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Portrait : Frank

J’ai enfin rencontré Frank (pseudo de “Frank Reichert”), scénariste de BD puissant, écrivain, traducteur de polar, qui a écrit de nombreux scénarios très noirs (et très drôles) pour Golo pendant une grosse décennie (à partir de 1978 et “ballades pour un voyou“). Mais aussi pour Baudoin, entre autre…

Pas de wikimachin, mais deux entrées sur bnf.fr :

Frank Reichert http://data.bnf.fr/12073592/frank_reichert

Frank http://data.bnf.fr/11903451/frank

Je l’ai vu chez Golo, la nuit du 18 au 19 août 2017, et j’aurais bien aimé le croiser avec une meilleure lumière, et pas seulement dans la pénombre d’une soirée ! Mais je reste un indécrottable antiflash… 

Les deux vies de Mikhaïl Mikhaïlovitch Tsekhanovski

En cherchant des renseignements sur les auteurs de la “librairie des écrivains“, je découvre par hasard les travaux graphiques de Mikhaïl Mikhaïlovitch Tsekhanovski ( Михаи́л Миха́йлович Цехано́вский ), un artiste russe né en 1889 et mort quelques jours avant ma naissance.

Réalisateur et animateur ayant participé au modernisme soviétique dans les années 20, il a aussi produit des affiches, des illustrations et des graphismes d’une grande clarté formelle, moins austères que nombre de ses amis plus radicaux des avant-gardes, et d’une simplicité qui les rend étonnamment actuels.

1926 :

Dans les années 40, son esthétique première, entre avant-garde (structure géométrique) et art populaire russe (imitation des silhouettes en papier découpé), se perd dans un calque des productions Disney, qui semble maintenant plus daté que les productions antérieures. Paradoxe de l’Histoire.

Je vois dans cette évolution stylistique de Mikhaïl Mikhaïlovitch Tsekhanovski, peut-être est-ce un abus de ma part, l’illustration du virage réactionnaire qui suivit l’instrumentalisation des avant-gardes par le régime soviétique.

Mais sa « première époque » est vraiment à la fois d’une synthèse épatante et d’une grande fraîcheur visuelle !

 

Un film de 1929

 

 

Les couilles du singe du Chōjū-jinbutsu-giga

Mon camarade Elric Dufau revient d’un voyage d’études au Japon. Il en a ramené une pile de livres, rééditions de mangas anciens et quelques livres sur l’histoire du manga :Elric Dufau de retour du Japon - Photo Alain François

Mais il m’a aussi ramené une « boule » en plastique (Gachapon), tirée d’une de ces machines à souvenir  comme il en existait en France dans les fêtes foraines, de ces étranges coffres métalliques qui arboraient “Plaisir d’offrir, joie de recevoir”.

Ici, une page de forum qui évoque la chose

Dans cette boule de plastique toute contemporaine, elle, j’ai découvert, ho surprise ! un gadget de très bonnes tenues, un petit singe en plastique extrait des rouleaux Japonais du XIIe siècle appelés “Chōjū-jinbutsu-giga“, et couverts des aventures d’animaux anthropomorphes. 

Mon petit singe de plastique, adapté à la troisième dimension et un peu modifié pour qu’il puisse s’accrocher n’importe ou, est extrait de cette portion du rouleau :

L’intégralité du premier rouleau : https://commons.wikimedia.org/wiki/Chouju_Jinbutsu_Giga_1st_scroll

Le singe en plastique n’est pas vraiment adapté « directement » de ce rouleau historique, mais plutôt un élément du « merchandising » autour d’un coup publicitaire commandé par l’entreprise Marubeni Corporation au célèbre studio Ghibli  : leur adaptation animée du rouleau a « fait le buzz » et ainsi le tour du monde

J’ai fait remarquer à Elric que ce singe était anatomiquement « conforme » à son modèle dessiné et à la biologie : il arbore fièrement une belle paire de couilles d’autant visible que sa position les mets en valeur ! Et je me suis demandé si, en France, dans le même cadre (C’est-à-dire un cadre de distribution grand public), on aurait laissé ses organes à ce pauvre singe ! 

Gasp ! Tu as bien fait d’être Japonais, petit singe !

 

 

 

 

Feuilleter Minchō #13

Céline Guichard a reçu Minchō N°13 par la poste. Elle avait été sollicitée par ce magazine espagnol qui voulait publier un article de Mara Gonzales sur trois artistes, dont elle : “The abject and its power in the work of Aleksandra Waliszewska, Céline Guichard and Maria Melero”.

Les pages sur Céline Guichard :

 

Minchō | Illustration and Graphic Arts Magazine

Mincho 13 couverture de Javier Sáez Castán

L’envoi me permet de découvrir une revue de graphisme et illustration espagnol très soignée, entièrement en anglais, je suppose pour des raisons de diffusion, avec ce dossier, donc, sur Aleksandra Waliszewska, Céline Guichard et Maria Melero.

