communication

Militantisme

Pendant une campagne, j’observe les réseaux : je remarque qu’à chaque fois qu’un militant s’exprime, il fait perdre des voix à « son » candidat… Je baptise ça, outrancièrement, le syndrome « Misery » : ton fan est ton pire ennemi.

M’évoque un grand non-dit de la communication que je note parfois ici : s’exprimer, c’est cliver, cliver, c’est exclure. Le premier effet de toute communication, c’est le rejet, pas l’appétence.

Un Averty en vaut deux

En bon  facebookien  moyen : « il n’était pas déjà mort ? » (indifférence cynique) « Ha, mais alors, il a fait quoi ces 40 dernières années ? » (Puisqu’on montre toujours la même chose) « Ha oui, tient, allons voir » (visionnage de toujours la même chose, depuis toujours) « Pas mal ! Broyer un baigneur, vendre une gonzesse, se moquer des aveugles en 1963, fallait le faire ! Mais après il a fait quoi ? » (Passage par la fiche Wikipédia déjà à jour) « Ha oui, OK, c’est moins sexy après, mais n’empêche » (cruel) et ensuite « Je partage un truc ? Je publie un truc ? Bof, l’ont tous fait» (mort suivant)

La vraie malbouffe

Les réseaux sociaux ont toutes les caractéristiques du corps social. Ils en sont une émanation modernisée. Rien d’autre. Et, comme sur la place publique, la vérité et la subtilité n’y ont pas de place. Ce n’est pas un mal. L’hypocrisie est indispensable à la vie sociale. La disparition de l’hypocrisie, c’est la guerre ou le meurtre. Passons…

Mais oui, il faut acter qu’il est impossible d’y exprimer quelque chose avec subtilité.

Souvent, par faiblesse, j’y poste un message abscons, comme la news douteuse de la NASA sur le moteur interstellaire le jour de l’élection de D. Trump. Il aurait fallu, pour expliciter ce post, un message long et j’y aurais perdu encore des « amis facebook », c’est-à-dire des liens sociaux qui parfois sont fructueux au-delà des incompatibilités sociales ou politiques.

Il aurait fallu que j’explique que la surconsommation de la nourriture informationnelle industrielle est un leurre, plus que des oeillères, une véritable immersion dans un monde virtuel. Ainsi, je ne peux pas plus juger qu’un autre s’il se passe quelque chose d’important ou pas, ce jour d’élection d’un populiste, mais personne non plus, et si l’annonce de la Nasa s’avère sérieuse, alors il est très sur que l’Histoire retienne cette annonce pour son importance historique, alors même qu’on aura oublié l’existence même de D. T.. Ou du moins les dates de son ou ses mandats… À moins d’un improbable changement de régime, ou s’il déclare la 3e guerre mondiale (on en est vraiment qu’à la 3e ?).

Je ne sais pas ce que gardera l’histoire, et s’il y aura encore bientôt une Histoire, mais cette manière de consommer collectivement l’annonce du jour, toujours renouvelé et aussi vite assimilé, colportée, qu’oublié, est la pire des manifestations du spectacle.

Tout ce qui se prend pour intelligent se vautre dans cet auge infâme, en méprisant ceux qui se nourrissent « réellement » au supermarché. Mais la nourriture industrielle est indispensable en tant que nourriture, alors que l’information débile qui fait le commun du cultivé est, reste, et restera de la merde.

Petite remarque

Note que, quand on feuillette des décennies d’exemplaires d’un magazine, on finit par avoir l’impression de toujours voir la même illustration de couverture, avec juste par moment des ruptures, comme quand le périodique passe à la photo.

Encore un exemple de cohérence esthétique d’un espace et d’un temps.

La noisette

Je croquais dans cette noisette, brusquement conscient de la séquence narrative incroyablement complexe qu’elle m’offrait. de l’approche des lèvres, des dents, au dernier arôme de fond de bouche, une aventure longue et inouïe de subtilité. Et je me disais que les industriels se dispensaient de cette complexité et tentaient, surtout, d’éviter toute variation et tout raté, car on est jamais à l’abri d’une mauvaise expérience, avec une noisette… Avec les produits industriels, cinéma, littérature ou bande dessinée, nous sommes à la fois garanti de retrouver ses pantoufles, et de n’être réveillé par rien de fâcheux… et malheureusement, ni d’excitant non plus.

