critique

Cigish se cache

C’est une bonne surprise. Quelqu’un m’avait dit que c’était bien, quelqu’un m’avait dit que ça ne l’était pas. La balle au centre. Par contre, clairement, la couverture, qui m’évoquait des publications marginales du temps de mon adolescence, des choses que je n’aimais pas à l’époque, m’a légèrement refroidi. Allez, tu as écouté Florence Dupré La Tour, pendant la journée d’étude des petits masters, et tu avais été agréablement surpris, et comme d’habitude, inconscient, tu avais promis de lire ses livres. Alors ? Alors, va maintenant !

Et donc, j’ai lu «Cigish: Le Maître du Je», qui traîne chez les étudiants en Art, ici. Et j’ai été pris par le récit, instantanément, et je le répéterais, c’est à peu près tout ce que je demande maintenant. Oui, j’ai été pris.

Dans la première partie du livre, j’ai retrouvé ce que j’avais entendu en écoutant Florence Dupré La Tour, à quel point, malgré des origines sociales absolument opposées, nous avions des souvenirs communs d’une éducation catholique particulièrement folklorique. Elle m’a fait me souvenir de ces brainstormings entre enfants, pour se répartir les péchés imaginaires à dire pendant la confession. Comme les enfants veulent toujours « bien répondre », nous nous répartissions les péchés, comme on se répartit des rôles, pensant qu’il ne serait pas crédible d’avoir les mêmes à confesser. C’était, déjà, l’expérimentation de la manière perverse dont une question fabrique une réponse. Elle m’a fait me souvenir aussi comment, pendant la communion, j’avais regardé les grosses mains trop blanches de l’évêque, ces grosses mains couvertes de taches de vieillesse, molle de n’avoir jamais rien fait et si ostensiblement affectueuses avec les enfants alignés… et ses vêtements idiots, ses simagrées ridicules et si peu spirituelles, et comment ce jour-là j’étais sorti définitivement de la religion de mes parents. Non d’ailleurs à cause d’un comportement explicitement déviant, que devant l’arbitraire et le ridicule total, définitif, du cérémonial. j’avais eu honte, de moi, des autres, de tous, d’eux. J’en garde encore ce sentiment, qu’il y a dans ces rituels et ces croyances une indignité dont aucune conscience réellement mature ne se relève.

Et ensuite, le livre change. Évidemment, sa nature de compilation/anthologie d’un blog le rend un peu hétérogène, et explique peut-être l’évolution finale, mais de la première à la dernière page, le livre reste porté par sa qualité principale : Florence Dupré La Tour sait mener un récit, n’importe quel récit, n’importe quel discours, et t’emporter avec elle. Et j’ai rapidement commencé à ricaner, tout seul, comme un con, à en devenir agaçant pour mon environnement, et ça aussi, c’est très bon signe.

Après l’introduction très égotique, on rentre dans un récit à clef, qui joue avec le réel, qui se replie sur lui-même, qui s’emmêle, qui s’amuse du performatif des blogs dû à l’immédiateté de la réception, et qui joue en ça avec les codes des jeux de rôle, une culture que je n’ai pas croisée, ou si peu… Cette qualité-là, source d’humour, m’intéresse moins structurellement, sinon qu’elle m’évoque les « petits problèmes » que j’ai eus comme blogueur quotidien en 2006 et 2007, et surtout les très gros problèmes de Fabrice Neaud avec son Journal, ou ceux de Christine Angot pour la littérature… Il faudrait y revenir.

Mais peu importe ! La seule chose qui compte c’est que je me suis marré et qu’il y a des choses épatantes dans ce livre. Et surtout que s’y dévoilent une intelligence brillante, une générosité, une propension au don de soi, tordue et perverse à souhait, en accord parfait avec la perversion de cette éducation qu’on appelle si improprement « bonne ».

Bibliographie de Florence Dupré La Tour

(Il y aurait beaucoup à dire sur ce livre, entre la religion, les jeux de rôle, les troubles de l’identité, l’autofiction, la gémellité, mais comme le livre date de 2015, je suis sûr que tout ça a déjà été abordé ailleurs).

Un livre avoisinant la terre

Lu « Ville Avoisinant La Terre”, le livre de Jorj Abou Mhaya, auteur et illustrateur libanais que j’ai souvent pris en photo. J’avais eu le loisir de voir les dessins se faire, et j’étais très intrigué par mon feuilletage de l’édition originale… Mais j’étais bien obligé d’attendre que l’objet soit enfin traduit en français !