Mais aussi, une couverture de Javier Sáez Castán, et des articles sur Daniel Johnston, Joan Sfar, Charles fréger, Javier Olivares, etc.

La revue est remarquablement bien imprimée sur un papier mat très blanc, très neutre, qui dessert à peine les photos, mais magnifie les dessins, et en particulier les à-plats noirs. Une belle revue de dessin, donc !

 

L’Album primo-avrilesque toute l’année

Avant d’oublier, noter que l’historique et problématique “Album primo-avrilesque” d’Alphonse Allais (éditions 1897) est en ligne sur Gallica :

« Problématique », car il pose la question de la réévaluation a posteriori d’œuvres, et même d’objets plus où moins volontaires, que l’Histoire dévoie de leur finalité première (le rire, ici) pour les intégrer dans un récit aussi cohérent qu’artificiel (l’Histoire de la musique, de l’Art et plus spécifiquement, l’histoire du monochrome).

Je reviendrais sur ces phénomènes de paréidolies culturelles ultérieurement, mais quoi qu’il en soit, voilà encore un document en ligne, en libre consultation, à l’importance historique incalculable.

 

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Le régime nocturne de l’image

J’aime les photographies que je pourrais faire, ou que j’aimerais faire. (Je parle ici de mon goût, et j’ai décidé d’illustrer ce goût avec des choses amies).

Commençons par les carrés d’ombre de Régis Feugère 

Un paradoxe,

Car nous vivons à l’ère de la grande lumière, celle de sa victoire totale sur l’ombre…

Régis Feugère assombri

Non ! Non non, nous vivons à l’ère de la grande lumière, celle de notre victoire propre sur l’obscurité du ciel nocturne. Nous éclairons nos ombres, les chassant partout, internes externes. Et pourtant, Victor Hugo déjà l’avait compris, Satan est insomniaque. L’enfer n’est pas cosy, il est en pleine lumière, crue, pleine lumière de l’aveuglement, pleine lumière de l’insolation (Sekhmet en Égypte antique), et quand on veut torturer, on supprime la nuit. Le regardant panoptique, c’est nous, sur nous même, Satan condamné à se re-garder lui-même, à s’observer sous toutes les coutures, toujours, à s’ausculter le derrière, sans l’ombre d’un poil. Notre enfer est lisse, chaud et lumineux.

Souvenez-vous : la vie de l’espèce, millénaire, à lutter contre la nuit ! Et la victoire maintenant, tellement victorieuse que nous en sommes là, ici, jusqu’à devoir nous battre contre une si étrange (si honteuse ?) « Pollution lumineuse ».

Quel retournement ! C’est nous qui voulions tout voir, de peur. La vérité, c’est que dans toute cette lumière, on ne voit même pas le bout de nos pieds. La vérité, c’est qu’on avance dans une poisse, qu’on n’est pas plus voyant qu’avant. Qu’après un gros siècle de chimie et de psychanalyse, aucun de nos vrais tourments n’a été calmé, les études comportementales ne font que produire des politiques déviantes, les prédictions se plantent toujours, et on y voit toujours pas plus loin que la portée des phares dans la nuit, à peine assez pour négocier le prochain virage. Et encore, avec cette petite piqûre d’adrénaline qui annonce la sortie de route possible. Rien de plus, rien de moins qu’un surfeur en équilibre sur la vague la plus meurtrière.

À la frontière entre la lumière et l’ombre, comme l’espèce, j’ai peur de l’ombre, et pourtant j’aime les manières noires. Fascination pour ce qui risque d’apparaître ? Fascination pour ce qui va disparaître ? Fascination enfantine pour ce qui fait peur ? Mes peurs sont des peurs enfantines, et nos peurs enfantines sont des peurs ancestrales. Les peurs ancestrales sont plus fortes que les névroses bourgeoises. J’en suis persuadé depuis longtemps, l’œdipe est un luxe accordé aux survivants, ceux qui on survécu au noir, à la dévoration, au prochain virage, au destin de gibier, de réserve de protéine, de champs de champignon et larves parasitaires…

L’image (toutes) est entre son apparition et sa disparition, autant dans le noir que dans le blanc, autant dans l’ombre que dans la trop grande clarté. Et je ne saurais choisir entre les apparitions/disparitions dans le blanc, et les apparitions/disparitions dans l’ombre, comme je ne saurais savoir si les frontières de l’ombre de Régis Feugère racontent la disparition du monde ou l’espoir du chemin.

http://www.regisfeugere.com/

Photographies de Régis Feugère extraites de sa série “Kunizakaï” 2012

J’ai emprunté le titre de ce billet à Gilbert Durant, in “les structures anthropologiques de l’imaginaire”.

