critique

Aimé brûlant, relire Césaire

Aimé brûlant, relire Césaire

Un jour,

j’ai croisé la silhouette d’Aimé Césaire ; il passait devant moi, à me toucher, vieil homme courbé, écrasé par le deuil qui le frappait, par une de ces aigreurs nostalgiques du fond de l’estomac. J’ai pensé que cette pesanteur tremblante était celle de la vieillesse.

Je le croyais alors mourant, si vieux, si frêle, et je n’ai jamais vraiment Lire la suite

Lone son cowboy n’est pas celui qu’on croit : No Country for Old Men

Lone son cowboy n’est pas celui qu’on croit : No Country for Old Men

« Le sens ancien du mot « symétrie », tel que les Grecs l’employaient, répond aux idées de mesure, de proportion, d’harmonie, de rapports heureux entre les parties et le tout ». C’est ainsi, citant Vitruve, que Roger Caillois définit la symétrie, dans « Cohérences aventureuses, traité d’esthétique généralisée ». J’ai pensé à ce petit livre, abîmé quelque part dans ma bibliothèque, en sortant du dernier film des Frères Coen.

La pesanteur de Simone, la disgrâce de mon époque

La pesanteur de Simone, la disgrâce de mon époque

J’avais bien vu que Philippe avait posté dans LEPORTILLON un article sur Sartre et Simone de Beauvoir croyais-je…

Et Céline m’avait bien parlé d’une « histoire »…
Mais je n’y avais pas prêté attention avant cette fin d’après-midi, ou désœuvré, je fais mon traditionnel petit tour de l’actu sur Internet. Je fais le tour de différents journaux, jusqu’à ce que je tombe sur le commentaire d’un article qui cite Philippe… c’est assez rare malgré tout que du web très officiel je sois ramené au nôtre, plus insulaire…

Derrière l’auteur

Derrière l’auteur

Derrière l’auteur, il y a un désir premier d’individuation, de distinction, qui sort d’un conflit ancien avec l’autre corps, collectif, qu’il faut affronter.

Lacenaire :

Pourtant il s’était dit : L’avenir me réclame !
Oui… pour mettre à ton nom une auréole infâme ;
Oui, tu vivras, tandis que l’homme qui n’aura
Jetée sur son chemin que des bienfaits, mourra.

La beauté est une salope

La beauté est une salope

Plus grande est la beauté plus profonde est la souillure disait Bataille pour autre chose… pour jouir en fait. Mais, la beauté est une salope, Une sacrée salope, qui vous saute aux yeux du pire des lieux. Dans ce froid glacial et soudain, avec la fièvre qui ne me lâche pas, je détourne le regard du paysage pour tomber sur ce pigeon agonisant, au milieu de la chaussée. Le corps arc-bouté, l’aile pointue, le plumage moiré, la tête épuisée pliée en avant, comme échouée, le bec collé au coup et sur le sol la petite tache circulaire écarlate et très propre, comme neuve. Sur dix mètres peut-être une traînée de plume.

Reprise

Reprise

J’ai une réticence à lire très avant Pessoa. Je ne peux réprimer un sentiment bizarre, comme une petite réserve, devant cette absolue réussite de l’expression du mélange de duplicité et d’honnêteté d’une conscience. Juste derrière ma tête, une voix aussi intime que timide et même un peu honteuse, se demande ce qu’il me restera à écrire, lorsque Lire la suite

Rousseau et moi

Rousseau et moi

C’est quoi ? Une nouvelle série ? Après Mishima…

Je ne sais pas. Mais c’est surprenant que les blogueurs égotiques ne parlent pas plus souvent de Rousseau. Parce que si le système semble lointainement initié par les lettres de la Sévigné — « Les lettres de Mme de Sévigné étaient très prisées. Il arrivait à Mme de Thianges Lire la suite

Mishima et moi

Mishima et moi

Dans la base de WebObjet, je trouve une note que je n’avais pas publié. Datée du 7 février 2007, cette note a été écrite juste après l’interruption momentanée de la grande page « ça recommence comme ça » [disparue]. Je ne me souviens pas pourquoi elle n’a jamais été publiée. Je la pose ici, dans ce billet. Elle entre en résonnance avec un passage Lire la suite

Chien de sa chienne

Chien de sa chienne

Comme j’adore me contredire. Découverte d’un film inconnu : Un chien qui rapporte, d’un quasi-inconnu, Jean Choux. Un film sans intérêt. Presque. Au détail prêt que formellement, le truc est explosif, que Jean Choux s’amuse au Jump-Cut 30 ans avant Godard, que le son s’accélère, que la caméra se retourne, que ça monte frénétique, épileptique, que ça s’amuse avec tout, et Lire la suite

Mort de monstres en série

Mort de monstres en série

Michel Serrault, dimanche, Bergman, Bergman, merde, lundi, et Antonioni mardi… Drôle d’été. Serrault n’est qu’un interprète, il n’a pas été sifflé, et les films que la tv va ressortir sont les moins bons, c’est couru, et les deux autres, ont dû subir, et subir.