Version arabe :

Le livre existe maintenant en français chez Denoël Graphic. Je sors de sa lecture tout aussi intrigué. Comme il se présente à nous, cet album minutieux est une nouvelle de politique-fiction borgesienne, un poil fantastique, un poil psycho-SF, qui m’évoque sans précision pas mal de mes lectures d’adolescents. Mais, et ceci même si j’ai grandi avec chaque jour le monstrueux feuilleton de la destruction de Beyrouth à la télévision, il m’en reste une impression d’étrangeté et de distance. Je ne sais pas si l’impression vient du réalisme distordu des lavis à la précision de miniature, ou par les étranges avanies d’un personnage qui sort, on le comprend vite, littéralement déphasé de l’interminable guerre civile ? La traduction du titre, « Ville avoisinant La Terre », critiqué par certains, exprime pourtant bien cette insaisissable sensation de déphasage d’avec le réel. Au long de la lecture, je suis resté partagé entre proximité et éloignement, sans trouver le confort de la bonne distance, et sans me débarrasser, tenace, de cette impression qu’une part non négligeable des enjeux du récit m’échappait.

Pour ne pas rester dehors, et comprendre, peut-être, je tente d’évoquer Hans Magnus Enzensberberg qui, dans “Zickzack” (“feuilletage”, l’Infinie Gallimard), compile les témoignages écrits sur la population européenne à la sortie de la 2e guerre mondiale : « Leur vie n’a que l’apparence de la vie, c’est une attente qui n’attend rien, ils ne tiennent plus à elle ; c’est la vie qui s’accroche à eux, fantomatique, comme une bête invisible, affamée et rôdant dans les rues bombardées, de jour et de nuit, sous le soleil et la pluie », ou « comme tout est devenu soudain vide, morbide et absurde, à présent que la guerre est finie ! […] Nous sommes ramenés à notre piètre existence et à ce qu’elle a d’humiliant », ou « Ils se réfugient derrière leur amnésie collective. La réalité n’est pas seulement ignorée, elle est déniée. Avec un mélange de léthargie, de défi et d’apitoiement sur soi-même, les gens régressent à l’état de mineurs irresponsables », etc. Le propos d’Hans Magnus Enzensberberg est de montrer comment cette période, celle de la « reconstruction » a été occultée dans la mémoire collective, et comment nous méjugeons aujourd’hui toute population qui vivrait ce que nous avons vécu.

Peut-être que Jorj Abou Mhaya parle, comme Hans Magnus Enzensberberg, de cette chose dont personne ne parle, de ce moment étrange de l’après d’une guerre, moment d’une honte collective, d’un trauma général, de quand les âmes ont été laminées et le corps des hommes et des villes distordus au point qu’on ne reconnaît rien, qu’on est plus chez soi dans le réel ?

Peu importe, je ne fuis pas le trouble et ne cherche pas systématiquement à « tout comprendre », et même, peut-être est-ce ici un avantage de se retrouver lecteur dans cette confusion-là, comme si le trouble du personnage perdant le fils de sa vie en perdant son immeuble était contagieux.

Alfred Kubin, victime de la dictature de la réception

Juste avant la tornade de paranoïa collective qui s’est abattue sur les campagnes [électorales] de mon petit pays, je pensais à quoi, déjà ? Ha oui, je venais d’extraire de ma bibliothèque et reparcourir trois petits fascicules d’Alfred Kubin, le dessinateur autrichien, édités par Allia en 2007 : « Le cabinet de curiosité », « le travail du dessinateur » et « ma vie ». Je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment lu « ma vie », donc « sa » vie.

Je ne peux pas dire que j’ai une passion particulière pour Alfred Kubin, dessinateur que je classais instinctivement comme « symboliste tardif », ou pour être plus indulgent, coincé entre “symboliste tardif” et “précurseur du surréalisme”… Un artiste de transition en quelque sorte, coincé entre deux époques, coincé entre deux siècles… La lecture de sa vie, texte rapide mais informatif, m’a permis de préciser mon jugement et m’a, du même coup, provoqué quelques réflexions d’ordre plus générales. Read More →

La boucle des portes de la nuit

Les films en une nuit sont des boucles. Je voulais vérifier ça en regardant “Les portes de la nuit” de  Marcel Carné, voir s’il était comme “After Hours” de Martin Scorsese que j’avais vu en salle, à sa sortie.

Réponse : Oui, “Les portes de la nuit” est une boucle.

Je me suis demandé combien j’avais vu de films dont l’action se déroule en une nuit ?

L’extraordinaire “Qui a peur de Virginia Woolf ?”, je crois… et je suppose presque tous les films d’horreur… 

Trouve sur le web une page qui recense les films dont l’action se déroule en moins de 24h… Il y en a une pelletée, et majoritairement des saletés. La concision temporelle n’est pas un gage de qualité…

Et donc, “les portes de la nuit“. Pas l’impression de l’avoir déjà vu. Film beau, mais chiant (apparemment, un critique l’avait rebaptisé “les portes de l’ennui” à sa sortie), relativement dispensable et surtout terriblement sinistre. Bon, c’est du Carné… Read More →

Charybde et Scylla

Le problème avec facebook, c’est la mémoire. Tout le monde a vécu cette petite frustration à ne pas retrouver quelque chose qu’il a vu juste quelques minutes avant, parfois. C’est la dure dictature du flux. Alors, il est cruel de se dire qu’un commentaire génial va se perdre dans les méandres de ce monstre tout à la fois Charybde et Scylla.