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Le 15 juillet, chez Golo

Cette semaine, je suis passé faire un ultime petit reportage photo sur la fin de réalisation du prochain livre de Golo, qui sort en octobre : le premier tome d’« Istrati ! ».

C’est le projet immense d’une synthèse BD en deux fois 200 pages environ des écrits autobiographiques de Panaït Istrati, écrivain roumain du début du XXe qui choisi d’écrire ses romans en français.

Comme B. Traven dont Golo a déjà réalisé une biographie en BD, Istrati est un éternel vagabond, qui fuit plus qu’il ne voyage. Et je sais aujourd’hui à quel point Golo aime ces exilés volontaires qui sont ses frères d’âme, lui qui eut aussi sa « fuite en Égypte ». 

Je reparlerais du livre à sa sortie, en octobre, puisque Golo m’a permis de faire partie des premiers lecteurs (privilège de voir des livres se fabriquer autour de moi). Mais en feuilletant le premier tirage papier, annoté des corrections,  je suis tombé en arrêt devant une sublime double page mettant en scène une rixe sous la pluie, et je n’ai pas résisté à la photographier et à la poster ici tout de suite, “pour patienter” :

 

Portrait de Régis Feugère - Photo Alain François

Portrait : Régis Feugère

Je suis passé voir Régis Feugère dans son “magasin de papiers“. Je voulais réaliser un portrait, spécifique, sachant d’avance que “ça n’arriverait pas”. Comme d’habitude, je me suis laissé aller à la situation.

Régis m’a offert un café, et j’ai eu tout le loisir d’observer la très longue performance d’un étrange client excentrique, anglais peut-être, se présentant comme “écrivain”, ou “scénariste”, accompagné d’un adorable Herdal à trois pattes.

Peu importe, je suis revenu avec un portrait présentable, et rien n’est plus ennuyeux que de réaliser ses projets…

Portrait de Sophie Guerrive - Photo Alain François

Le coup de l’élastique

Tiens, à propos de Sophie Guerrive, elle me raconte qu’hier, sur le tournage d’un petit reportage d’Arte, le réalisateur lui a demandé de faire « la même chose avec l’élastique, comme sur la photo ». Cette photo :

http://littleasia169.tumblr.com/post/123033536790/sophie-guerrive-photographie-alain-françois

 

Et toujours à propos, j’ai donné aujourd’hui à l’usage commun cet autre portrait de Sophie pour Wikimédia :

Sophie Guerrive en résidence à la Cité Internationale de la bande dessinée et de l'image

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“Batailles”, toute l’Histoire selon Sophie Guerrive

Le nouveau livre de Sophie Guerrive est un leporello : une unique longue bande pliée en accordéon de manière à pouvoir la feuilleter par double page, ou la déplier (mais il faut avoir un peu de place), présentant un unique dessin de 6 mètres de long racontant l’histoire des hommes, de leur conception par des extraterrestres (comme chacun sait, et surtout les amateurs de nanars US) à leur disparition catastrophique (prévu exactement pour très bientôt).

Si ce long dessin est édité aujourd’hui en leporello par les éditions ION, c’est à l’origine un volumen, que Sophie Guerrive a dessiné directement sur le rouleau de papier, selon le principe narratif linéaire de la tapisserie de Bayeux, et pas du tout en pseudo-rotulus comme cet escroc de Kerouac…

En fouillant, j’ai retrouvé dans mon album tumblr trois photos du rouleau originel en chantier, l’une du 30 juin 2014, et les deux autres du 6 janvier 2015. Ceci marquant autant l’importance du temps de réalisation que la difficulté à éditer un tel objet aujourd’hui.

Même si Sophie Guerrive a sorti plusieurs livres entre temps, dont le “Capitaine Mulet” dans lequel on retrouve cette même propension au pastiche d’un esprit médiévale, ce dessin a nécessité, pour le moins, un certain entêtement maniaque…

Les bouts du rouleau en chantier, où l’on distingue les annotations sur la période des combattants (octobre 2015) :

 

Le rouleau sur le sol de la Maison des auteurs, Angoulême

C’est donc un seul et unique dessin narratif, qui va d’un étrange début de l’humanité à sa fin en ultime échappée, par accumulation de petites scènes violentes qui se regardent et se lisent de gauche à droite, évoquant des souvenirs mythifiés de notre chaotique histoire réelle, mélange de mythes anciens (Prométhé) et contemporains (les extraterrestres démiurges), remplies de détails cocasses, humoristiques et grotesques. Il y a d’ailleurs paradoxalement quelque chose de vivant et joyeux dans cette longue théorie de massacres et catastrophes.

