, et j’étais très intrigué par mon feuilletage de l’édition originale… Mais j’étais bien obligé d’attendre que l’objet soit enfin traduit en français !

Version arabe :

Le livre existe maintenant en français chez Denoël Graphic. Je sors de sa lecture tout aussi intrigué. Comme il se présente à nous, cet album minutieux est une nouvelle de politique-fiction borgesienne, un poil fantastique, un poil psycho-SF, qui m’évoque sans précision pas mal de mes lectures d’adolescents. Mais, et ceci même si j’ai grandi avec chaque jour le monstrueux feuilleton de la destruction de Beyrouth à la télévision, il m’en reste une impression d’étrangeté et de distance. Je ne sais pas si l’impression vient du réalisme distordu des lavis à la précision de miniature, ou par les étranges avanies d’un personnage qui sort, on le comprend vite, littéralement déphasé de l’interminable guerre civile ? La traduction du titre, « Ville avoisinant La Terre », critiqué par certains, exprime pourtant bien cette insaisissable sensation de déphasage d’avec le réel. Au long de la lecture, je suis resté partagé entre proximité et éloignement, sans trouver le confort de la bonne distance, et sans me débarrasser, tenace, de cette impression qu’une part non négligeable des enjeux du récit m’échappait.

Pour ne pas rester dehors, et comprendre, peut-être, je tente d’évoquer Hans Magnus Enzensberberg qui, dans “Zickzack” (“feuilletage”, l’Infinie Gallimard), compile les témoignages écrits sur la population européenne à la sortie de la 2e guerre mondiale : « Leur vie n’a que l’apparence de la vie, c’est une attente qui n’attend rien, ils ne tiennent plus à elle ; c’est la vie qui s’accroche à eux, fantomatique, comme une bête invisible, affamée et rôdant dans les rues bombardées, de jour et de nuit, sous le soleil et la pluie », ou « comme tout est devenu soudain vide, morbide et absurde, à présent que la guerre est finie ! […] Nous sommes ramenés à notre piètre existence et à ce qu’elle a d’humiliant », ou « Ils se réfugient derrière leur amnésie collective. La réalité n’est pas seulement ignorée, elle est déniée. Avec un mélange de léthargie, de défi et d’apitoiement sur soi-même, les gens régressent à l’état de mineurs irresponsables », etc. Le propos d’Hans Magnus Enzensberberg est de montrer comment cette période, celle de la « reconstruction » a été occultée dans la mémoire collective, et comment nous méjugeons aujourd’hui toute population qui vivrait ce que nous avons vécu.

Peut-être que Jorj Abou Mhaya parle, comme Hans Magnus Enzensberberg, de cette chose dont personne ne parle, de ce moment étrange de l’après d’une guerre, moment d’une honte collective, d’un trauma général, de quand les âmes ont été laminées et le corps des hommes et des villes distordus au point qu’on ne reconnaît rien, qu’on est plus chez soi dans le réel ?

Peu importe, je ne fuis pas le trouble et ne cherche pas systématiquement à « tout comprendre », et même, peut-être est-ce ici un avantage de se retrouver lecteur dans cette confusion-là, comme si le trouble du personnage perdant le fils de sa vie en perdant son immeuble était contagieux.

Narcisse et Céphalée

Les dessins de Marine Blandin sont beaux. Beaux et jubilatoires. Je crois que si je les aime tant, c’est aussi parce qu’à travers l’archéologie des références purement BD, j’y trouve aussi des évocations du dessin des expressionnistes allemands. Une dislocation chantante à la George Grosz, ou quelque chose comme ça. Enfin, c’est beau. Et c’est encore très ouvert, très libre, très frais et plein de frémissantes potentialités.

Son tumblr s’appelle « Céphalée » et elle y a posté dernièrement des dessins réalisés pendant sa résidence à la maison de la littérature de Québec, et en remontant le temps, j’y découvre un véritable reportage sur… moi ! Oui sur moi ! Trop fier, je ne vais pas me priver de le poser là (même s’il n’y a pas que moi…) :

 

 

Imitation

J’avais posé la question, plus loin dans ce blog : l’imitation de la beauté produit-elle de la beauté ? Je viens de lire deux livres de Tony Millionaire, encore un post-moderne assumé. Et cette impression d’encéphalogramme plat, et la chose qui me vient : l’imitation de la poésie produit-elle de la poésie ?