Et là, je n’arrive pas à me résoudre à perdre ce commentaire d’Olivier Beuvelet à propos d’Onfray :

“il y a un courant de pensée, auquel appartient Onfray et quelques autres sombres individus autrefois plus lumineux, que j’appellerai le névrotisme, dans lequel la névrose n’est plus un agent de sublimation créatif mais une triste et froide torpeur à partager… les obsessions paranoïdes de Houellebecq dont la mère maltraitante s’est convertie à l’islam au lieu d’aimer son Hephaistos de fils deviennent des prophéties politiques (???), les blessures intimes d’un ancien pensionnaire des bons pères salésiens parfois pédophiles (https://dejavu.hypotheses.org/151) tiennent lieu de fondement à une approche du christianisme, Zemmour et l’Algérie perdue, Ménard aussi … et j’en passe… le déclinisme est un névrotisme … la pensée, la créativité, l’invention, qui devaient autrefois s’appuyer sur la névrose (énergie conflictuelle) pour atteindre les cimes de l’intelligence dans la sublimation, se retrouve maintenant complètement prise dans les fantasmes névrotiques eux-mêmes … et, chose incroyable, au lieu de n’y voir que des blessures personnelles, respectables en tant que telles mais déformantes, les médias, la critique, prennent ces visions apocalyptiques au sérieux … C’est le coup de génie commercial de Houellebecq, dans les années 1990 : avoir fait passer sa dépression pour une vision théorique, voire économique, des relations humaines à l’ère du désenchantement néolibéral … Avec Extension… il visait juste mais après, la pente était sans doute délicieuse, il a trouvé le coupable idéal… le signifiant qui va se substituer à tous les autres. Onfray n’en est pas loin… Et Houellebecq a ouvert la voie à tous les névrosés qui n’avaient plus envie de s’emmerder à sublimer… “oui mon fantasme est la réalité, à quoi bon en faire autre chose ?” et ils on cru devenir authentiques en croyant à leurs propres illusions… Etre vrai ce n’est plus être différent et en mouvement dans un “je” toujours en fuite, comme chez Montaigne, c’est s’enfoncer en soi, dans sa brume, dans un moi qu’on ne cesse d’objectiver dans l’exagération de sa peur de l’autre …”

 

 

 

Mauvais vent

Encore dans la fièvre, j’ai lu, par faiblesse peut-être, la moitié d’un roman de 1942 édité en NRF : « Le vent se lève », d’un écrivain confidentiel qui a grande vocation à le rester : Marius Grout. J’ai été surpris par la simplicité et l’ouverture d’une écriture qui ne manque pas de qualité, loin de là,  et même présente une certaine modernité formelle. Mais après cette première impression engageante, j’ai fini par interrompre ma lecture, n’en pouvant plus des bigoteries d’un de ces rats se tourmentant dans sa cage dont je parlais plus avant.

Soi-disant, notre homme (le romancier ou le personnage ? Il semble que ça se confonde ici), se coltine avec les ténèbres, « nos » ténèbres donc, et se frottent au mal ou je ne sais quoi. Que c’est drôle ! Si l’on met de côté la mysoginie crasse de l’auteur, si crasse qu’elle fait parti de ces choses qui rendent difficiles une lecture contemporaine : « les femmes sont ci, sont ça », et je ne sais quoi d’autre de l’ordre du délire d’un monde bien gendré qui n’a jamais eu lieu, il reste un pauvre type qui n’a d’autres problèmes en pleine occupation allemande, semble-t-il,  que de savoir s’il va coucher avec sa jeune élève ou pas. Ça, c’est de la bien bonnes ténèbres, ça ! Et si, au bout du compte, comme l’auteur, il ne s’écarterait pas de l’Église Catholique pour se donner à pire, ce pire qui évoque aujourd’hui essentiellement des boîtes de céréales pour le matin… Pouacre !

Comme quoi, on peut avoir un talent d’écriture et rien d’autre à étaler que quelques insanités.

Je n’ai plus tenu longtemps quand le texte sombre dans le comique involontaire.  Ceci démontrant la nature du problème : peut-on écrire quand on est d’une telle naïveté ? Je n’en suis pas sur…

Ce qui est sur, c’est qu’aucun écrivain ne peut survivre à ça :

« Je me suis décidé à acheter une pipe. […] On devrait se réunir entre hommes, de temps en temps, pour de longues pipes toutes silencieuses. Une sorte de culte. On m’a dit que les Quakers (est-ce bien ainsi qu’on doit l’écrire) aiment à s’assembler en silence, que c’est même là leur messe à eux ; mais que font-ils alors de leurs mains, et de leurs pensées vagabondes ? Un homme, s’il n’a pas son outil, doit avoir en main quelque chose : un livre de messe, ou un chapelet, ou un psautier. Ou bien une pipe. Alors, l’esprit peut dériver. »

Imitation

J’avais posé la question, plus loin dans ce blog : l’imitation de la beauté produit-elle de la beauté ? Je viens de lire deux livres de Tony Millionaire, encore un post-moderne assumé. Et cette impression d’encéphalogramme plat, et la chose qui me vient : l’imitation de la poésie produit-elle de la poésie ?

