image

Shōchan no Bōken dans ma bibliothèque

J’avais trouvé Shōchan no Bōken, ce mignon manga de 1923, sur quelques forums interlopes, je suppose. C’était il y a au moins une dizaine d’années. Grosse, la dizaine, et j’avais tout de suite montré ça à Yann, et quelques autres, très surpris par l’évocation hergéenne de ce manga antérieur mais contemporain de Tintin. Quand j’ai rencontré Elric, il s’est passionné pour ce petit personnage de si loin de la Belgique qui semblait annoncer Tintin, mais aussi Spirou. Elric en a tiré un article comparatif, ce qu’il fallait faire, et écrit un mémoire sur le sujet. Il vient de m’offrir l’édition patrimoniale de « Shōchan no Bōken », éditée en 2003 par Shōgakukan creative et que nous connaissions déjà, car Yann l’avait commandé sur Amazon Japon.

Les livres japonais sont toujours épatants, mais celui-ci vient quand même contrarier le format d’origine des Shōchan, à l’italienne :

Et l’élégance des dessins de Katsuichi Kabashima aurait mérité des pages plus grandes… Malgré tout, quel bonheur d’avoir ce livre dans ma bibliothèque !

Pour le contenu, reportez-vous à l’article d’Elric ici : http://marsam.graphics/shochan-no-boken/

 

 

Les couilles du singe du Chōjū-jinbutsu-giga

Mon camarade Elric Dufau revient d’un voyage d’études au Japon. Il en a ramené une pile de livres, rééditions de mangas anciens et quelques livres sur l’histoire du manga :Elric Dufau de retour du Japon - Photo Alain François

Mais il m’a aussi ramené une « boule » en plastique (Gachapon), tirée d’une de ces machines à souvenir  comme il en existait en France dans les fêtes foraines, de ces étranges coffres métalliques qui arboraient « Plaisir d’offrir, joie de recevoir ».

Ici, une page de forum qui évoque la chose

Dans cette boule de plastique toute contemporaine, elle, j’ai découvert, ho surprise ! un gadget de très bonnes tenues, un petit singe en plastique extrait des rouleaux Japonais du XIIe siècle appelés « Chōjū-jinbutsu-giga« , et couverts des aventures d’animaux anthropomorphes. 

Mon petit singe de plastique, adapté à la troisième dimension et un peu modifié pour qu’il puisse s’accrocher n’importe ou, est extrait de cette portion du rouleau :

L’intégralité du premier rouleau : https://commons.wikimedia.org/wiki/Chouju_Jinbutsu_Giga_1st_scroll

Le singe en plastique n’est pas vraiment adapté « directement » de ce rouleau historique, mais plutôt un élément du « merchandising » autour d’un coup publicitaire commandé par l’entreprise Marubeni Corporation au célèbre studio Ghibli  : leur adaptation animée du rouleau a « fait le buzz » et ainsi le tour du monde

J’ai fait remarquer à Elric que ce singe était anatomiquement « conforme » à son modèle dessiné et à la biologie : il arbore fièrement une belle paire de couilles d’autant visible que sa position les mets en valeur ! Et je me suis demandé si, en France, dans le même cadre (C’est-à-dire un cadre de distribution grand public), on aurait laissé ses organes à ce pauvre singe ! 

Gasp ! Tu as bien fait d’être Japonais, petit singe !

 

 

 

 

Feuilleter Minchō #13

Céline Guichard a reçu Minchō N°13 par la poste. Elle avait été sollicitée par ce magazine espagnol qui voulait publier un article de Mara Gonzales sur trois artistes, dont elle : « The abject and its power in the work of Aleksandra Waliszewska, Céline Guichard and Maria Melero ».

Les pages sur Céline Guichard :

 

Minchō | Illustration and Graphic Arts Magazine

Mincho 13 couverture de Javier Sáez Castán

L’envoi me permet de découvrir une revue de graphisme et illustration espagnol très soignée, entièrement en anglais, je suppose pour des raisons de diffusion, avec ce dossier, donc, sur Aleksandra Waliszewska, Céline Guichard et Maria Melero.