Je crois qu’il n’y a pas de règle, seulement des réussites ou des échecs. Impression d’échec chez Tony Millionaire. Son imitation de la poésie produit une bien plate imitation de la poésie.

Tulipe en papier

Voilà, je n’ai pas besoin d’écrire d’article détaillé sur la sortie très attendue de Tulipe de Sophie Guerrive ! Ce livre dont j’évoquais la publication lointaine ici est enfin  ! Il existe, tangible et feuilletable et il ne vous reste plus qu’à l’acheter. Et ça valait le temps d’attendre,  car c’est un livre juste parfait. Puisque les grands journaux culturels l’ont remarqué et relativement bien compris, il n’a pas besoin de mon blog confidentiel pour se faire connaître. Mais bon, vous pourriez quand même passer à côté, alors que, voyez-vous, si le XVIIIe siècle a eu Candide, nous, au XXIe, on a Tulipe :

http://www.editions2024.com/tulipe/

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Tiens ! Je ne parle jamais des livres que je n’aime pas…

Oui, je ne suis pas très pour faire de la pub aux choses que je n’aime pas. Mais là, je viens de lire deux livres qui me restent en travers de la gorge :

“Anji San” de Georges Akiyama

Il est assez rare que je ne sache pas mettre les mots sur une sensation. Mais là, voilà, la lecture assez ennuyeuse de ce manga, et malaise diffus, si diffus que je n’arrive pas à le qualifier. Je me suis même demandé comment je pouvais trouver malsain ce livre bouddhiste, moi qui trouve amusant les horreurs d’un Maruo où Shintaro Kago ? Pourtant, c’est le cas. Je crois que la vraie perversion d’une oeuvre se cache non dans l’explicite, mais dans le souterrain, le non-dit, le non exprimé, le caché, voire l’hypocrisie. Et je crois qu’on atteint le comble du malaise lorsqu’on sent, comme ici, l’auteur pas complètement clair avec lui-même… Devant mon incertitude, j’ai même pensé à un hiatus culturel, mais quand même, j’ai tellement lu de manga sans jamais ressentir ça, que je ne peux croire à un malentendu. Il y a donc quelque chose, dans ce livre, qui me chiffonne. Et voilà, du coup, c’est peut-être intrigant, alors que je n’ai pas aimé ! Je savais bien qu’il ne faut pas dire du mal d’un truc au risque de se contredire en en faisant publicité !

Et “la Grande Odalisque” & “Olympia” de Vivès / Ruppert & Mulot

Par contre, là, pas de malaise insaisissable, pas de sensation difficile à exprimer. Double daube hideuse et insupportablement misogyne. Un fantasme de nerds puceaux, ou bloqués dans la psyché puceau, mais prétentieux ! De la nourriture pour bétail, ou à la limite, adolescent… Que c’est laid ! Et quelles audaces chaque page renouvelée dans les clichés de la pétasse ! Le comble étant le truc marketing de la couverture fantasmatique, avec chaque fois la gonzesse à poil dans une situation romanesque, qui ne fait pas parti de l’histoire, mais d’un rêve raconté par l’un des protagonistes. On sent le “j’ai eu une super idée !” reconduite sur les deux livres, et qui finit par montrer ce qu’ils ne disent pas : BD de branleurs pour… pour qui en fait ?

Je suis maso, mais surtout je ne désespère pas des gens, alors j’ai aussi lu “La technique du périnée” de Rupper & Mulot… Bon, faut leur expliquer que couper les doigts (évoque une BD de Bizarre Sex de 1972), ce n’est pas une métaphore de la masturbation, mais de la castration. Déjà ça. Ensuite, je vois bien que l’esthétique lorgne sur l’Art contemporain (mais en passant par Moebius, faut pas trop non plus !), qu’on nous fait systématiquement maintenant, le « c’est moche, mais c’est fait exprès t’y comprends rien », sauf que j’en viens, des arts plastiques, et que je m’y retrouve pas, pas comme chez le sublime Yuichi Yokoyama par exemple. Non, je suis juste devant de la laideur plate, insipide, aussi désertique dans le fond que dans la forme, moins sexy qu’une fiction TF1, et avec cette sensation persistante et désagréable de voir s’étaler devant moi la psyché d’un puceau qui le restera ad-viternam, car on peut baiser et sur-baiser en restant puceau, c’est-à-dire en se masturbant à deux…

Tout ça est d’une beauferie consommée. et en parlant de consommation… c’est très conforme à l’époque. Passons, après tout, je viens de lire trois très bons livres de copains. Je vais plutôt me remettre à parler de ça, du plaisir à lire de l’esprit, de la finesse, de l’invention.