Je crois qu’il n’y a pas de règle, seulement des réussites ou des échecs. Impression d’échec chez Tony Millionaire. Son imitation de la poésie produit une bien plate imitation de la poésie.

Tulipe en papier

Voilà, je n’ai pas besoin d’écrire d’article détaillé sur la sortie très attendue de Tulipe de Sophie Guerrive ! Ce livre dont j’évoquais la publication lointaine ici est enfin  ! Il existe, tangible et feuilletable et il ne vous reste plus qu’à l’acheter. Et ça valait le temps d’attendre,  car c’est un livre juste parfait. Puisque les grands journaux culturels l’ont remarqué et relativement bien compris, il n’a pas besoin de mon blog confidentiel pour se faire connaître. Mais bon, vous pourriez quand même passer à côté, alors que, voyez-vous, si le XVIIIe siècle a eu Candide, nous, au XXIe, on a Tulipe :

http://www.editions2024.com/tulipe/

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Tiens ! Je ne parle jamais des livres que je n’aime pas…

Oui, je ne suis pas très pour faire de la pub aux choses que je n’aime pas. Mais là, je viens de lire deux livres qui me restent en travers de la gorge :

“Anji San” de Georges Akiyama

Il est assez rare que je ne sache pas mettre les mots sur une sensation. Mais là, voilà, la lecture assez ennuyeuse de ce manga, et malaise diffus, si diffus que je n’arrive pas à le qualifier. Je me suis même demandé comment je pouvais trouver malsain ce livre bouddhiste, moi qui trouve amusant les horreurs d’un Maruo où Shintaro Kago ? Pourtant, c’est le cas. Je crois que la vraie perversion d’une oeuvre se cache non dans l’explicite, mais dans le souterrain, le non-dit, le non exprimé, le caché, voire l’hypocrisie. Et je crois qu’on atteint le comble du malaise lorsqu’on sent, comme ici, l’auteur pas complètement clair avec lui-même… Devant mon incertitude, j’ai même pensé à un hiatus culturel, mais quand même, j’ai tellement lu de manga sans jamais ressentir ça, que je ne peux croire à un malentendu. Il y a donc quelque chose, dans ce livre, qui me chiffonne. Et voilà, du coup, c’est peut-être intrigant, alors que je n’ai pas aimé ! Je savais bien qu’il ne faut pas dire du mal d’un truc au risque de se contredire en en faisant publicité !

Et “la Grande Odalisque” & “Olympia” de Vivès / Ruppert & Mulot

Par contre, là, pas de malaise insaisissable, pas de sensation difficile à exprimer. Double daube hideuse et insupportablement misogyne. Un fantasme de nerds puceaux, ou bloqués dans la psyché puceau, mais prétentieux ! De la nourriture pour bétail, ou à la limite, adolescent… Que c’est laid ! Et quelles audaces chaque page renouvelée dans les clichés de la pétasse ! Le comble étant le truc marketing de la couverture fantasmatique, avec chaque fois la gonzesse à poil dans une situation romanesque, qui ne fait pas parti de l’histoire, mais d’un rêve raconté par l’un des protagonistes. On sent le “j’ai eu une super idée !” reconduite sur les deux livres, et qui finit par montrer ce qu’ils ne disent pas : BD de branleurs pour… pour qui en fait ?

Je suis maso, mais surtout je ne désespère pas des gens, alors j’ai aussi lu “La technique du périnée” de Rupper & Mulot… Bon, faut leur expliquer que couper les doigts (évoque une BD de Bizarre Sex de 1972), ce n’est pas une métaphore de la masturbation, mais de la castration. Déjà ça. Ensuite, je vois bien que l’esthétique lorgne sur l’Art contemporain (mais en passant par Moebius, faut pas trop non plus !), qu’on nous fait systématiquement maintenant, le « c’est moche, mais c’est fait exprès t’y comprends rien », sauf que j’en viens, des arts plastiques, et que je m’y retrouve pas, pas comme chez le sublime Yuichi Yokoyama par exemple. Non, je suis juste devant de la laideur plate, insipide, aussi désertique dans le fond que dans la forme, moins sexy qu’une fiction TF1, et avec cette sensation persistante et désagréable de voir s’étaler devant moi la psyché d’un puceau qui le restera ad-viternam, car on peut baiser et sur-baiser en restant puceau, c’est-à-dire en se masturbant à deux…

Tout ça est d’une beauferie consommée. et en parlant de consommation… c’est très conforme à l’époque. Passons, après tout, je viens de lire trois très bons livres de copains. Je vais plutôt me remettre à parler de ça, du plaisir à lire de l’esprit, de la finesse, de l’invention.

