fatrasie

Monster Truck

En bas dans la vallée, j’ai cru qu’un cirque s’installait. Dans le soir, il y a quelques jours, les longs camions jaune et rouge, jaune et  bleu, comme des chenilles venimeuses. Le cerveau : « cirque ». Erreur. L’étrange appareil maintenant, des camions formant un carré fermé, avec rien au milieu. Ou plutôt, des choses difficiles à identifier, mais qui ne remplissent pas la surface délimitée. Quoi ? Ha, hors le champ circonscrit, je vois une carcasse de bagnole blanche, haute, trop haute, hissée sur quelque chose…  Une de ces voitures à roues disproportionnées ! Je comprends maintenant l’espace, c’est une piste, et les objets des obstacles… Le cirque américanisé ne maltraite plus des animaux exotiques, mais des bagnoles mutantes.

Brusquement, je prends conscience qu’ils sont là depuis plusieurs jours, et qu’à aucun moment je ne les ai vus fonctionner. Aujourd’hui, c’est dimanche… M’interroge toujours une seconde sur l’économie de ces choses… Et oublie… Il y a des faillites peu dommageables… (Toutes ?)

Jano

Ha Jano, Jano, Jano ! Toi qui ne vivais « que » sur le demi-million d’euros que ta belle mère te donnait chaque mois, comme on compatit, comme on comprend qu’à ce train minable, misérable, rampant, honteux, on puisse lorgner sur l’héritage entier !

Faudrait

Faudrait peut-être expliquer à certain qu’au-delà des mots, en deçà, au-dessus, en dessous et sur les côtés, c’est le monde.

Que les œuvres participent du monde.

Évidement

L’erreur est toujours de confondre son déclin physique avec le potentiel déclin collectif… Ou ses névroses avec…, comme dit Olivier à propos de nos idiots d’écrivains.

Et je garde vissé, grâce à mes anciennes lectures anciennes, ce sentiment de la permanence de notre connerie. 

Mais il serait bien narcissique de croire que rien ne se passe juste parce que l’humanité ne sort jamais de sa barbarie et que je ne devrais confondre mes douleurs articulaires avec la dislocation générale. 

Il se passe des choses, et des choses meurent. 

Il faut juste se garder d’imaginer pouvoir correctement les raconter tant qu’on a les pieds dedans. 

L’humanité est un naufrage

Je pensais ça cette nuit, dans un rêve étrange, avant même d’écrire un billet honteusement heideggérien. Pire, je rêvais misanthrope, m’adressant, amer, à un interlocuteur flou, peut-être collectif, dont émanait des arguments mièvres sur la bonté ou je ne sais encore quelle bêtise sur la foncièrement bonne nature humaine. Je rétorquais qu’il n’y a avait rien de plus humain que le massacre et le vol. Que c’était dans notre nature la plus intime que même les plus rassasiés d’entre nous, qui devraient en être paisible, sont pervers, torves, malfaisants ! Quelque chose comme ça. Dans le rêve, j’étais très acide, malheureux, ne voyant aucune issue, jamais, aux moindres de nos problèmes collectifs. 

Peut-être un lien avec le témoignage entendu hier, sur la manière dont les médias mettent l’accent sur les « pillages » pendant la tempête, défendant jusqu’à la mort « la propriété », sans prendre en compte que les « pillés » du jour sont des exploiteurs minables qui ont explosé les tarifs des produits de première nécessité dès l’annonce du fiasco, pour spéculer sur la peur et la misère… et donc, que la violence de classe prépare tranquillement la vengeance de classe…

(qui attend tranquille que l’étau de l’ordre armé se desserre… par exemple à l’occasion de trouble climatique. Sans compter que les policiers et les militaires redécouvrent, dans certaines circonstances, la vérité de leur classe sociale et n’ont pas nécessairement le comportement que leur hiérarchie espère.)

Et la survie. En quel honneur dénierait-on à qui que ce soit le droit d’avoir l’instinct de survie ? (Et le réflexe opportuniste. Après tout une caste dominante a bien un monstrueux instinct de prospérité au prix plus monstrueux encore du destin de l’humanité) et de tout entreprendre pour ça, le vol bien sur, mais le meurtre aussi. Après tout, que raconte donc d’autre la presque intégralité des fictions US ? 