 

 

Se rappeler

Malcolm Lowry sur « Au-dessous du volcan. » : « Bien que l’ouvrage fût considéré par les éditeurs comme « important et intègre », on me suggérait de larges corrections que je répugnais à faire. (Vous eussiez réagi de même si un livre écrit par vous vous avait tourmenté, avait été maintes fois refusé puis récrit.) On me conseillait, entre autres, de supprimer deux ou trois personnages, de réduire à six les douze chapitres, de changer le sujet, par trop pareil à celui du Poison, en un mot, de jeter le livre par la fenêtre, et d’en écrire un autre. »

Je ne sais combien de fois j’ai répété à mes amis, ces dernières années : « n’oubliez pas, les éditeurs ont toujours tords”.  Et de leur rappeler les 60 éditeurs, grands professionnels sûrs de posséder un métier, qui ont refusé “la couleur des sentiments” (quoi qu’on en pense), “parce que ça n’intéresserait personne”. 8 millions d’exemplaires vendus la première année et adaptés par Hollywood…

Les exemples sont légions et recoupent à peu près l’histoire des succès dont, au passage, les éditeurs ne sont jamais responsables, mais toujours les premiers bénéficiaires. Il n’y aurait pas de problème si les éditeurs occidentaux, à l’image des Japonais, disaient “on ne sait pas ce qui marche”. Mais non, ils s’entêtent tous à croire qu’ils savent, mieux que l’auteur, ce qui fera un bouquin, et détruisent systématiquement les oeuvres au nom de leur superstition et de leur prétention à être autre chose qu’une banque de prêt.

(Mille exemples sur le fait que c’est encore pire quand l’éditeur est aussi un auteur… Montre que la fonction suppure une connerie spécifique)

Anonymes

Noter au passage qu’il est très difficile de retrouver les auteurs des couvertures de ces  “le livre de poche”… Les collectionneurs, sur les forums arrivent péniblement à identifier quelques peintres et illustrateurs, comme Fontanarosa, Jacques Thevenet, J.C.Forest, Beuville, Franette Guérin, mais butent sur des signatures « Roederer » (Claude ?) où « F.M.». Incroyable qu’on ne sache toujours pas le nom de ces artistes dont les images ont été diffusées par millions !

Il y a quand même un nom qui sort du lot, mais ce n’est ni un peintre ni un illustrateur, mais un graphiste prolifique : Pierre Faucheux, dont les collages hantent nos bibliothèques :

Pierre Faucheux

 

Il règne une telle confusion

L’actualité, c’est-à-dire le flux d’informations exclusivement tragiques que l’on choisit pour nous, est assourdissant. Lorsque le tragique s’approche géographiquement de nous, ce flux nous écrase.

Impossible de penser dans le malstrom. Suffit d’écouter les commentaires pour s’en convaincre. Les convaincus ânonnent, honte.

 

Respirer avant d’émettre et s’auto-citer sans vergogne, pour se souvenir :

La guerre du jour

Aux lecteurs masochistes

Vous êtes tous responsables de la dégradation de la liberté de la presse en France : pourquoi vous entêtez-vous à lire une presse dont vous connaissez le [les] patron ? Pourquoi ?

C’est donc vous qui continuez à assurer la mainmise sur l’information par quelques groupes d’intérêts privés.

Ha, au fait, un partage d’un article est tout aussi coupable. Arrêtez de lire et colporter ces conneries et participez ainsi à désagréger le plus vite possible ce qui n’est plus qu’une arme idéologique contre vous !

Le monde à la main

Je regarde la carte des derniers visiteurs de marsam.graphics

Rien d’anormal pour un vieux du Web. Il y a plus de 15 ans, la fréquentation d’un site était naturellement mondiale. Sauf qu’entre temps, il y a eu plusieurs révolutions du web : la révolution commerciale au tournant des années 2000, et celles des blogs après, et ensuite celles des réseaux sociaux. Et avec les réseaux sociaux l’appellation de « village mondial » s’est à la fois confirmé et dévoyé, ces réseaux tendant a rétrécir le monde aux gens que l’on connaît déjà. Avant les réseaux, je notais dans un début de thèse sans avenir que les frontières du Web étaient linguistiques. Aujourd’hui, les algorithmes nous enferment lentement dans ce que nous sommes déjà, et l’utopie universaliste du Web a fait long feu. Et donc, reconquérir le monde passe par un travail lent et laborieux de proche en proche. Le monde arrive sur marsam.graphics, mais il arrive par ses merveilleux auteurs.