Je crois que je touche du doigt (sic !) le pourquoi je ne peux plus lire mes vieux Metal Hurlant… Et pourquoi je ne rachète pas, comme pourtant ils le font tous, mon adolescence…

 

Les belles histoires de l’oncle Paul Jorion

Paul Jorion est un type épatant. En lisant « Le dernier qui s’en va éteint la lumière », je me disais ça : « ce type est épatant ! Une belle figure d’honnête homme du XVIIe ! » Et pourtant, il nous annonce tranquille l’extinction de l’humanité à plus ou moins brève échéance. Oui, mais il fait ça avec classe, brassant culture classique, histoire économique, philosophie et films contemporains de merde avec une certaine pertinence.

Alors, même si souvent, on a l’impression de réviser : « on sait déjà tout ça », oui, on sait qu’on est dans la merde, malgré tout, il a de belles intuitions, comme cette opposition entre « zoon politikon » et « loup contractuel ». Lecture fructueuse de l’Histoire des idées, qui éclaire pas mal nos petits problèmes et bien plus largement d’ailleurs que son propos. Il raconte comment Thomas Hobbes et Rousseau se plantent sur la nature humaine (l’homme n’est pas un animal solitaire qui devient social par contrat, mais bien un animal social par nature), et provoque par enchaînement les malheurs économiques et sociétaux actuels. Oui tout ça est très bien, et ça ne fait pas de mal de se le refaire dire.

Mais, ses contradicteurs, déjà

Ha ceux-là, s’ils s’imaginent que quelque chose comme un système économique très récent va durer perpète ! Non, oui, non, rien ne dure jamais. Et surtout pas en matière humaine. Oui, ça va foirer. C’est inéluctable, comme tout ce que l’homme produit. Et c’est déjà en train de foirer, mais comme on est dans le mouvement, on ne peut pas le percevoir, car… il n’y a jamais d’arrêt, de moment T idéal d’un système, mais un mouvement chaotique perpétuel, qui par moment connaît des crises. Et puisque nous allons vers une triple crise, montre à trois têtes de l’apocalypse, la coïncidence des trois risque de faire des ravages… (Combien de fois ai-je pensé à ce livre de Barjavel, dans ma vie ?). Alors oui, tout système a une fin, et les trucs humains, ça finit rarement bien…

L’extinction

Hum… Peut-être. Une chose est sûre, c’est que si tout se termine un jour, l’extinction n’est pas sûre. La dislocation d’un moment de civilisation planétaire, c’est beaucoup plus crédible. En fait, à force de gueuler contre tout ce qui ne va pas, nous avons une vision complètement faussée de notre présent, et pour imaginer des rescapés futurs des fiascos futurs, ils considéreront peut-être que nous avons vécu un âge d’or, un comme jamais l’humanité n’en avait vécu…

L’avenir aux robots

Bon, c’est amusant, et correspond à peu près aux fictions de sa génération. Sauf que là, on est dans l’urgence, il nous l’a répété, et que l’altérité cybernétique, on n’en voit toujours pas l’esquisse… Loin encore ! Et de plus, la part robotisée de notre société est tout aussi tributaire du gaspillage énergétique qui doit participer à notre extinction… Alors, si on s’arrête bientôt, tous englué par million dans notre merde (panne d’électricité, plus d’eau courante…), la part robotisée s’arrêtera elle aussi, parfois un poil plus tard…

Ce qui nous attend ?

Je n’en sais rien, comme tout le monde et Paul Jorion compris. Il a le mérite de gratter dans la plaie, et peut-être a-t-il raison ? Peut-être qu’il ne reste que deux ou trois générations à l’humanité ? Je n’en sais rien, mais il n’y a aucune raison pour que l’état naturel du monde, le chaos, ne perdure pas tel qu’en lui-même, chaotique donc, et oui, l’humanité proliférante va peut-être se dégonfler dans d’immenses violences à venir… Car Paul Jorion le signale trop rapidement, ses inquiétudes ont l’oreille des riches de cette planète, et ceci est bien inquiétant, car ils iront (ou vont déjà) vers la solution la plus simple, la plus évidente : une vidange de l’humanité par la guerre. Et franchement, en la matière, le pire est à peu près certain.

Tout ça est déprimant !

Alors, pour s’en tirer (du livre), il suffit de disqualifier son propos en classant le texte entier dans le rayon « pulsion eschatologique » des idées tardives des hommes vieillissants qui finissent tous par confondre leur inéluctable destin avec celui de l’humanité. à l’image du triste “pourquoi tout n’a-t-il pas déjà disparu ?” de Jean Baudrillard. On pourrait…

Mais, n’oubliez pas, même si la pensée de Paul Jorion est contaminée par sa propre échéance, il finira par avoir raison, quoi qu’il arrive, car oui, rien ne dure jamais.

Goku et la monoroue (note de lecture)

4701Je lis en travers « Goku », un manga de 1987 de Buichi Terasawa, l’auteur du célèbre « Cobra ». Je délaisse un peu Musil qui va me suivre longtemps. Il est chiant aussi à se demander « On peut lire les poètes, étudier les philosophes, acheter des tableaux, disserter toute la nuit : mais ce que l’on y gagne, est-ce de l’esprit ? ». Et bien, du coup, puisqu’il n’y a pas plus d’esprit à trouver chez les philosophes qu’ailleurs (je le savais depuis longtemps, mec, je les ai beaucoup  fréquentés), je lis des mangas,  ramené à la chose par la consultation de la bibliothèque de mon neveux.