Mais aussi, une couverture de Javier Sáez Castán, et des articles sur Daniel Johnston, Joan Sfar, Charles fréger, Javier Olivares, etc.

La revue est remarquablement bien imprimée sur un papier mat très blanc, très neutre, qui dessert à peine les photos, mais magnifie les dessins, et en particulier les à-plats noirs. Une belle revue de dessin, donc !

 

L’Album primo-avrilesque toute l’année

Avant d’oublier, noter que l’historique et problématique « Album primo-avrilesque » d’Alphonse Allais (éditions 1897) est en ligne sur Gallica :

« Problématique », car il pose la question de la réévaluation a posteriori d’œuvres, et même d’objets plus où moins volontaires, que l’Histoire dévoie de leur finalité première (le rire, ici) pour les intégrer dans un récit aussi cohérent qu’artificiel (l’Histoire de la musique, de l’Art et plus spécifiquement, l’histoire du monochrome).

Je reviendrais sur ces phénomènes de paréidolies culturelles ultérieurement, mais quoi qu’il en soit, voilà encore un document en ligne, en libre consultation, à l’importance historique incalculable.

 

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

« Batailles », toute l’Histoire selon Sophie Guerrive

Le nouveau livre de Sophie Guerrive est un leporello : une unique longue bande pliée en accordéon de manière à pouvoir la feuilleter par double page, ou la déplier (mais il faut avoir un peu de place), présentant un unique dessin de 6 mètres de long racontant l’histoire des hommes, de leur conception par des extraterrestres (comme chacun sait, et surtout les amateurs de nanars US) à leur disparition catastrophique (prévu exactement pour très bientôt).

Si ce long dessin est édité aujourd’hui en leporello par les éditions ION, c’est à l’origine un volumen, que Sophie Guerrive a dessiné directement sur le rouleau de papier, selon le principe narratif linéaire de la tapisserie de Bayeux, et pas du tout en pseudo-rotulus comme cet escroc de Kerouac…

En fouillant, j’ai retrouvé dans mon album tumblr trois photos du rouleau originel en chantier, l’une du 30 juin 2014, et les deux autres du 6 janvier 2015. Ceci marquant autant l’importance du temps de réalisation que la difficulté à éditer un tel objet aujourd’hui.

Même si Sophie Guerrive a sorti plusieurs livres entre temps, dont le « Capitaine Mulet » dans lequel on retrouve cette même propension au pastiche d’un esprit médiévale, ce dessin a nécessité, pour le moins, un certain entêtement maniaque…

Les bouts du rouleau en chantier, où l’on distingue les annotations sur la période des combattants (octobre 2015) :

 

Le rouleau sur le sol de la Maison des auteurs, Angoulême

C’est donc un seul et unique dessin narratif, qui va d’un étrange début de l’humanité à sa fin en ultime échappée, par accumulation de petites scènes violentes qui se regardent et se lisent de gauche à droite, évoquant des souvenirs mythifiés de notre chaotique histoire réelle, mélange de mythes anciens (Prométhé) et contemporains (les extraterrestres démiurges), remplies de détails cocasses, humoristiques et grotesques. Il y a d’ailleurs paradoxalement quelque chose de vivant et joyeux dans cette longue théorie de massacres et catastrophes.

Procédé emprunté aux primitifs et à l’Art de la fresque, la continuité du dessin est assurée par une unité de lieu en arrière-plan, quelle que soit la disparité temporelle ou géographique des scènes. Malgré sa grande fantaisie, l’ensemble dessine un autoportrait tragi-comique de notre espèce malheureusement plutôt réaliste.

Le leporello sur le site de l’éditeur : http://ionedition.net/livres/batailles/

Quelques aperçus :

Tarot de Céline Guichard

Somptueux tarot de Marseille

Ce matin est arrivé le colis des exemplaires d’auteur du tarot de Marseille que Céline Guichard a réalisé pour l’éditeur tout aussi marseillais « Le dernier cri ».