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Quelques heures plus tard l’Afrique apparait un peu…

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Le podcast de Jessica Abel

Là, c’est un peu particulier. Ce n’est pas un cas de dissémination des photographies de mon blog, mais une demande spécifique. Jessica Abel voulait illustrer le lancement de son podcast sur le storytelling avec des photographies de pique-nique volontairement vieillies, hésitant entre une connotation XIXe ou 60′.

Le résultat est là :

http://jessicaabel.com/2015/09/07/cheese-and-grapes

J’ai utilisé un filtre qui imite, selon son appellation, une “carte postale ancienne” et un autre qui s’appelle “nostalgia” .

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Sur la photographie : Matt Madden, Jessica Abel et Benjamin Frisch

Une lecture de Gotham, la série

En passant, rapidement, une lecture de Gotham, la petite série qui met en scène l’enfance de la faune hétéroclite qui peuple les aventures de Batman. Conformément à l’ambiance très noire des derniers films, et conformément à l’évolution des comics depuis les années 70, cette série est un pulp, un polar crasseux presque classique. Les histoires tournent autour du commissariat d’une ville (Gotham) corrompue par une mafia folklorique ayant des ramifications partout, de l’industrie à la finance en passant par la politique et la police… Puisque Batman est encore un enfant, le héros central est « le seul policier intègre » de la ville, qui doit devenir, dans l’avenir de la série et le présent des comics depuis 1939, le célèbre « commissaire Gordon » qui peut convoquer Batman grâce à un projecteur qui tatoue les nuages d’une chauve-souris géante. Read More →

Iconoclastie

Définitivement, c’est la réception qui manipule les images, et ceci avec l’outil premier de la manipulation : le langage.

L’éditorialiste n’est pas le producteur de l’image de presse. Il en est « la première réception », et donc l’instance de la première grande manipulation.

La souris qui veut se payer un étudiant en Arts en solde…

Mon camarade Elric Dufau  vient de publier un billet dessiné sur son blog du Huffington Post à propos de l’affligeante affaire de l’éventuelle fermeture de l’école des Beaux-Arts de Perpignan par la Mairie… Je suis un ancien étudiant en Arts, et je suis évidement solidaire !

À consulter ici :

http://www.huffingtonpost.fr/elric-dufau/la-mairie-de-perpignan-ferme-une-ecole-dart-pour-faire-des-economies_b_6308188.html

souris

 

Référencement

Ce site reçoit déjà pas mal de visites, majoritairement par les réseaux sociaux pour les nouveaux articles, et par les moteurs de recherche pour les anciens. Par contre, encore  très peu de liens des blogs ! Je ne désespère pas, mais je note quand même ce lien trèèèèèsss discret mais pourtant efficace sur http://www.comicsreporter.com

 

 

Pigmentation d’un discours amoureux

« Pigmentation d’un discours amoureux » est le titre d’un livre de Mai Li Bernard. C’est un petit livre blanc paru discrètement en octobre 2014 et qui aurait pu s’intituler « petit précis d’incommunicabilité ».

C’est un recueil de planches de bande dessinée mettant en scène des situations de la vie amoureuse. Bien, sauf que les malheureux protagonistes, déjà coincés dans la situation la plus riche en malentendus, n’ont à leur disposition pour dialoguer qu’un nombre très limité de gommettes de couleur !

La vie n’est pas toujours simple ! Read More →

Tumblr, média social. 1 / approche expérimentale / introduction

Je ne fais jamais les choses très simplement. C’est vrai, mais malgré la complexité de ma démarche actuelle, je vais tenter de vous l’exposer en quelques articles nouveaux, comme l’année dernière.

J’ai commencé il y a environ un an et demi à observer le réseau social Tumblr.

L’approche expérimentale était indispensable vu la nature sociale et numérique du médium.

Si vous rentrez dans le métro et que vous vous asseyez à côté d’un parfait inconnu, il y a de grandes chances pour qu’il ne se passe rien. Si vous engagez la conversation, vous créez la conversation, et vous provoquez l’interaction sociale. Mais vous ne l’inventez pas. Cette réalité de la conversation était potentielle dans le fait que deux humains se retrouvaient côte à côte. Donc, vous ne perturbez pas ce que vous observez, mais vous en faites partie, car votre nature est la même que celle de votre sujet. Poncif.