Alors, Goku, qui donc s’appelle Goku, comme le roi singe, a aussi un bâton qui s’allonge indéfiniment, comme le roi singe… Ce Goku là est un détective du futur qui évoque beaucoup City Hunter de Tsukasa Hōjō, série commencée deux ans avant. Et donc, ce Goku est aussi l’un des avatars du roi singe du grand classique chinois “le voyage vers l’occident” où «pérégrination vers l’ouest», que j’avais évoqué dans cet article : Read More →

Évolution liquide

Vu « Évolution » de Lucile Hadzihalilovic, réalisatrice de « innocence ». Belle surprise, beauté, étrangeté, et histoire hermétique qui laisse libre l’imagination et les interprétations. Un dispositif de départ qui évoque de très loin celui de “Traitement de choc” d’Alain Jessua. Mais juste pour l’univers médical, la rive, les rochers et une intrigue…
Ici, pas de fable d’anticipation sociétale, mais un conte onirique et aquatique, un fantastique impeccable qui sait créer l’inédit à partir de petits riens, d’effets visuels subtils, de jeux d’ombres et de textures, qui résonnent avec des fondamentaux de mon imaginaire. D’où adhésion perso perso ! Un film liquide comme un rêve, pas pour tout le monde, je suppose… Décidément, il n’y a bien que les filles qui font des films en ce moment !

under stranger things

Vu Stranger Things, la série dont tout le monde parle… en bien.

Le problème, quand tu as des échos de ce niveau, c’est la possible déception.

La part nostalgie, reconstitution d’époque, je ne discute pas, OK, mais oui, grosse déception. Zéro invention, vraiment zéro ! Pas le plus petit début d’une idée ! Encéphalogramme plat. Produit surgelé.

Cette série est un plaisir facile, qui rejoue de vieilles scènes dans le vieux décor des fictions américaines des années 80, avec des grumeaux de machins des dix dernières années dedans. C’est presque agréable, mais ça ne provoque rien, ni peur ni tristesse, ni aucun autre sentiment, tellement les ficelles sont grasses, aussi grasses que la « belle » de l’histoire est anorexique. On est constamment évacué de l’histoire par les incohérences, les comportements sans lien avec les situations… (Saleté de gosses hystériques qui se gueulent dessus face à face), les méchants débiles et influençables (ha tiens, on va pas vous tuer, on va faire comme vous dites alors !), les ellipses faciles (mais… comment sont-ils revenus ?), les trucs « comme un cheveu sur la soupe » (pourquoi envoie-t-on un scientifique se faire bouffer dans un monde hostile sans rien pour se défendre, juste pour rire ?)… Pourquoi ?

Pourquoi ? Parce que c’est une scène classique, un effet classique. Oui, mais les clichés, faut les insérer dans une fiction, normalement, faut se faire chier à les justifier par l’histoire, et pas les jouer juste parce que ça se fait ! Et ce n’est pas le tout de rejouer des scènes mille fois jouées, il faut encore les jouer bien, les mettre en scène, respecter le timing, et non les édulcorer, les lisser et enfin les casser, comme lorsqu’on casse un vieux jouer rouillé retrouvé dans un grenier…

Et cette saleté de combinaison lunaire éclairée à l’intérieur du casque pour faire des drôles de visage à l’image, mais qui nécessairement t’aveugle… Pas obligé de répéter les conneries des autres, non plus !

Oui, déception, et arrêtez de penser à Spielberg ou Stephen King à cause des gosses en vélo et du monstre sous la ville. Pour tout le reste, c’est du côté de l’horreur japonaise que c’est pompé (lorgnez du côté des mangas pillés en silence. Débrouillez-vous, je les ai lus, moi). Et je suis désolé, mais « ça » n’évite absolument pas le plagiat (comme pourtant je l’ai lu) quand ça pompe à ce point des effets visuels des autres (Under the Skin). C’est vrai, pourquoi inventer ?

Je veux bien que ce soit amusant et que ça se laisse voir, mais c’est un amusement de basse intensité, mou et rance, et franchement, pour prendre un vrai plaisir à avaler cette bouillie réchauffée, faut être soit puceau, soit aimer jouir de se souvenir d’avoir joui.