Je crois que je touche du doigt (sic !) le pourquoi je ne peux plus lire mes vieux Metal Hurlant… Et pourquoi je ne rachète pas, comme pourtant ils le font tous, mon adolescence…

 

La conscience (sur ses lacunes)

Hier

Je suis devant ce rayon « roman graphique » de la médiathèque.

Déjà… séparer ces romans graphiques de la BD… Hum.
Déjà que juste avant, je trouve un livre de notre copine Juhyun Choi au rayon manga… Yann me dit « le classement est ethnique, sans doute ? ». Sans doute, mais passons. Donc, mon nez glisse devant le rayon roman graphique et s’arrête devant “La Perdida“, un gros bloc signé Jessica Abel… et là, PAF ! Grosse illumination ! Je me dis « mais j’ai lu ce livre en 2006, oui, 2006 ou 2007 ! » Et je comprends que j’avais lu un livre de Jessica avant de la côtoyer 4 ans de suite, et ceci, sans faire le lien, sans m’en souvenir !

Où pire, je me souviens de l’histoire, mais je n’ai pas rattaché cette lecture à la personne que j’ai rencontré ensuite. Ce qui est évidement presque impossible, une sorte d’exploit dans le domaine de l’idiotie… J’ai pourtant suivi son travail, lut un autre livre, et je savais… oui, une part de moi savait qu’elle était l’auteur ce livre… Mais pourtant « quelque chose ne s’est pas produit » totalement , une connexion consciente entre le souvenir d’une lecture, ce livre, et l’auteur qui était là, devant moi…

Un rapport avec le titre du livre ? Quoi qu’il en soit,
petite honte.

Poltergeist n°3

Mes copines Marine Blandin et Naïs Coq viennent de sortir un minilivre fait à la main, à quatre mains si je compte bien, et qu’elles vendent 3 euros : Poltergeist #3. Vous n’aimez pas les tout petits livres ? Moi j’aime bien et j’en ai quelques-uns, pas assez peut-être, mais c’est toujours charmant et ça évoque quelque chose de l’enfance sans remplir son appartement comme cette mode des livres géants.

Celui-ci ? C’est un petit conte moral délicieusement pervers avec deux élèves de sumo gloutons et un fantôme japonais. C’est dessiné par Naïs Coq et scénarisé par Marine Blandin. Minuscule, la chose fait quand même plus de 60 pages ! Vous pouvez le commander ici :

http://marine-blandin.blogspot.fr/2016/10/poltergeist-n3.html

poltergeist

 

Goku et la monoroue (note de lecture)

4701Je lis en travers « Goku », un manga de 1987 de Buichi Terasawa, l’auteur du célèbre « Cobra ». Je délaisse un peu Musil qui va me suivre longtemps. Il est chiant aussi à se demander « On peut lire les poètes, étudier les philosophes, acheter des tableaux, disserter toute la nuit : mais ce que l’on y gagne, est-ce de l’esprit ? ». Et bien, du coup, puisqu’il n’y a pas plus d’esprit à trouver chez les philosophes qu’ailleurs (je le savais depuis longtemps, mec, je les ai beaucoup  fréquentés), je lis des mangas,  ramené à la chose par la consultation de la bibliothèque de mon neveux.

Alors, Goku, qui donc s’appelle Goku, comme le roi singe, a aussi un bâton qui s’allonge indéfiniment, comme le roi singe… Ce Goku là est un détective du futur qui évoque beaucoup City Hunter de Tsukasa Hōjō, série commencée deux ans avant. Et donc, ce Goku est aussi l’un des avatars du roi singe du grand classique chinois “le voyage vers l’occident” où «pérégrination vers l’ouest», que j’avais évoqué dans cet article : Read More →

La noisette

Je croquais dans cette noisette, brusquement conscient de la séquence narrative incroyablement complexe qu’elle m’offrait. de l’approche des lèvres, des dents, au dernier arôme de fond de bouche, une aventure longue et inouïe de subtilité. Et je me disais que les industriels se dispensaient de cette complexité et tentaient, surtout, d’éviter toute variation et tout raté, car on est jamais à l’abri d’une mauvaise expérience, avec une noisette… Avec les produits industriels, cinéma, littérature ou bande dessinée, nous sommes à la fois garanti de retrouver ses pantoufles, et de n’être réveillé par rien de fâcheux… et malheureusement, ni d’excitant non plus.