Et le pilleur tueur, c’est pourtant le héros, dans les films… Ha oui, mais il est blanc ! (le noir meurt au début, ou se sacrifie à la fin, encore et encore)

Sur l’universalisme

Les mots ne veulent rien dire. En soi, ils ne veulent rien dire. Il est amusant, lorsqu’on est enfant, de découvrir que dans un dictionnaire, chaque mot s’explique par d’autres mots, s’expliquant eux-mêmes par d’autres mots, et ainsi de suite, jusqu’à dessiner de belles boucles dans le corps même du dico, sans espoir jamais d’en sortir. Un vertige. 

S’ajoute à ce vide abyssal, cette « absence du monde » dans le dictionnaire, la polysémie des mots, judicieusement oubliée quand ces mêmes mots servent à condamner l’image, par exemple. 

Le langage est un système clôt, irrationnel, mouvant, fuyant, ou l’on ne peut s’adosser nulle part, un monde mou qui se suffit à lui-même, sans aucun ancrage hors de lui. Une folie.

Ce dont se servent les politiques, les religieux, les philosophes à système, les publicitaires, les relativistes, etc.

Le poète et le scientifique tentent d’accrocher la langue au réel. Ils échouent toujours, l’un est pris pour un rêveur par les enfumés du langage, l’autre est assiégé par des armées de langages clos, et fragilisé par sa rigueur même à refuser les certitudes closes.

Ils échouent, car le monde clôt du langage fuit, il n’est pas si clôt, il suinte sale par le performatif, par nous, par la manière dont il nous manipule. Nous sommes les marionnettes du langage. Nous ne sommes que l’interface. Mais c’est une autre histoire.

Et donc…

L’universalisme est un mot.

Il ne veut rien dire. Pourtant, son usage a une histoire. La seule chose que l’on pourrait en faire, c’est raconter cette histoire à l’intérieur des mondes clos du langage (et en particulier dans le territoire du politique).

Mais rapidement, aujourd’hui, je lui vois deux usages, selon par qui il est porté :

— Un usage privé, comme un horizon de la conscience qui tenterait d’accéder à la vérité du fait anthropologique dans sa globalité, dans un esprit scientifique, donc, et donc sans présupposé, mais en cherchant à toujours affiner l’observation « la plus globale » de nous même comme phénomène. Se pose toujours, in fine, la question de l’arbitraire du point de vue et de la validité des outils. Mais on est bien obligé de faire ça « de quelque part » et « avec ce qu’on a » en attendant une hypothétique étude extérieure…

— Et l’usage en crise, de l’outil d’exploitation des particularismes de l’autre par un particularisme qui se projette en universalité. Cet universalisme colonial est en crise depuis longtemps, pour la simple et bonne raison qu’il n’a rien d’universel. Il n’est pas ce qu’il énonce. Il est donc fragile, facile à remettre en cause, et dangereux puisqu’arme qui se retourne contre son usager.

Mais on ne va pas faire comme si les mots voulaient vraiment dire quelque chose ?

 

 

Trop de lièvres

Ma réticence à parler sur les réseaux sociaux vient de là : les conversations, sorte d’oralité écrite, lèvent trop de lièvres pour pouvoir s’en sortir avec rapidité et avec raison. 

Là, me retrouve avec la question de la crise de l’universalisme, de la polémique des Magiciens de la terre (expo de Beaubourg de 1989 qui a largement involontairement mis les pieds dans le plat de la décolonisation culturelle du monde), de l’ethnocentrisme, de la mondialisation de la culture, de la subjectivité culturelle, du déclin (ou pas) de l’occident, des équilibres géostratégiques actuels, de l’Art, de sa définition et de sa validité… Oups !

Doucement. je suis si bien ici, à prendre mon temps, à poser des petits cailloux sur ma route, une seule route, pour ne pas trop me perdre…

Subtile

Les plantes, contre la vitre, sont irisées de lumière. J’ai le réflexe de les photographier, avec même en sous-programme le dilemme du choix : serait-ce mieux avec le smartphone ou le reflex ? Et puis non. Le spectacle me suffit. Voilà un geste très narcissique : il n’y aura pas de trace, juste une jouissance personnelle.

(Pas d’autre trace que l’ekphrasis)

Une question muette

Pourquoi voulez-vous tous participer à colporter et entretenir de ces injonctions médiatiques soudaines qui font qu’un événement distant, si distant qu’il n’exerce aucune sorte de levier sur notre vie réelle, nous intime l’ordre de ressentir… non, pas de ressentir, mais d’exprimer publiquement un ressenti hypothétique, simulé ou pas : une émotion, une empathie, une indignation, ou même une peur ?