Les images de Céline Guichard

[ Texte écrit en mars 2016 pour le catalogue de l’exposition “Mauvaises Graines II”, du 10 Mai au 16 Juin 2016, Espace Topographie de l’art / Paris ]

Les images de Céline Guichard provoquent rarement l’indifférence. Elle n’a pourtant jamais l’intention de choquer, mais une intention farouche, oui, de ne pas réprimer les images qui naissent du jeu complexe de la pratique quotidienne du dessin, de ses recherches visuelles et de toutes les réminiscences qui la traversent. Read More →

La queste du «Capitaine Mulet»

J’ai un rapport un peu particulier avec le travail de Sophie Guerrive. J’ai été l’observateur privilégié de la genèse de son dernier livre, «Capitaine Mulet», qui vient de sortir chez 2024 deux bonnes années après son achèvement. Et elle m’a offert tous ses livres… Même ceux dont elle ne veut plus parler, et donc, dont je ne parlerais pas… Je ne parlerais pas de… Je… Ha c’est pénible ! Mais voilà, les auteurs ont souvent des problèmes avec leurs premiers livres… dont je ne parlerais pas de… Read More →

En Coree \ en France de Yoon-Sun Park

Yoon-Sun Park

Yoon-Sun Park est une jeune auteure de bande dessinée coréenne qui vit depuis 2008 en France. Elle a publié un livre chez Sarbacane en 2011 et deux chez Misma (2013 et 2014), mais pour son projet le plus personnel, elle a choisi l’auto-édition. Elle voulait y parler librement de sa famille, de la Corée et de sa découverte de la France, et ce choix de l’auto-édition lui permettait de garder la maîtrise totale du contenu et de la diffusion du livre.

Le diptyque En Corée \ En France

En deux petits romans graphiques auto-édités, Yoon-Sun Park nous livre ses souvenirs de la Corée et sa découverte de la France. Ces deux livrets à l’allure si modeste sont une si belle surprise qu’à la fin j’ai eu la douce impression qu’une amie venait de m’envoyer une longue lettre, une lettre manuscrite, reçue par la vieille poste. Une chose qui n’arrive plus, ou presque… Read More →

Pourquoi Roland est-il furieux ?

Donc, le virus ne meurt jamais vraiment, puisque, comme petit paquet mignon d’informations organisées, il n’a fait que glisser à travers moi vers d’autres gentils hôtes. Je me demandais, s’il était possible de se détecter en période d’incubation et que nous réussissions à nous isoler pendant ce temps, entendrions-nous l’exaspération du virus brusquement célibataire ?

Et j’en sors comme de petites vacances. Où plutôt, en bon hyperactif, voilà qui est à peu près ce qui se rapproche le plus du concept de vacances pour moi. Alors, sur mon canapé, me suis avalé une série entière adaptée de l’univers Marvel, et je ne suis pas sûr de pouvoir en dire vraiment quelque chose d’intelligent, sinon noter les manigances scénaristiques auxquelles je suis maintenant plus sensible peut-être ? Hum… Non. Et j’ai lu Roland furieux de l’Arioste (début de rédaction : 1503), un texte que j’avais fréquenté, mais sans franchement lui porter l’intérêt qu’il mérite. Read More →

La vision de David (sur les photographies de Romantic iPhone)

David Duquerroigt m’avait déjà fait l’immense plaisir d’écrire (ici) sur le Tumblr photo “RomanticiPhone“. Le voilà qui insiste et exagère sur l’un de ses blogs — une esthétique de l’anamorphose fractalisée — avec un billet qui me fait rougir… Mais je ne vais pas nier que ça fait plaisir !

Le nouveau billet de David Duquerroigt :

La quatrième entrée. (Ceci à propos d’une expo de photos qui a lieu actuellement à Angoulême)

Le premier texte que j’avais publié ici même

 

Maestro : imitation de la beauté

En regardant Maestro, de Léa Fazer, je me posais cette question : l’imitation de la beauté produit-elle de la beauté ?

Mais avant ça, une autre question, sur ce désir actuel de quelques auteurs discrets de parler du cinéma d’auteur dans leur film. C’est un sujet en soi, de mettre en scène le tournage ou la promotion d’un film d’auteur, mais aussi d’aborder les problèmes complexes et irrésolus du goût que posent ces objets esthétiques qui peinent souvent à trouver leur public.
Problèmes complexes et nuancés abordés par la distraction des adolescents comme unique critère de financement dans le film de Claude Duty (Chez nous c’est trois ! ), et ici, dans « Maestro », par la rencontre de l’acteur « au gout vulgaire » avec un réalisateur poète, pseudo Rohmer incarnant la notion même d’auteur. Read More →

Les promenades de Nylso

IMG_8435Vendredi (5 décembre 2014), je suis passé voir Nylso à la Maison des auteurs (Angoulême). Sa résidence s’arrête à la fin du mois de décembre et je voulais le photographier dans son atelier avant son départ. Il est encore installé pour quelques jours dans un grand atelier collectif en sous-pente. J’aime bien ce 3e et dernier étage de La Maison des Auteurs, car les fenêtres mansardées barrent les photographies de grandes diagonales de lumières qui évoquent un décor de SF ou de film expressionniste. Read More →

“Chez nous c’est trois !”, deux, quatre, une ? On sait plus…

Viens de voir, en deux passages TV (une première fois juste la fin, et ensuite enfin du début) le film de Claude Duty « Chez nous c’est trois ! » Oui, c’est un film sorti en salle en 2013, mais pas vu…

Un visionnage sans grande passion, mais avec plaisir et intérêt. Surprise de découvrir un film au ton relativement juste. Ce qui est très rare. Je le note ici pour deux choses : Read More →

Pigmentation d’un discours amoureux

« Pigmentation d’un discours amoureux » est le titre d’un livre de Mai Li Bernard. C’est un petit livre blanc paru discrètement en octobre 2014 et qui aurait pu s’intituler « petit précis d’incommunicabilité ».