Pour ce tarot portfolio, Céline Guichard aurait pu choisir de s’approprier totalement l’exercice, de le moderniser à outrance, de le dévoyer et l’embarquer loin… Mais elle a préféré respecter la tradition pour dessiner les véritables arcanes majeurs, celles qu’on utilise pour la divination, tout en distillant discrètement ses codes habituels. Le résultat est superbe, déjà, et étonnant, évoquant à la fois les lames traditionnelles, l’imagerie d’Épinal, et rénovant la symbolique implicite et souvent très incertaine des figures ancestrales.

Entre interprétation classique et réinterprétation, le dépoussiérage guichardien est à l’image de ses travaux habituels : humoristique et explicite. Ainsi, l’érection du pendu dépasse de son slip, l’étoile tire la langue, l’amoureux présente un trio homosexuel, on devine ce que fait la papesse sous son livre… etc. De quoi observer, découvrir, et provoquer une nouvelle vague d’exégèses !

Tiré à 500 exemplaires en offset 6 passages couleurs directes, il est en vente chez l’éditeur, ici : http://www.lederniercri.org/prod/celine-guichard-tarot-de-mars-1246,new.html

Diabolique Roman Muradov

Hier j’ai accompagné Kathrine Avraam qui voulait rencontrer Roman Muradov, un jeune auteur qu’elle avait cité dans un mémoire de M1 sur l’abstraction narrative, l’année passée.

Comme je ne suis pas l’actualité BD, je ne savais rien de ce jeune illustrateur russe qui a déjà une solide notoriété. J’ai fait quelques photos et il m’a offert son fanzine. Un exemplaire de « Yellow Zine N°6 » :

Qu’un type édité et largement distribué s’astreigne encore à l’autoédition est plutôt le signe d’une bonne mentalité. Je ne le connaissais pas et donc je n’ai toujours pas lu son livre « Aujourd’hui Demain Hier » qui a eu très bonne presse, mais j’ai jeté un oeil sur les travaux en cours, et il est évident que Roman est d’une habileté diabolique, habileté qu’il nourrit d’une très solide culture visuelle et un sens aigu du décoratif. Il joue avec une dextérité presque insolente avec les codes esthétiques des avant-gardes, de la culture populaire russe et du graphisme de presse des années 50 et 60. Il semble avoir tous les talents : sens de la composition, du détail, subtilités chromatiques, maîtrise des accidents… Incroyable ! Et on dit qu’il a, en plus, des qualités d’écriture ! Hum… On peut donc vendre son âme au diable ?

Son tumblr : http://bluebed.tumblr.com

 

Pink Pieles

Vu ce soir, « Pieles », le conte rose-bonbon d’Eduardo Casanova, jeune réalisateur espagnol. Ce n’est pas un grand film, mais encore une « première œuvre curieuse » et déjà un amusement. En espérant qu’il confirme, car oui, les réalisateurs finissent mal, en général…

À suivre. Et d’ailleurs, facile à suivre sur Instagram :

 

Alfred Kubin, victime de la dictature de la réception

Juste avant la tornade de paranoïa collective qui s’est abattue sur les campagnes [électorales] de mon petit pays, je pensais à quoi, déjà ? Ha oui, je venais d’extraire de ma bibliothèque et reparcourir trois petits fascicules d’Alfred Kubin, le dessinateur autrichien, édités par Allia en 2007 : « Le cabinet de curiosité », « le travail du dessinateur » et « ma vie ». Je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment lu « ma vie », donc « sa » vie.

Je ne peux pas dire que j’ai une passion particulière pour Alfred Kubin, dessinateur que je classais instinctivement comme « symboliste tardif », ou pour être plus indulgent, coincé entre « symboliste tardif » et « précurseur du surréalisme »… Un artiste de transition en quelque sorte, coincé entre deux époques, coincé entre deux siècles… La lecture de sa vie, texte rapide mais informatif, m’a permis de préciser mon jugement et m’a, du même coup, provoqué quelques réflexions d’ordre plus générales. Read More →

Petite remarque

Note que, quand on feuillette des décennies d’exemplaires d’un magazine, on finit par avoir l’impression de toujours voir la même illustration de couverture, avec juste par moment des ruptures, comme quand le périodique passe à la photo.

