Livre

« BOTANIQUE » & « BAISER » 2 Joie Panique d’un coup

Nouvelle maison d’édition, « Joie Panique »  sort deux revues d’Art d’un coup, deux superbes livres d’images contemporaines sans commentaire, mais réalisés avec soin et rigueur :

« BOTANIQUE » & « BAISER »

La maquette, la qualité d’impression et la numérotation à trois chiffres permettent de prendre la mesure de la belle ambition de l’aventure. Chaque revue est vendue 15 euros sur le site de l’éditeur, là : http://www.joiepanique.com

J’ai reconnu quelques connaissances perso, comme Céline Guichard, Mathilde Payen, Séverine Gallardo ou Pakito Bolino. Ce qui prouve que c’est une maison qui a du goût… Mais pour être exhaustif :

Le premier volume, « BOTANIQUE », présente 31 artistes sur 96 pages : Laura Ancona, Atak, Frédéric Bélonie, Stéphane Blanquet Blanquet, Elzo Durt, Christelle Enault, Brecht Evens, Shepard Fairey, Denis Félix, Anke Feuchtenberger, Roberto Frankenberg, Séverine Gallardo, Julia Geiser, Art Grootfontein, Céline Guichard, Hoel Von Helvet, Joel Hubaut, Lidia Kostanek, Sophie Lécuyer, Sarah Leterrier, Alexandra Levasseur, Rachel Levit, Lmg Nevroplasticienne, MTA, Helena Perez Garcia, Marc Prudent, Rebecka Tollens, Maïssa Toulet, Aleksandra Waliszewska

Le second, « BAISER », présente 26 artistes sur 88 pages : Flore Kunst, Nine Antico, Stéphane Blanquet, Vincent Bizien, Pakito Bolino, cloé Bourguignon, Marc Brunier Mestas, Isabelle Cochereau, Ayako David-Kawauchi, Luc Doligez, Philippe Dupuy, Elzo Durt, Anke Feuchtenberger, Andreas Haslauer, Joel Hubaut, Hyunjin Lee, Sarah Leterrier, Tristan des Limbes, LPFM, Philippe Narcisse, Julien Pacaud, Gianpaolo Pagni, Delphine Panique, Mathilde Payen, Pole KA et Marc Prudent.

Dedans, c’est comme ça, juste pour jeter un œil :

Brutalopolis

« Brutalopolis » de Mai Li Bernard, aux éditions Waknine, 2017

Alors que le Pop-Art émerge, le Brutalisme en architecture secoue le goût commun habitué au décoratif. Tous les deux sont nés en Angleterre à l’issue de la 2e guerre mondiale. Avec le Brutalisme, le mouvement moderniste reprenait là où il semblait s’être arrêté et insidieusement, le Pop, par son regard second sur des choses existantes, préfigurait le post-modernisme. Mais les deux secouaient l’ordre social des formes. Ces regards neufs sur les choses, les matériaux et les structures, les productions industrielles et les esthétiques utilitaires ou populaires, ont encore aujourd’hui une audience importante. Le Pop n’a depuis jamais cessé d’innerver la culture mondiale, et les sculptures utiles du brutalisme sont très à la mode sur les réseaux sociaux. 

Les merveilleuses éditions Waknine (qui sentent le protège-cahier), éditent aujourd’hui une monographie de Mai Li Bernard : 52 collages de gommettes colorées qui rendent un paradoxal hommage pop à l’architecture brutaliste. Comme une synthèse malicieuse des deux mouvements anglais, le chatoiement coloré des gommettes et une certaine préciosité des structures  s’opposent aux grands principes du brutalisme. Pourtant, derrière cette apparente contradiction, l’usage d’un moyen d’expression éminemment enfantin, simple et standardisé  (d’un nombre limité de couleurs et de formes géométriques), rappelle l’austérité des principes du mouvement brutaliste. Et c’est donc dans le protocole que le brutalisme est respecté, par l’usage tel quel, sans transformation, d’un produit de consommation courante. Et le résultat, qui oblige à porter un regard neuf sur un objet vulgaire, correspond au programme éthique d’Alison et Peter Smithson.