 

 

Une lecture

Je termine le B. Traven que Golo m’a prêté avant de partir pour la semaine. J’étais très intrigué à plus d’un titre. C’était l’un des livres de Golo qu’il me restait à lire, et je ne comprenais pas pourquoi un type comme moi, qui depuis l’enfance enregistrait les écrivains comme d’autre les joueurs de foot avait pu passer à côté de Traven ? Je pense maintenant qu’Hollywood m’a caché l’auteur… Ce qui arrive souvent, qu’Hollywood cache, voire détruise un auteur. Mais à la lecture passionnante de la biographie qu’en a tiré Golo, je comprends à la fois l’attachement qu’il a pour cet auteur — ce livre représente un labeur monumental — et pourquoi celui-ci est resté loin de moi. C’est un exilé voyageur, comme Golo lui-même, et je dois bien avouer que mes idoles littéraires, comme Kafka ou Pessoa, sont bien plus immobiles et grises, bien plus intégrées, et participent même de cette armée honnie de la « classe moyenne » collaboratrice de tous les systèmes,  à l’image du centre flasque de ma vie.

Ce mitan d’une vie grisâtre sur lequel j’ai tiré un trait pour revenir à cette bohème que je n’aurais jamais dû quitter, par une fuite presque immobile qui provoqua tant de rencontres, dont celle avec cet extraordinaire Golo, éternel exilé.

Pigmente einer Sprache der Liebe

Mai Li Bernard me signale qu’une de mes photos est créditée sur un site allemand… C’est la première fois en allemand.

http://www.dreimalalles.info/news/„pigmente-einer-sprache-der-liebe“

Capture d’écran 2016-06-06 à 18.04.19

Trail

Le dessin du jour par Marine Blandin. Une mise en situation des personnages de l’histoire que je lui écris ! Raaaah ! ça me donne envie de les faire courir encore et encore !!! Et envie d’écrire !

 

marine1

 

Le nouveau blog d’Alfonso Zapico

Alfonso Zapico est passé boire le thé. Nous en avons profité pour réaliser quelques photographies d’illustration de ses livres pour son tout nouveau blog :
www.sweny-studio.com

James Joyce

La queste du «Capitaine Mulet»

J’ai un rapport un peu particulier avec le travail de Sophie Guerrive. J’ai été l’observateur privilégié de la genèse de son dernier livre, «Capitaine Mulet», qui vient de sortir chez 2024 deux bonnes années après son achèvement. Et elle m’a offert tous ses livres… Même ceux dont elle ne veut plus parler, et donc, dont je ne parlerais pas… Je ne parlerais pas de… Je… Ha c’est pénible ! Mais voilà, les auteurs ont souvent des problèmes avec leurs premiers livres… dont je ne parlerais pas de… Read More →

Une soirée / un dessin

Au Yao Hsing ( ou “Ao You-xiang” , ou 敖幼祥 ) a dessiné la petite soirée d’hier soir chez Golo :

Avec de gauche à droite : Mai Li Bernard, moi (qui ne tient jamais l’appareil à bout de bras comme ça), Au Yao lui-même (beaucoup plus stoïque au naturel), Céline Guichard cachée, Golo et Rayco Pulido…

au-yao

graphic babel, exposition ( FIBD2016)

Je participe comme scénariste (c’est pas spectaculaire, donc !) et comme photographe à l’exposition annuelle de “la Maison des auteurs” d’Angoulême. Je balance ici la com officielle :

graphic_babel

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Mac-Bès

Un dessin que Golo a réalisé en mêlant allègrement son dieu fétiche, Bès, et mon Mac qui ne me quitte jamais… Quelques jours après me l’avoir envoyé par Mail, il est venu me l’offrir.

Il faudra, ici, imaginer un Mac-Bès pacifique !

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Heureux qui comme Ulysse…

La ville d’Angoulême m’a passé commande d’une dizaine de portraits de mes amis auteurs de bande dessinée et “résidents étrangers” pour le magazine “Angoulême Mag” de janvier février 2016. C’est judicieusement le N° distribué pour le Festival International de la bande dessinée qui commence le 28 janvier.