Ce qui est évident en sociologie l’est encore plus dans un réseau social numérique. Celui-ci n’est observable que si vous provoquez vous-même des interactions sociales. Donc, si vous acceptez de participer. Sinon ? Sinon, il n’y a simplement rien à observer. Read More →

Le tweet du jour

Mokë & Elric DufauC’est celui de qui me signale que la photographie d’Elric Dufau et Mokë en train de regarder un smartphone, après avoir illustré un billet d’André Gunthert, sert d’illustration dans son séminaire sur le Selfie. La consécration universitaire pour cette petite photo et les deux auteurs de BD représentés !

 

 

Le Tweet  :

ta photo participe au séminaire pour faire le contraste avec les ‘images déconnexionnistes’ ”

fati

Merci Fatima !

Un usage illustratif absolument absorbant

Une photographie de Romantic iPhone vient illustrer un billet du blog d’André Gunthert : Absorbement, smartphone et caricature

Il y propose une lecture de l’usage rhétorique de l’image si commune aujourd’hui de ces pauvres humains penchés sur leur smarthone. Ma photographie spontanée répondait déjà par la couleur et l’interaction sociale qu’elle présentait à un billet orienté qui publiait une série de photographie noir et blanc de gens tristes penchés sur leur petit écran. À manip, contre-manip ! Je sais bien que l’acte est vain, ma brave dame, mais cette contre-image a le mérite d’exister.

Et vient donc illustrer l’article d’André, dont le ton étonnamment mélancolique m’a surpris. Mais lisez-le, en semblant prendre la doxa contemporaine par l’épaule, il s’élève lentement, tout en subtilité, très haut au-dessus de la mêlée.

Absorbement, smartphone et caricature

Narration Augmentée

Le blog de Mélanie Bourdaa déménage à son tour ! Sa nouvelle adresse est :

http://fandoms.hypotheses.org

Elle y “rend compte des évolutions de l’écosystème médiatique français et anglo-saxon en terme de productions transmédiatiques et de culture fan.”

Éternelle Charlotte ?

Je suis content de ce nouveau thème de blog qui supporte les billets très courts comme très longs sans broncher. C’est parfait et ça permet ça : une petite remarque sur l’éternelle jeunesse de Charlotte Gainsbourg sur l’affiche de SAMBA…
Encore ce scandale du photoshopage qui tourne ici au grand ridicule et détruit tout l’intérêt que j’aurais pu avoir pour le film. Non, je mens, je m’en fous de ce film… Mais ça ajoute une dose de répulsif à mon naturel inintérêt. Donc, sur l’affiche, 4 acteurs et deux filles du même âge… Ha non ! l’une a à peine la vingtaine, et l’autre je l’ai vu grandir et (bien) vieillir toute ma vie ! Mais qu’ont-ils dans le cerveau, les gens qui ont fait ça ?

C’est d’autant plus idiot que Charlotte Gainsbourg est l’une des rares actrices à avoir un rapport suffisamment “qualitativement culturel” à sa propre vie pour accepter et même parfois susciter des images d’elle « sans qualité »… Et qu’elle affichait sans complexe l’âge de son corps dans ses derniers films.

Donc, nous savons que cette bêtise qui s’affiche n’est pas le fait de l’actrice. Alors, qui est responsable de cette chose qui ne trompe personne ? Qui, puisque tout le monde connait l’âge du corps de Charlotte Gainsbourg ? Je me dis parfois, ces gens ne maitrisent pas ce qu’ils émettent, car, qui a envie d’aller voir un film qui dit par son affiche « je te prends pour un con » ?

 

(Pour préciser mon trouble, le problème n’est pas tant le photoshopage, ils sont tous photoshopés, que le trouble des générations qui me semble poser un problème à la fiction même. Et ceci en sachant très bien que c’est une tradition du cinéma, de mentir sur les âges des acteurs. Et même de répartir les rôles générationnels  indépendamment de la véritable génération d’un acteur. Mais parfois, comme ici, la volonté affichée de gommer la différence de génération entre deux personnes qui pourraient être mère et fille est simplement grotesque…)

 

L’être et sa vérité

Les gens croient qu’il y a une vérité de l’être, mais il n’y a pas de vérité de l’être, juste une énonciation conjoncturelle. Poser une question, c’est provoquer l’invention d’une réponse possible. Cette vérité absolue détruit toute possibilité d’enquête policière, scientifique, sociale ou autre, toute étude marketing basée sur témoignage ou questionnaire, et détruit toute possibilité de récolter des données fiables à partir de la bouche d’un humain. Ne jamais oublier que toute conclusion tirée de ce genre de collecte d’information est intellectuellement irrecevable.

Allez, répétez après moi : “la question fabrique la nécessité même d’une réponse”  (Bien plus, donc, que de l’induire).