Mais au-delà du titre, lier l’architecture à l’enfance est évidemment pertinent. L’architecte, de l’enfance, garde la maquette, et un jeu d’échelle, un jeu mental, fantasque, entre le géant et le miniature. Avec le dessinateur, l’architecte fait parti de ces privilégiés qui continuent adultes une pratique enfantine. Inventer des architectures en gommettes, c’est ironiquement pointer la dimension ludique de ces formes géantes qui souvent nous en imposent par leur esprit de sérieux. 

une Histoire engloutie par François Henninger

Je ne sais pas pourquoi (un truc enfantin), mais j’aime particulièrement les macro-micropublications. Encore une, d’un dessinateur que j’aime beaucoup : François Henninger. J’avais aimé ses dessins, comme j’avais aimé son livre avec Thomas Gosselin. Je le retrouve là avec un cahier sérigraphié par T.Toth en grand : 35X50. ça se glisse pas n’importe où.

Sur les traces d’Henri Michaux fasciné par la graphie pure, François Henninger propose un geste gratuit, une bande dessinée factice, au dessin factice, au texte factice, pure apparence jusqu’au paratexte, un objet livre entièrement voué à l’esthétique de l’illisible, du presque-signe, pseudo-manuscrit apocryphe d’une histoire engloutie.  

Lampiste N° 2 comment j’ai été sauvé par des castors

La seconde livraison de « Lampiste » le minizine (A6) de Matthias Lehmann, est arrivé jusqu’à moi, tranquillement… Et ce 2e Lampiste est encore plus drôle que le précédent qui s’intitulait « Pourquoi Richard m’a tué« .

Toujours le même principe : un souvenir d’enfance de Matthias Lehmann complet, terrible et drolatique, en 16 pages ciselées.

Dans ce numéro, une seule invitée : Sophie Darcq qui signe la 4e de couverture :

Thomas Mathieu - Photo Alain François

Portrait : Thomas Mathieu

En général, je ne connais pas le travail des gens que je rencontre. Je découvre la personne, et ensuite je trouve (a minima) civil de me pencher sur ses productions artistiques ou livresques. Parfois, une exception, comme Thomas Mathieu que j’ai rencontré la semaine dernière. Thomas Mathieu, c’est l’homme du « Projet Crocodiles », un tumblr dans lequel il publie depuis quelques années des témoignages de « harcèlement et de sexisme ordinaire » qu’il met en scène en bande dessinée. Et j’avais lu quand ses planches étaient devenues virales.

Déjà, la bande dessinée de reportages est relativement rare [Elric me signale au passage que depuis une quinzaine d’années, ce n’est plus vrai] mais il est encore plus rare que l’auteur s’efface derrière le témoignage. 

Je découvre à l’occasion de ce post que le Tumblr est maintenant dessiné par Juliette Boutant. Ce passage de flambeau pointant bien à la fois la modestie de la démarche (porter les témoignages sans sur-écriture excessive), et même son côté « d’utilité publique », qui là, pour le médium, est plus que rare.

Car on est très loin, ici, de l’insignifiance de la presque totalité de la production livresque (et j’englobe ici littérature et BD) ou de la putasserie de la production pseudo-sociétale habituelle. Le dispositif qui a été beaucoup discuté est malin, simplifiant, effaçant l’anecdote pour se focaliser sur les situations, donnant aux témoignages singuliers une dimension universelle. Si universelle que la réception est souvent violente. Pour l’écriture de ce tout petit billet, je suis passé lire un article d’un grand journal, et par faiblesse, j’ai glissé vers les commentaires. Je suis peu armé contre l’insondable de la connerie humaine, mais c’est à la mesure des réactions qu’on peut estimer la pertinence du propos de ce « projet ». En effet, souvent, en lisant, « on » (moi, comme « les autres »), ressent un malaise. Mais ce malaise est salutaire, il rappelle qu’on ne doit jamais imaginer détenir la vérité morale d’une situation à l’aune de son unique perception.