Pourquoi ?
Selon une volonté de fabriquer ce que je perçois comme une forme pornographique d’intimité collective.

 

 

Mes stratégies fatales

Encore un titre trompeur. Mais l’évocation d’un des meilleurs titres de tous les temps : « les stratégies fatales » (bien meilleur que cet horrible « À la recherche du temps perdu » qui sonne si vulgaire, si « roman pour mémère »), car je retourne à Baudrillard, depuis quelques jours, avec… avec un certain soulagement.

Je m’y demande si je n’y retrouve pas, dans ce vieux livre jauni, les racines de mon antipsychologisme et de cette allergie aux petites paranoïas inversées, si vicieuses, qui nous font prendre l’interne pour l’externe et réciproquement.

Matrice

Oui c’est vrai, les riches oisifs qui se morfondent sur cette planète de merde ont raison : on est coincé dans la matrice. Mais le secret, c’est que toute paranoïa est sans objet, car c’est nous qui la fabriquons, cette putain de prison symbolique !

Dans ma salle de bain

Je pensais ce matin, jusqu’à la dernière seconde de l’apocalypse, les radios humaines diffuseront de la musique de merde.

C’est l’écho que nous laisserons.

Dans la nuit de jeudi à vendredi

Dans une poisse d’insomnie, retour à conscience claire avec ça dans la tête : « Tous nos désirs cachent un salaire vil ». Tends le bras par réflexe, prends le smartphone et note la phrase. Le matin, m’en souviens, et accepte, sans être sûr de bien comprendre…

Bon voilà

Donc, c’est ça, je suis de retour dans « la grande bibliothèque », m’y perdant encore, retrouvant les réflexes de la nage en grandes eaux culturelles sans trop savoir encore si les courants frais ou plus doux me font plaisir ou déplaisir…

L’album photo en stand-by, déjà produit, mais rien ne dure jamais disais-je. Et dernièrement, je lançais parfois, quand une réflexion m’énervait « j’arrête la photo et je reprends [au choix] l’écriture, la peinture, le dessin, le tricot, la mécanique, les maths… (Non, pas les maths !)…Mais il ne faut jurer de rien !

Donc, aucune envie de mettre mes blogs tumblr à jour. Une photo sur facebook me convient, c’est un petit cadeau, un machin vite approprié, et voilà, c’est « pas pour moi », c’est de la consommation immédiate, ça fait plaisir et c’est pas le gros machin à double détente de l’album sacré.

Bon, je n’arrête pas la photo. J’aime ça. J’ai récupéré l’organe du père. C’est déjà ça. (Post à poncifs).

Mais donc, le grand retour. On lit un roman, deux, trois, beaucoup (je ne lisais plus de roman), un où deux essais contemporains, des bds que j’avais ratés, des textes anciens, et on fini comme quand on a arrêté, en feuilletant des centaines de magazines du XIXe et début XXe…

Tout ça pour ça.

Qu’est-ce que j’y cherche, dans ces vieux textes ? Je ne sais pas, je suis juste fait pour ça, brasser des centaines de volumes sans fatigue autre que physique. Mon autisme léger qui me permet de remplir des bases de données qui épuiseraient les nerfs de tout autre humain…

De ces choses qui sont ce que je suis. Je suis donc de retour dans ce que je suis, me laissant guider par des flux informationnels discrets, des enchainements sémantiques subtils, qui m’amèneront à mieux percevoir/comprendre un truc qui n’intéresse personne, et dont, peut-être, je ne parlerais jamais…

Vrac

Ce matin, hésite entre confiture de prunes et confiture de figue. Décide d’alterner prunes/figue en pensant quelque chose comme ça : la majorité des écrits philosophiques sont rempli d’erreur d’interprétation sur un monde mal informé. Une petite voix : et beaucoup pense que c’est illisible car complexe… Non, c’est juste con.

En terminant par une tartine de figue, me dis pareil pour les romans… Combien sont illisibles par l’obsolescence des enjeux ? Bien sûr il y a l’évolution de la langue et du contexte culturel (abordé par « Dire presque la même chose » d’Eco), mais ce qui nous rend illisible la très grande majorité des romans anciens est plus grave qu’un  simple enjeu de traduction : On se fout des enjeux, tous, comme de notre première chemise !

