égotisme

Sagesse antique

Sagesse antique

J’ai compris, quand j’ai vu mon père s’atteler à des lectures en souffrance, qu’il voulait savoir ce qu’il y avait dedans avant de mourir. Geste esthétique, plus esthétique que philosophique ou spirituel, geste vain, vide, de contenance presque, il emportait un Romain ou un Grec ancien pour patienter pendant la chimio, assis sur ces gros fauteuils Continue reading Sagesse antique

Se contredire

Ceux qui écrivent en secret ne connaîtront jamais les voluptés du blog, de cette manière d’inscrire son temps mental sur une timeline numérique, d’en assumer l’indécence, oui, mais aussi les incohérences, les répétitions cycliques (on découvre ses mécanismes de répétions et d’oublie, ses cycles dépressifs saisonniers par exemple), et on doit y assumer sa capacité Continue reading Se contredire

Mon premier livre de science fiction

Mon premier livre de science fiction

Je me souviens de quoi, exactement ? Pas grand chose. Une impression de supermarché, pendant des vacances à la mer. Supérette, plutôt, en fait, car sensation plus que souvenir d’un tout petit rayon livre à droite en entrant. Avoir le « droit » de choisir un livre dans un maigre choix. Ne rien reconnaître. Prendre un petit livre Continue reading Mon premier livre de science fiction

Rentrer de la soirée sous la pluie

Déjà plus vendredi, déjà samedi matin, pas tout à fait deux heures, traverser la ville sous la pluie, froide, drue, forçant sur nos têtes à chacun de nos pas pour nous pousser, pour être sur de nous tremper. Courir le pavé glissant, luisant, aux côtés de Céline bien protégée par sa parka neuve, et Francesca, Continue reading Rentrer de la soirée sous la pluie

Le paysage à l’instant

Sur l’île, devant elle, entre elle et moi, un filtre opaque, épais, trouble, d’un climat exotique. Je n’habite pas sous les tropiques, alors pourquoi cette impression qu’on peut toucher l’air, le mettre en bouteille, qu’il entre des interstices, des fenêtres ouvertes, des volets entrebâillés, comme une masse lourde et lente, qui avance, vient, inexorable, pour Continue reading Le paysage à l’instant

Devant moi

Devant moi

Devant moi, à trois mètres, un ouvrier démonte l’échafaudage, libre, sans protection, habillé de vêtement de travail en lambeaux, littéralement en lambeau : des filaments de textiles hirsutes pendent des poches retournées, comme le dernier des clochards. Il se penche vers moi, sans me regarder, pendant dans le vide, pour désolidariser l’échafaudage du mur. Ensuite, il Continue reading Devant moi

Par goût

Par goût, j’aime les extrêmes, les monochromes blanc, les monochromes noir, et tout ce qui les transgresse, perce, transpire, transparaît, apparaît, sali, suinte, expire, exaspère, éclabousse leur immaculée, autoritaire, austère radicale monochromatique unicité. J’aime quand le complexe subtil vient pervertir la pulsion mortifère, infantile et fasciste de pureté. Contre les constipations, j’aime la tension entre Continue reading Par goût

Narcisse et Céphalée

Narcisse et Céphalée

[dropcap]L[/dropcap]es dessins de Marine Blandin sont beaux. Beaux et jubilatoires. Je crois que si je les aime tant, c’est aussi parce qu’à travers l’archéologie des références purement BD, j’y trouve aussi des évocations du dessin des expressionnistes allemands. Une dislocation chantante à la George Grosz, ou quelque chose comme ça. Enfin, c’est beau. Et c’est Continue reading Narcisse et Céphalée

Les rêveries de la descente nocturne

Ce matin, je lutte contre une immense tristesse, irrationnelle. Quelque chose qui m’attrape au centre, et tire vers le bas, jusqu’au sol, vers cette pulsion d’acceptation finale, cette prescience du corps inerte qui s’abandonne déjà à la putréfaction. Non. Accepter l’augure des maigres rayons de soleil qui percent le plafond de nuage. Me vient un Continue reading Les rêveries de la descente nocturne

D’un matin gris, lent, et nauséabond

Le bruit des tondeuses, en contrebas. L’odeur de chlore, très forte. Je ne vois pas les ouvriers qui nettoient l’immeuble. Je pense « le puis sans fond de l’indignation ». Et « Comment peut-on se tromper de mot à ce point ? » Je me souviens, « tout ce qui est possible sera accompli ». Nous ne nous épargnerons rien. Les nuages ne Continue reading D’un matin gris, lent, et nauséabond

En bas de chez moi, un homme souffre

Il vient d’inhaler une dose du produit qu’il utilise pour nettoyer l’immeuble. Des fenêtres, on conseille à son collègue affolé d’appeler les secours, et son patron… son patron rechigne, la conversation au téléphone dure, pendant que l’autre, au sol, souffre gémit, se tient le visage avec un pull… Les voisins se scandalisent de l’immobilisme, la Continue reading En bas de chez moi, un homme souffre

L’envie d’écrire

L’envie d’écrire me prend indépendamment du contexte. Depuis toujours. J’ai souvent cette gentille propension à confirmer la parano superstitieuse qui me susurre que j’ai toujours envie quand je ne peux pas, empêché par le temps, les tâches ou la fatigue… mais c’est faux. Il y a souvent des moments ou j’ai envie dans un joli vide devant, Continue reading L’envie d’écrire

ne pas parler d’hier

Effondrement. Combien de fois devrais-je me relever ? Cet îlot de légèreté, utopie qui n’advient que clandestin, qu’on ne perçoit que passé. Et ces jours noirs (instants noirs, de la chose qui t’échappe et se brise, effaçant des années de travail). Inattendu. La perte, l’humiliation d’avoir cru pouvoir retenir le sable entre ses doigts. Le sourire, Continue reading ne pas parler d’hier