Évidemment, ce dispositif très simple, s’il apporte de la lisibilité aux situations, a les défauts de ses qualités. J’ai rencontré des femmes crocodiles, par exemple, et il y a un horizon hygiéniste qui peut produire des législations perverses. Mais il ne faudrait pas confondre l’anecdote avec le système et les effets pervers de la manière grossière de gérer politiquement le problème avec le problème. L’oppression sur les femmes est massive. Et encore partout, la dissymétrie de destin est absolue (sujet esquissé ici, à propos de « La vie domestique » d’Isabelle Czajka).

Ce travail de compilation des témoignages, qui met au jour une montagne de non-dits, de souffrances tues, d’adaptation bricolée à des situations perverses, est absolument salutaire, comme à chaque fois qu’on perce un abcès. C’est rarement beau dedans, ça pue, mais ça soulage. 

[Bon, le titre du billet est foireux. Je voulais juste poster un portrait photo…]

 

 

Pour aller plus loin, deux articles :

Les crocodiles, le point sur les objections

Le camp des crocodiles

 

 

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The day my comic got a compliment

Lisa Frühbeis nous a offert un mini-comics : « The day my comic got a compliment ». C’est un tout petit leporello artisanal, et j’aime particulièrement ces micros-publications et autres autopublications qui pullulent de par le monde et qui représentent, très discrètement, l’un des très grands phénomènes culturels contemporains (par la quantité et l’universalité). 

Lisa Frühbeis, « nerdy post feminist » selon elle-même, est une jeune artiste allemande récemment convertie à la narration graphique, qui a eu la chance d’être tout de suite publiée dans un journal. Chance largement méritée, car elle a le sens de l’humour, du trait, et de la chronique !

Lisa Frühbeis comics

http://lisa-fruehbeis.squarespace.com

Shōchan no Bōken dans ma bibliothèque

J’avais trouvé Shōchan no Bōken, ce mignon manga de 1923, sur quelques forums interlopes, je suppose. C’était il y a au moins une dizaine d’années. Grosse, la dizaine, et j’avais tout de suite montré ça à Yann, et quelques autres, très surpris par l’évocation hergéenne de ce manga antérieur mais contemporain de Tintin. Quand j’ai rencontré Elric, il s’est passionné pour ce petit personnage de si loin de la Belgique qui semblait annoncer Tintin, mais aussi Spirou. Elric en a tiré un article comparatif, ce qu’il fallait faire, et écrit un mémoire sur le sujet. Il vient de m’offrir l’édition patrimoniale de « Shōchan no Bōken », éditée en 2003 par Shōgakukan creative et que nous connaissions déjà, car Yann l’avait commandé sur Amazon Japon.

Les livres japonais sont toujours épatants, mais celui-ci vient quand même contrarier le format d’origine des Shōchan, à l’italienne :

Et l’élégance des dessins de Katsuichi Kabashima aurait mérité des pages plus grandes… Malgré tout, quel bonheur d’avoir ce livre dans ma bibliothèque !

Pour le contenu, reportez-vous à l’article d’Elric ici : http://marsam.graphics/shochan-no-boken/

 

 

Feuilleter Minchō #13

Céline Guichard a reçu Minchō N°13 par la poste. Elle avait été sollicitée par ce magazine espagnol qui voulait publier un article de Mara Gonzales sur trois artistes, dont elle : « The abject and its power in the work of Aleksandra Waliszewska, Céline Guichard and Maria Melero ».

Les pages sur Céline Guichard :

 

Minchō | Illustration and Graphic Arts Magazine

Mincho 13 couverture de Javier Sáez Castán

L’envoi me permet de découvrir une revue de graphisme et illustration espagnol très soignée, entièrement en anglais, je suppose pour des raisons de diffusion, avec ce dossier, donc, sur Aleksandra Waliszewska, Céline Guichard et Maria Melero.