Bergman, on lui a reproché la forme… Mais je me demande de plus en plus, si ce culte Lire la suite

Balletto, de Sophie Darcq

Balletto, de Sophie Darcq

Dans « Ballettto », un cahier A5 autoédité par Sophie Darcq, les souvenirs et les rêves s’entremêlent. Mais les souvenirs ne sont que des rêves éveillés. Balletto est mélancolique, étrange, et très prometteur. Sophie Darcq dessine bien, solide, fort même et elle a une véritable puissance d’évocation. Ça donne envie de lire plus long !

Mon intersection avec Alain François

Mon intersection avec Alain François

Texte de Philippe De Jonkheere :

« Je viens d’essayer de raconter l’histoire de ma rencontre avec Alain François mais je n’y suis pas parvenu, pourtant c’est typiquement un genre d’hitoires, les rencontres, que j’aime bien raconter, décrire cette situation de juste avant la recontre, Lire la suite

Avida, les idées et la manière noire de Gustave et Benoît

Avida, les idées et la manière noire de Gustave et Benoît

Contexte personnel

Il y a quelques mois, je suis sollicité pour être jury d’un festival du film amateur. Premier réflexe, je grogne… Vachement sociable. Et puis je vois que le président de ce jury est Benoît Delépine, LE Mickeal Keal de Groland. Coincé. Je dégouline de sympathie pour tout ce que ces gens ont fait depuis des années. J’avais bien entendu qu’il y avait des « divergences esthétiques » dans cette équipe miraculeuse (je garde un bon souvenir d’une trace de cette divergence : un petit feuilleton à mobilette hors ton de l’émission et qui semble aujourd’hui l’esquisse de l’univers des films de G et B).

Nouvelle cuisine

Nouvelle cuisine

Un film de Fruit Chan adapté d’une nouvelle de Lilian Lee

 

Une nouvelle cuisine sur fond de politique de l’enfant unique, de re-sinisation de Hong-Kong. En ces temps de « débat éthique », le cinéma hongkongais met le fœtus dans le plat avec un gentil conte chinois.

[Contexte psychopolitique : Une Chinoise très diplômée passe du système communiste, solidarité, don (total) de soi… au système hypercapitaliste de Hong-Kong, à la libre entreprise, à l’individualisme et à la perte de tout repère moral]

Jean Teulé documentariste

Jean Teulé documentariste

Gens de France et d’ailleurs, chez EGO COMME X

Bien sur, vous pouvez faire ce que vous voulez. Vous pouvez trouver qu’il est trop gros, ce livre, et chez un éditeur peu connu… Et puis c’est un livre plein d’images, de la BD bizarre… mais avec des photos… et même que tout ça parle des années 80… Donc, vous pourriez ne pas acheter la compilation des bd-reportage de Jean Teulé. Fou !

Un jour indéfini, un vernissage m’ennuie, quelque part en France

Un jour indéfini, un vernissage m’ennuie, quelque part en France

Quoi de plus ennuyeux qu’un livre qu’on ne peut même pas feuilleter ?
Un jour donc. Un soir plutôt, je reviens d’un vernissage. Le troisième en quatre ans. Vais plus à ces trucs-là. J’aurais peut-être pas dû y aller. Je suis maladivement timide. Je n’étais pas comme ça. Mais maintenant je le suis. Et voir ces bandes de « piliers de vernissage » vieillir lentement…
La langue du monstre

La langue du monstre

Le point d’orgue de tout bon film d’horreur américain est la confrontation physique avec le monstre :

« La tête approchait. Immobile, j’entendais battre mon sang, et mes nerfs frémir…

Tout à coup, la joie effrénée de l’espoir m’envahit : la tête était venue buter contre la porte trop petite pour la laisser passer. L’animal tenta de l’introduire en travers. Vains Lire la suite

Les amantes de Elfriede Jelinek, roman

Les amantes de Elfriede Jelinek, roman

Je connaissais l’existence de Elfriede Jelinek. Je connaissais son existence comme ça, parce que j’avais noté son nom en comprenant qu’il ne pouvait pas ne pas y avoir un écrivain derrière « la Pianiste », comme dans tous ces films bâtis par un bon texte. J’avais ensuite noté, dans un coin, qu’elle avait « mal » reçu le Nobel. J’avais aussi entendu ou lu quelques remarques sur son caractère, que sa traductrice et amie française l’avait lâchée, lassée de sa noirceur

Je connaissais son existence et m’étais promis de la lire, intrigué, même le nez tendu vers un bon effluve. Mais je n’avais pas encore croisé un de ses livres. Comme il n’y a pas d’actualité littéraire, antinomie, oxymore de propagande, je me foutais bien de la croiser maintenant ou dans dix ans.

Ce sont « les amantes » qui me sont tombées entre les Lire la suite