Cette impression de lire un compte rendu de rat tournant dans une cage trop petite… De temps en temps, une trouée vers nous, un appel d’air, une échappée quand un auteur s’extrait de sa prison. Rare, mais seule chose qui nous reste lisible. Ne pas oublier : notre propre cage.

Robot

Je ne sais pas combien de fois il faudra répéter, dans les temps qui viennent : les machines ne veulent rien.

(Le jour où elles voudront, on rigolera moins)

En passant chez Apollinaire

Je découvre qu’il croyait les sornettes du vieux mythomane Rousseau, qui n’a jamais été au Mexique. Et après tout, pourquoi ne pas le croire ? Je n’ai jamais compris qu’on attache tant d’importance à la véracité toujours relative des « dires ». Dès la cour de récré, j’étais surpris du plaisir des menteurs à tromper. Et alors ? Oui, et alors ? Alors rien. Si ça t’amuse…

Mais plus loin, Apollinaire, intelligent, se moque des prétentions à régenter la langue qui restera fluide et libre contre tous les manuels. Ses évocations d’Urbain Doumergue, grammairien passablement rigide, m’évoquent un article lu dernièrement sur la « dictature des algorithmes ».

Un article étrange, je ne mettrais pas de lien, et ambigu qui semblait se plaindre du fait que les algorithmes nous enferment plutôt que nous ouvrir au monde, ce qui est une évidence, puisqu’ils doivent bien construire leur tendance sur le passé, à la manière dont ils nous proposent toujours d’acheter ce qu’on vient d’acheter. Ce qui est d’une connerie rare. Aucun marchand humain n’aurait l’idée de demander « vous venez d’acheter un frigo, voulez-vous un autre frigo ? ». Bon, « ils » vont bien finir par s’en rendre compte…

Non, cet article était ambigu, car il se catastrophait de notre consommation de désinformation sur le web. Et semblait attendre des machines qu’elles se chargent de trier le vrai du faux. Ce qui, évidemment, est un cauchemar…  Qui décide de ce qui est vrai ou faux ? La majorité de ce que nous émettons n’a rien à voir avec ces catégories. Et cette manie, et de croire « qu’avant », nous vivions dans un temps où le vrai était vrai, où les journaux étaient sérieux et remplis d’informations vérifiables (ce qui est vérifiable, c’est qu’ils étaient remplis de mensonges et débilités), et d’imaginer, donc, que nous devrions être sous tutelle d’une machine, ou d’une autorité quelconque pour savoir ce que nous devons savoir, croire, dire, faire, et bien sûr pour qui voter…

Toujours la même maladie !

Travers

Pense : « J’irais toujours là où vous n’êtes pas. Horreur de la foule ».

 

Retour devant le paysage

Je devrais peut-être faire comme mon grand-père, et écrire dans mon journal « réveil relax ». Relax est le mot qui revient le plus dans ces agendas qui couvrent 6 décennies. Mais je me suis trompé sur l’interprétation de ce mot. Pourtant, « relax » revient presque chaque jour, et parfois même « très relax », et j’ai cru y voir l’indice d’une forme extrême de zénitude, qui après tout, correspondait avec mes souvenirs d’un gars toujours posé, toujours « relax ». Sauf que parfois, ce « relax » se complète de détails sur douleur, fatigue, tracas, et considérations diverses sur le sommeil. Que veut donc dire ce « relax » ? Par exemple, il peut y avoir un paradoxale : mal dormi / lever relax / mal de tête. Que veut dire ce « relax » ? Vraiment ?

Une piste par opposition : quand n’y a-t-il pas marqué  » « relax » ? Parfois, un « lever de bonne heure » remplace le relax… Relax voudrait donc juste dire « sans contrainte  » ?

Oui, mais alors, que veulent dire ces rares «lever normal» ?

Insondable mystère de l’univers !

Généralité

Depuis toujours, je suis pour le droit à l’indifférence. Ce droit a toutes les vertus : il assure la paix sociale et désamorce les provocations.