Mais aussi, une couverture de Javier Sáez Castán, et des articles sur Daniel Johnston, Joan Sfar, Charles fréger, Javier Olivares, etc.

La revue est remarquablement bien imprimée sur un papier mat très blanc, très neutre, qui dessert à peine les photos, mais magnifie les dessins, et en particulier les à-plats noirs. Une belle revue de dessin, donc !

 

Les gardiens des livres

Une lecture du livre « Les gardiens des livres » de Mikhaïl Ossorguine, sur l’aventure de « la Librairie des écrivains », pendant la révolution Russe

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L’Album primo-avrilesque toute l’année

Avant d’oublier, noter que l’historique et problématique « Album primo-avrilesque » d’Alphonse Allais (éditions 1897) est en ligne sur Gallica :

« Problématique », car il pose la question de la réévaluation a posteriori d’œuvres, et même d’objets plus où moins volontaires, que l’Histoire dévoie de leur finalité première (le rire, ici) pour les intégrer dans un récit aussi cohérent qu’artificiel (l’Histoire de la musique, de l’Art et plus spécifiquement, l’histoire du monochrome).

Je reviendrais sur ces phénomènes de paréidolies culturelles ultérieurement, mais quoi qu’il en soit, voilà encore un document en ligne, en libre consultation, à l’importance historique incalculable.

 

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ARISTIDE N°2

Aristide est un graphzine helvète qui a de la tenue. Imprimé en bichromie (bleu et rouge pour le Nº 1, et… gris bleuté sombre et kaki pour ce Nº 2… Chaque Nº est thématique. Le premier était sur « la distance », ce second, les artistes devaient illustrer « la peur », ce qui donne des résultats surprenants, puisque la peur est hautement subjective. 

D’un format haut, assez élégant de 16X24 cm, la revue présente 4 pages de texte avant 34 pages de dessins contemporains.

Céline Guichard participe à ce numéro

http://aristide.tictail.com/product/fanzine-aristide-n2

« Batailles », toute l’Histoire selon Sophie Guerrive

Le nouveau livre de Sophie Guerrive est un leporello : une unique longue bande pliée en accordéon de manière à pouvoir la feuilleter par double page, ou la déplier (mais il faut avoir un peu de place), présentant un unique dessin de 6 mètres de long racontant l’histoire des hommes, de leur conception par des extraterrestres (comme chacun sait, et surtout les amateurs de nanars US) à leur disparition catastrophique (prévu exactement pour très bientôt).

Si ce long dessin est édité aujourd’hui en leporello par les éditions ION, c’est à l’origine un volumen, que Sophie Guerrive a dessiné directement sur le rouleau de papier, selon le principe narratif linéaire de la tapisserie de Bayeux, et pas du tout en pseudo-rotulus comme cet escroc de Kerouac…

En fouillant, j’ai retrouvé dans mon album tumblr trois photos du rouleau originel en chantier, l’une du 30 juin 2014, et les deux autres du 6 janvier 2015. Ceci marquant autant l’importance du temps de réalisation que la difficulté à éditer un tel objet aujourd’hui.

Même si Sophie Guerrive a sorti plusieurs livres entre temps, dont le « Capitaine Mulet » dans lequel on retrouve cette même propension au pastiche d’un esprit médiévale, ce dessin a nécessité, pour le moins, un certain entêtement maniaque…

Les bouts du rouleau en chantier, où l’on distingue les annotations sur la période des combattants (octobre 2015) :

 

Le rouleau sur le sol de la Maison des auteurs, Angoulême

C’est donc un seul et unique dessin narratif, qui va d’un étrange début de l’humanité à sa fin en ultime échappée, par accumulation de petites scènes violentes qui se regardent et se lisent de gauche à droite, évoquant des souvenirs mythifiés de notre chaotique histoire réelle, mélange de mythes anciens (Prométhé) et contemporains (les extraterrestres démiurges), remplies de détails cocasses, humoristiques et grotesques. Il y a d’ailleurs paradoxalement quelque chose de vivant et joyeux dans cette longue théorie de massacres et catastrophes.