Des pages 22 à 27 du magazine, les portraits de Pedro D’Apremont et Cynthia Bonacossa (Brésil), Yoon-Sun Park (Corée), Giulia Sagramola (Italie), Benjamin Frisch (USA), Giorgia Marras (Italie), Matt Madden et Jessica Abel (USA), Golo (Français longtemps exilé en Egypte), Amruta Patil (Inde) et Lola Lorente (Espagne). Read More →

Derrière Disney, ou la revanche des auteurs

J’exhume ici un brouillon d’article qui date d’au moins 2 ans (je ne sais plus exactement quand je l’ai commencé, l’ayant déplacé de Dropbox à Drive et enfin dans les brouillons de ce blog), mais qu’il me semble intéressant de publier aujourd’hui car il évoque un rôle culturel des fans (déjà abordé dans “Le nerd comme agent culturel” et Pourquoi Roland est-il furieux ?). C’est ma modeste contribution à quelques questions importantes développées ailleurs.

 Alain François, 3 Janvier 2016

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Le réverbère

Hier matin, en vélo, je me suis pris un réverbère. PAF ! Une seconde de distraction, et pas vu l’arrière d’une camionnette qui rétrécissait l’espace derrière les voitures garées.

C’était étroit, mais je pouvais passer. Si j’avais vu la chose venir, je serais passé tranquillement, élégamment même, en accélérant avec un poil de morgue et cette sensation si agréable d’avoir 12 ans. Mais la surprise m’ayant déstabilisé, j’ai donné un violent coup d’épaule au pilier de métal qui n’a pas bronché. Selon les lois de la physique, mon corps tentant de pivoter autour de cet axe trop fixe, ma hanche s’est écrasée lourdement à son tour. Par réflexe, mon poignet est venu frapper le métal qui n’a même pas crié. Je ne sais pas comment j’ai évité la chute, mais j’ai repris maladroitement ma trajectoire, bien conscient qu’il n’y avait plus rien de gracieux là-dedans… En m’éloignant, je ressentais encore l’onde du choc dans tout le corps qui s’additionnait d’une légère contrition morale.

Étrangement, il me reste peu de choses de ce petit accident. Une trace brune sur le poignet, une légère onde de douleur dans les lombaires et la hanche et une raideur dans la nuque. Le choc a suffisamment été réparti sur la hauteur du corps pour m’éviter les hématomes.

M’en fous, car dans l’après-midi, François Bertin de l’atelier d’en face (distance : largeur du couloir), m’a remis la première partie de son livre en chantier sous forme d’une liasse de feuilles libres. J’avais été très surpris, lors de notre première conversation, de découvrir des similitudes entre ce que j’avais écrit en avril 2013 et son projet. Je lui avais donné mon texte et j’avais récolté des compliments et même un enthousiasme qui m’apparut sincère. Très agréable.

C’était donc à mon tour de le lire. Et ces feuilles volantes m’ont apporté un vif plaisir. En effet, nous avons quelques souvenirs presque communs, ou cousins, et une même manière de découvrir sa libido. Et moi qui croyais avoir écumé mes souvenirs présexuels, la lecture de son livre en chantier m’a provoqué une salve de réminiscence ! Des choses enfouies, perdues, dont je n’avais même plus idée me sont revenues, ravivées, comme à 13 ans,  la ligneuse grande sœur de mon copain avec qui je jouais au foot, entraperçu dans leur salle de bain. Ou encore cette fois, bien plus tard, où j’avais dû dormir dans la chambre de la sœur d’un ami. Une chambre de fille, avec toutes les odeurs et toutes les textures d’une chambre de fille. C’était si troublant de se glisser dans les draps de cette absente à l’aura si forte ! Et d’autres souvenirs encore que je ne noterais pas ici, par pudeur ou pour les garder pour ailleurs, peut-être…

Oui, ma vie actuelle émaillée de privilèges peut bien supporter un réverbère trop inflexible ! En un seul après-midi, parcourir les charmants carnets de dessins de Giulia Sagramola, parler avec elle de la spontanéité du premier trait,

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Classeur de Giulia Sagramola

ensuite lire un gros chapitre d’une fluide, élégante et sensible bande dessinée autobiographique, et enfin terminer en discourant sur le roman et les personnages avec son auteur…

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2 pages du prochain livre de François Bertin chez Warum