C’est un recueil de planches de bande dessinée mettant en scène des situations de la vie amoureuse. Bien, sauf que les malheureux protagonistes, déjà coincés dans la situation la plus riche en malentendus, n’ont à leur disposition pour dialoguer qu’un nombre très limité de gommettes de couleur !

La vie n’est pas toujours simple ! Read More →

Dumb Owl

IMG_2767Hier, j’ai acheté « Dumb Owl », un petit livre de BD de Joseph Callioni édité chez un microéditeur : « Anathème ». Ce n’est pas son dernier. « Dumb Owl » est de 2009. Mais je n’avais pas eu l’occasion de le lire. Alors voilà, hier… Hier ? Mec, sur le web, ça veut rien dire ! Tu as passé ta vie à former des gens en leur expliquant qu’il fallait dater et contextualiser ! (Si le site ne s’en charge pas).

OK : Aujourd’hui, nous sommes le dimanche 12 octobre 2014. Donc, comptez jusqu’à hier… (Alors, ça sert à quoi que le site te tague tes billets ?) Read More →

Choc ( sur les “Pleurer” de Céline Guichard )

Je suis celui qui connait le mieux le travail de Céline Guichard. Et même ceux qui aiment et suivent sa production, et ils sont de plus en plus nombreux, n’en connaissent qu’une infime partie. Mais, c’est justement parce que je vois sortir ses dessins de son atelier depuis si longtemps, au rythme inhumain de son tempérament, que j’ai fini par m’insensibiliser et même m’aveugler à leur qualité propre. Il est devenu parfaitement normal pour moi de voir passer des dessins étranges et inattendus. Cruauté de l’habitude !
Mais aujourd’hui même, elle installe une belle exposition sur deux étages et quatre salles. Ce qui a pour conséquence d’étaler et d’accumuler sous mes yeux ce qui passe habituellement au compte goute.

Un choc : Brusquement, voir dépliée la grande série de fusains expressionnistes qu’elle nomme les “pleurer”, du verbe !
C’est une série radicale, sans afféterie, brute et nerveuse qui vient scander la pièce de ces étranges pleurs rigides et noirs comme un rythme barbare et lancinant d’une techno rurale. Chaque visage grimaçant de chagrin, formes rentrées toutes repliées sur elles-mêmes est un coup porté au cœur. La technique traditionnelle du fusain, normalement kitch, faite pour les gris qui s’effacent d’un souffle, est ici radicalisée, retrouvant l’énergie presque bestiale d’un bois taillé par Kirchner.

La théorie d’endeuillé de Céline Guichard est l’une des plus belle et plus forte choses que j’ai pu voir sur un mur depuis très longtemps.

L’annonce de l’exposition

Femme sorcière !

Benoît Preteseille a eu la bonne idée de m’offrir un livre pour mon anniversaire.  Je cautionne totalement l’idée de m’offrir quelque chose pour mon anniversaire, et encore plus le fait de m’offrir un livre.
Mais quand il m’a offert « Femme sorcière », un livre de sa propre maison d’édition, il ne savait pas que j’avais eu une passion ancienne pour celles-ci. Donc, plaisir et pertinence !
“Femme sorcière” présente une série de photographies de Serge de Sazo, publiée en 1952 dans « Enquêtes ». Ce sont de simples mises en scènes ou montages  suréalistes sur le thème de la sorcière.

Je ne connaissais pas Serge de Sazo, qui n’est pas un très grand photographe, mais qui a eu de multiples chances qui l’on rendu multiplement célèbre : une décennie, il prend en photo la libération de Paris, la décennie suivante, ce sont les premiers érotiques sous-marins… Vraiment beaucoup de chance ! Ce qui marque d’ailleurs le principal talent de n’importe quel photographe : la chance, la chance, la chance, puisque c’est une pratique opportuniste.

Ici nous ne sommes pas dans l’opportunisme, mais dans la mise en scène un peu molle, un peu rapide, avec quelques objets rassemblés et un modèle langoureux (sa femme ?) qui joue la sorcière sans grande conviction. Mais le résultat est amusant et dégage, par la grâce de l’âge, un charme certain. La vertu de ce petit livre est surtout le “dialogue ” voulu par Benoît Preteseille avec des auteurs contemporains, dont quelques-uns pour qui j’ai de l’estime, comme Benoît Guillaume, excellent dessinateur ou encore Sophie Guerrive à l’humour toujours impécable, et qui présente ici un dessin qui évoque fortement le grand Fred.