Procédé emprunté aux primitifs et à l’Art de la fresque, la continuité du dessin est assurée par une unité de lieu en arrière-plan, quelle que soit la disparité temporelle ou géographique des scènes. Malgré sa grande fantaisie, l’ensemble dessine un autoportrait tragi-comique de notre espèce malheureusement plutôt réaliste.

Le leporello sur le site de l’éditeur : http://ionedition.net/livres/batailles/

Quelques aperçus :

Un très beau livre (sur « En Corée » de Yoon-Sun Park)

J’avais déjà parlé sur ce blog de En Corée de Yoon-Sun Park. Je ne vais donc pas reparler du contenu de cette réédition-compilation que les éditions Misma viennent de sortir. Au-delà du fait que c’est une excellente décision d’éditeur, que ce « contenu » de trois livres autoédités va être ainsi mieux distribué et simplement plus visible, je dois avouer que c’est aussi une très bonne surprise ! Pour une fois, l’écrin est à la mesure de l’œuvre.

Je pense que l’éditeur a voulu évoquer l’excellence de l’édition japonaise, qui sait faire de très beaux livres. En gros, une évocation « asiatique » assez large, inspirée peut-être des éditions françaises des livres de « Ma vie manga » d’Osamu Tezuka chez Kana (qui avait édité aussi « Dans le studio Ghibli » de Toshio Suzuki dans un esprit similaire). Ce serait donc du japonisme, pour l’inspiration, même si l’autrice est coréenne. Mais je ne connais pas assez les différences entre éditions japonaises, coréennes ou chinoises… le livre de Yoon-Sun édité par Misma est à mon goût beaucoup plus beau que ces mignons petits livres de chez Kana. Il est plus sérieux, un poil plus austère et son cartonnage sera moins cassant.

L’impression est tout aussi impeccable que la reluire, avec au centre, la réédition du supplément « encore en Corée » sur fond gris. Les livres de bande dessinée sont en général si laids (bon, surtout en franco-belge, où il y de quoi se crever les yeux) que ce très très beau livre dénote.

Un objet qu’on a autant envie de tenir en main que de ranger en bonne place dans sa bibliothèque. La classe !

Mon article sur l’édition antérieure :

En Coree en France de Yoon-Sun Park

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Tchouc Tchouc #1

Peut-on être post-moderne et parfaitement frais, et parfaitement d’aujourd’hui ? Oui, répond Tchouc Tchouc, zine A4 comme on en fait plus, simple papier machine plié agrafé, mais dessins et textes des dessinateurs poètes Lucas Méthé, Pierre Maty, Joseph Callioni, Françoise Hénninger et  Miroslav Sekulic Struja. C’est que du dessin amoureux et de l’amour du dessin, de la post-poésie rafraîchie, de la candeur et de la liberté, comme je pensais pas que ça pouvait encore exister. Hé bien si. C’est dans Tchouc Tchouc et ça vaut 4 euros. Parce que ça vaut et par mont. 

Et au centre, un mini album de François Henninger à démonter, découper, plier… (pour les collectionneurs de minizine, j’en connais)

Sac plastique mon âme hurle bleu

Je ne sais pas si le pliage a un nom ? C’est un minizine leporello plié dans le sens de la longueur, pour étaler la narration en planches carrées, ou presque carré… Le résultat plié faisant exactement 10,2X9,5 cm et contenant un poème graphique et mélancolique de Kathrine Avraam, jeune artiste grecque qui possède un sens plastique énorme ! Ce qui est assez rare dans le dessin narratif. Autoproduit, imprimé sur une solide feuille A3 massicotée, le seul bémol est qu’il faut avoir une bonne vue pour lire le texte, petit et parfois en défonce sur un à-plat de couleur… (mais après tout, un « chef-d’œuvre de la BD« , d’un célèbre américain, m’est tout aussi illisible pour la même raison).