(le problème étant la polysémie de « l’indifférence »)

(le problème étant celui de réduire un phénomène complexe à un aphorisme)

(le problème étant que parfois on peut avoir tord, qu’on soit pour où contre un truc à la con)

(le problème étant qu’on a beau brasser la merde de l’actu dans tous les sens, ça reste de la merde)

 

 

Se rappeler

Malcolm Lowry sur « Au-dessous du volcan. » : « Bien que l’ouvrage fût considéré par les éditeurs comme « important et intègre », on me suggérait de larges corrections que je répugnais à faire. (Vous eussiez réagi de même si un livre écrit par vous vous avait tourmenté, avait été maintes fois refusé puis récrit.) On me conseillait, entre autres, de supprimer deux ou trois personnages, de réduire à six les douze chapitres, de changer le sujet, par trop pareil à celui du Poison, en un mot, de jeter le livre par la fenêtre, et d’en écrire un autre. »

Je ne sais combien de fois j’ai répété à mes amis, ces dernières années : « n’oubliez pas, les éditeurs ont toujours tords ».  Et de leur rappeler les 60 éditeurs, grands professionnels sûrs de posséder un métier, qui ont refusé « la couleur des sentiments » (quoi qu’on en pense), « parce que ça n’intéresserait personne ». 8 millions d’exemplaires vendus la première année et adaptés par Hollywood…

Les exemples sont légions et recoupent à peu près l’histoire des succès dont, au passage, les éditeurs ne sont jamais responsables, mais toujours les premiers bénéficiaires. Il n’y aurait pas de problème si les éditeurs occidentaux, à l’image des Japonais, disaient “on ne sait pas ce qui marche”. Mais non, ils s’entêtent tous à croire qu’ils savent, mieux que l’auteur, ce qui fera un bouquin, et détruisent systématiquement les oeuvres au nom de leur superstition et de leur prétention à être autre chose qu’une banque de prêt.

(Mille exemples sur le fait que c’est encore pire quand l’éditeur est aussi un auteur… Montre que la fonction suppure une connerie spécifique)

dialogue café / 10 août 2016

 

« Je me souviens, j’étais petite, et ma mère se battait avec un poulpe »

Je m’amuse à répéter plusieurs fois cette phrase de Sophie, volontairement tronquée, abusivement arrachée à son contexte. Elle s’en offusque, où surjoue l’offusquée :

« Mais il était très gros, ce poulpe, sa tête était au moins comme ça ! »

« trop tard, j’ai mémorisé ta phrase pour l’éternité »

 

Plus loin,

Je relève la tête, sortant d’une torpeur comme seule une brise fraîche d’été en fabrique. Je glisse les yeux sur le mur de livres, au fond du salon. Ce qui me vient est « à quoi bon ? David a raison », mais mon àquoibonisme embrasse tout, au-delà des réseaux numériques.

Mais ça ne dure qu’une seconde. Grâce à une petite table ronde de la couleur de la plante étrange et toxique dont j’ai oublié le nom, j’ai retrouvé le chemin du clavier quotidien. La tête à l’air, à la lumière, le regard oscillant du paysage à l’écran, doucement, doucement, accepter le calme après les tempêtes.

 

C’est déjà ça

Donc, selon Robert Musil, la pulsion réactionnaire viendrait d’une stratégie très personnelle d’un individu n’assumant pas ses propres impuissances. Malheureusement, il y a une explication plus mécaniste : l’inertie. Le phénomène physique suffit largement pour expliquer cette allergie à la moindre altération de son environnement social.

Je ne vais pas répéter ici la définition de l’inertie, que je connais par coeur depuis qu’un professeur a lancé « c’est la propriété de votre cerveau qui l’empêche de retenir cette définition ». L’esprit de sa formule a eu pour effet de graver la définition exacte, au mot, dans ma caboche capricieuse. Il me reste donc cette chose-là de ma scolarité. C’est déjà ça…

De cette petite réflexion, je peux peut-être tirer une critique de « L’homme sans qualités ». À force d’hygiénisme, le texte verbeux transforme tout, le moindre vil mécanisme mental, en longue procédure esthétique. La jalousie devient la quête d’un hors champ, et la frustration réactionnaire une démarche psycho-culturelle complexe…

La subtilité psychologique de certains romans ne serait alors que médiation, que l’une des expressions de « l’euphémisation bourgeoise », qui transforme tout en objet culturel prédigéré, « convenable », sans les brutalités, rugosités ni aspérités des arts populaires.

Mécanisme évoqué ici :

Satyre médiatique

bâtard d’ma mère

«Bâtard», ça peut pas être une insulte. Ce qui s’oppose à bâtard, c’est consanguin, et consanguin, c’est un synonyme de dégénéré.