Encore un exemple de cohérence esthétique d’un espace et d’un temps.

Une fille dans un arbre

On ne voit que ce que l’on connaît déjà. C’est ainsi que nous sommes tous aveugles. Et c’est comme ça que lorsque nous découvrons quelque chose (un objet, un auteur, un type d’image, un concept..) que nous ne connaissions pas, nous le voyons brusquement partout. On pourrait réécrire l’histoire du monde sous cet angle, mais je vais me contenter de ce que j’avais prévu : un court billet sur ce petit livre allemand de photographies de femmes perchées dans des arbres que m’a prêté Mai Li Bernard la semaine dernière.

Et en découvrant cette étrange collection, mon premier réflexe a été de penser que je n’en avais jamais vu… Où plutôt, que je n’en avais pas « détecté le genre », lors de ma folle tentative pour écrire une taxonomie des images voguant sur le réseau Tumblr.

Ici :

Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 1 / Introduction
Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 2 / construction de la machine
Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 3 / lectures
Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 4 / subjectivité
Tumblr, média social. 1 / approche expérimentale / introduction Read More →

Derrière Disney, ou la revanche des auteurs

J’exhume ici un brouillon d’article qui date d’au moins 2 ans (je ne sais plus exactement quand je l’ai commencé, l’ayant déplacé de Dropbox à Drive et enfin dans les brouillons de ce blog), mais qu’il me semble intéressant de publier aujourd’hui car il évoque un rôle culturel des fans (déjà abordé dans « Le nerd comme agent culturel » et Pourquoi Roland est-il furieux ?). C’est ma modeste contribution à quelques questions importantes développées ailleurs.

 Alain François, 3 Janvier 2016

Read More →

Les promenades de Nylso

IMG_8435Vendredi (5 décembre 2014), je suis passé voir Nylso à la Maison des auteurs (Angoulême). Sa résidence s’arrête à la fin du mois de décembre et je voulais le photographier dans son atelier avant son départ. Il est encore installé pour quelques jours dans un grand atelier collectif en sous-pente. J’aime bien ce 3e et dernier étage de La Maison des Auteurs, car les fenêtres mansardées barrent les photographies de grandes diagonales de lumières qui évoquent un décor de SF ou de film expressionniste. Read More →

Le tweet du jour

Mokë & Elric DufauC’est celui de qui me signale que la photographie d’Elric Dufau et Mokë en train de regarder un smartphone, après avoir illustré un billet d’André Gunthert, sert d’illustration dans son séminaire sur le Selfie. La consécration universitaire pour cette petite photo et les deux auteurs de BD représentés !

 

 

Le Tweet  :

 » ta photo participe au séminaire pour faire le contraste avec les ‘images déconnexionnistes’  »

fati

Merci Fatima !

Un usage illustratif absolument absorbant

Une photographie de Romantic iPhone vient illustrer un billet du blog d’André Gunthert : Absorbement, smartphone et caricature

Il y propose une lecture de l’usage rhétorique de l’image si commune aujourd’hui de ces pauvres humains penchés sur leur smarthone. Ma photographie spontanée répondait déjà par la couleur et l’interaction sociale qu’elle présentait à un billet orienté qui publiait une série de photographie noir et blanc de gens tristes penchés sur leur petit écran. À manip, contre-manip ! Je sais bien que l’acte est vain, ma brave dame, mais cette contre-image a le mérite d’exister.

Et vient donc illustrer l’article d’André, dont le ton étonnamment mélancolique m’a surpris. Mais lisez-le, en semblant prendre la doxa contemporaine par l’épaule, il s’élève lentement, tout en subtilité, très haut au-dessus de la mêlée.

Absorbement, smartphone et caricature

Narration Augmentée

Le blog de Mélanie Bourdaa déménage à son tour ! Sa nouvelle adresse est :

http://fandoms.hypotheses.org

Elle y « rend compte des évolutions de l’écosystème médiatique français et anglo-saxon en terme de productions transmédiatiques et de culture fan. »