Le tumblr de Kathrine Avraam : http://kathrineavraam.tumblr.com/

Making Space avec Andy Leuenberger

J’aime le dessin mais aussi le graphisme, et je marque ainsi que souvent le dessin et le graphisme ont des tentions visuelles opposées. Voilà « Making Space » un petit livret A5 à l’italienne rouge noir et blanc, qui explose dès la couverture.

Andy Leuenberger est un graphiste, illustrateur et cartooniste allemand. « Making Space » est un petit catalogue d’explosion graphique, à la limite du clip-art, où plutôt s’amusant de ce cousinage, et donc, créant littéralement de l’espace à coup de formes géométriques hyperdynamiques évoquant explosion, lumière, gaz. C’est efficace, drôle, beau.

Seul bémol, le papier un peu léger et pas assez opaque. Pourtant, l’objet en est déjà à son second tirage.

Poltergeist n°3

Mes copines Marine Blandin et Naïs Coq viennent de sortir un minilivre fait à la main, à quatre mains si je compte bien, et qu’elles vendent 3 euros : Poltergeist #3. Vous n’aimez pas les tout petits livres ? Moi j’aime bien et j’en ai quelques-uns, pas assez peut-être, mais c’est toujours charmant et ça évoque quelque chose de l’enfance sans remplir son appartement comme cette mode des livres géants.

Celui-ci ? C’est un petit conte moral délicieusement pervers avec deux élèves de sumo gloutons et un fantôme japonais. C’est dessiné par Naïs Coq et scénarisé par Marine Blandin. Minuscule, la chose fait quand même plus de 60 pages ! Vous pouvez le commander ici :

http://marine-blandin.blogspot.fr/2016/10/poltergeist-n3.html

poltergeist

 

EYEZ d’Aisha Franz

Voilà «EYEZ» d’Aisha Franz, illustratrice et autrice de bande dessinée allemande, le #41 de la trop mignonne collection  des « Mini Kuš! », mini-graphzine A6 de l’éditeur Letton Kuš!, fondée en 2007 à Riga. Un petit conte moderne, coloré, pop et drôle sur la surveillance globale, avec une femme dans la peau d’un homme, un drone voyeur, et une évasion virtuelle… 

 

 

Plutons, par Sophie Darcq

Plutons est un zine A5 autoédité par Sophie Darcq. Plutons est un remontage de planches et cases datant parfois de 2008, mais qui fonctionne comme un récit complet déroulant un rêve sombre qui n’en finit pas de se terminer, en abîme, où la veille n’est que factice… Et toujours ce solide dessin de Sophie.

Plutons

Lampiste N°1 Pourquoi Richard m’a tué

Voilà un bien joli minizine A6 de Matthias Lehmann, avec une histoire complète, ou plutôt un souvenir d’enfance complet. Et c’est assez rare pour être noté, car les minizines ont une propension à la gratuité. Non, pas la gratuité commerciale (encore que parfois oui), mais la vacuité sémantique. Pas ici !  Matthias Lehmann donne une vraie BD, qui a du sens, aussi bien faite que si elle devait être éditée en album luxueux. Un beau minizine, donc. 

Et avec en prime des invités prestigieux, dont deux vieux copains (enfin, vieux…) : Sophie Darcq qui a réalisé la couverture, Thomas Gosselin qui a déssiné en page 2 un « portrait de l’auteur vieux », à la mode du XVIIe, mais aussi Gilles Rochier qui a fait la 4e de couverture et une dernière page intérieure de Nicolas Moog

Il est vendu 5 euros. Infos ici :

http://blocmatthias.blogspot.fr/2015/11/lampiste-1.html

« Germes » de Cynthia Bonacossa

Cynthia Bonacossa est une jeune artiste brésilienne, et aussi une véritable expressionniste postpunk. Elle a fait des études de médecine avant de décider de faire de la BD, parcours étrange qui a induit un rapport à la biologie à la limite du trauma. « Germes » est un minizine A6 muet (donc multilingue !). Inracontable, histoire viscérale (au sens propre. Enfin, propre…) de contamination, c’est cash et drôle. 

« Germes » de Cynthia Bonacossa chez Ugra Press :

https://www.ugrapress.com.br/nossos-lancamentos/ugrito_2_cynthia_bonacossa/

Le tumblr de Cynthia https://cynthiabonacossa.tumblr.com/

« Hilla & Bernd » de Mai Li Bernard

Depuis quelque temps, Mai Li Bernard compose des architectures avec des gommettes colorées comme en utilisent les enfants. En parallèle, elle édite et autoédite des petits fascicules façonnés à la main, de tout petits livres d’images d’autres ou d’elle-même. 

« Hilla & Bernd » est un livre d’images tête-bêche, format A4 16 pages, collection d’évocations à coup de gommette donc d’architectures industrielles aussi colorées que fantasques. J’aime beaucoup les livres tête-bêche, mais celui-ci l’est pour rendre hommage au couple célèbre de photographes allemands : Bernd et Hilla Becher, célèbre pour leur collecte d’architectures industrielles et châteaux d’eau. 

Une couverture pour Hilla et une autre pour Bernd, et une collection de silhouettes de structures en gommettes tout aussi frontales que les photographies des Becher. Imprimé sur un papier fort, ivoire, le résultat est superbement pop, frais, et met au jour par les évocations de l’esthétique et la simplicité formelle, ce qu’il y avait d’enfance dans la collection originelle des photographes. Un clin d’œil neuf et vivant plus qu’un hommage peut-être. 

Le tumblr de Mai Li Bernard : http://mai-li-bernard.tumblr.com/

« Ha ! Ha ! » de Céline Guichard (Jet Lag N°46)

Ce Jet Lag N°46 des éditions Lendroit est une monographie de Céline Guichard. Elle y présente une collection de masques au crayon bois, technique pauvre qui lui permet de décliner tranquillement son sens du baroque et du grotesque. Le choix du papier proche du papier à dessin et l’impression rendent relativement bien les gris du trait. On y retrouve cette manière si étrange qu’elle a de traiter indifféremment des éléments biologiques ou minéraux comme accessoire décoratif… Et puis je ne suis plus très sûr que ce soit des masques, mais peut-être des êtres étranges, tout en tête ? Mais non, comme le laisse entendre le titre : « Ha ! Ha ! », ce sont bien des masques pour un étrange carnaval, et tout ça n’est pas sérieux, puisque l’autre évidence est la référence aux « dessins de téléphone », de ces formes automatiques qu’on dessine en faisant autre chose. 

Mais voilà, c’est toujours aussi fort et surprenant, cet art de faire naître l’étrangeté de la pratique la plus simple.

http://www.lendroit.org/catalogue/fiches/958-Jet-Lag-46-Ha-Ha

Pavillons de Mai Li Bernard

Décidément, j’aime beaucoup les livres de gravures des éditions Tetra ! (Voir : Garde-Robe). Celui-ci est carré, il fait exactement 15X15 cm, et présente à chaque page une gravure sur tetrapack de Mai Li Bernard représentant un pavillon, petite maison ou chalet, de banlieue où de montagne, de ville ou de campagne, tous légèrement de guingois, et possédant ce charme indéfinissable des dessins de maison, cette fascination très partagée pour ce type de motif, qui doit nous venir du fond de nos âges respectifs, du côté des premiers dessins peuplés de « bonhommes », de soleil et de maisons… Évidemment, pour Mai Li Bernard, l’architecture est une obsession personnelle, mais elle touche là, avec cette collection de pavillons gravés, à quelque chose de (presque) universel. 

http://cargocollective.com/tetraeditions/Pavillons-Mai-Li-Bernard