Procédé emprunté aux primitifs et à l’Art de la fresque, la continuité du dessin est assurée par une unité de lieu en arrière-plan, quelle que soit la disparité temporelle ou géographique des scènes. Malgré sa grande fantaisie, l’ensemble dessine un autoportrait tragi-comique de notre espèce malheureusement plutôt réaliste.

Le leporello sur le site de l’éditeur : http://ionedition.net/livres/batailles/

Quelques aperçus :

Les photos de Paul #2 : une romance

L’été dernier, j’ai consulté et scannérisé les archives photographiques que mon grand-père paternel à la suite de la mort consécutive de quelques membres de ma microscopique famille. Ce grand-père fut toute sa vie un photographe amateur parmi tant d’autres. J’ai entrepris d’écrire de petits articles sur ce fond de photographie familiale. Le premier post sur le sujet :

Les photos de Paul #1 : une passion familiale

La romance

 

Le contexte : Ma grand-mère habite en Moselle, une petite ville qui enjambe la frontière entre la France et l’Allemagne. En 1937, naît le projet de déplacer les populations d’une « zone rouge » en cas de conflit avec l’Allemagne. À partir du  2 septembre 1939, 374 000 alsaciens et mosellans ont dû quitter leur maison en emportant chacun 30 kg de bagages et 4 jours de vivres.

La famille de ma grand-mère est placée dans un train (historiquement, ça commence le 24 août 1939) en direction du sud-ouest de la France. La mythologie familiale raconte que mon arrière-grand-père en a marre avant la destination finale et ils s’arrêtent dans le nord de la Charente. Ils sont placés dans un logement dans un village aussi petit, austère que misérable. Ma grand-mère, adolescente, rencontre un garçon de ferme, un orphelin placé là par une institution religieuse qui s’est enrôlé dans l’armée avant même la guerre, pour s’enfuir. Ce garçon de ferme a de son enfance une passion pour la photographie et la lecture

Après la signature de l’armistice, en juin 1940, les Allemands exigent le retour des évacués. Le 19 septembre 1940, la famille de ma grand-mère repart vers la Moselle. Entre temps, de permission en démobilisation, une idylle s’est nouée.

Entre la fille déplacée :

Et le garçon des champs enrôlé :

La veille du départ, le père de ma grand-mère offre une photo de sa fille à mon grand-père, ce qui montre que ce dernier a été rapidement « adopté » par cette famille exilée. C’est une photo qui date de quelques années, déjà, une photo de studio, largement retouchée, peau lissée, contour et yeux redessinés, selon l’usage du moment.

 

Entre août 1939 et septembre 1940, une guerre mondiale, et une simple histoire d’amour, dans un village perdu…

 

La petite famille frontalière, qui n’a jamais su si elle était française ou allemande, repart en Moselle le 19 septembre 1940. Ils seront restés quelques mois dans le nord de la Charente, juste le temps de nouer des liens indéfectibles. Et ma grand-mère ne supportera pas longtemps d’être séparée de son fiancé. Elle a raconté une seule fois, 3 ou 4 ans avant sa mort :

« Mon père était très moderne. Il nous laissait “fréquenter” (elle et sa soeur), et quand j’ai voulu repartir, il a accepté que je traverse la France toute seule… je suis parti en train, avec une petite valise. Mais à un moment, un groupe de soldats allemand est monté dans le train. J’étais assise en face d’un vieux soldat allemand. Il a vu la patrouille, et m’a dit “n’ai pas peur. Je vais leur dire que la valise est à moi, sinon, ils vont te la voler”. Et c’est ce qu’il a fait. Et j’ai gardé ma valise, sinon, c’est vrai, ils volaient tout ! »

Le selfie raté

Pour moi, la surprise est double : découvrir une véritable histoire d’amour et en trouver autant de traces dans les photographies, au point, aujourd’hui, de pouvoir reconstituer sa chronologie.

L’histoire que racontait la famille était celle-ci : mes grands-parents paternels se sont rencontrés pendant la guerre, et ma grand-mère avait eu le choix entre partir vers le front comme infirmière ou se marier avec un militaire, mon grand-père… Une histoire peu romantique, mais assez romanesque.

Version peut-être corroborée par ces photos, sans que je puisse les insérer avec certitude dans la chronologie :

Mais des autographes manuscrits bienvenus, sur quelques photographies, racontent une tout autre histoire, bien moins pragmatique que le récit familial :

Alors que la France est occupée, tout va très vite. Il n’y aura pas de mariage en blanc. On s’habille avec ce qu’on a, et on se réunit avec ceux qui restent. Alors que la rencontre est documentée de manière très romantique, il n’y a pas de photographie de mariage identifiable.

J’aborderais la guerre de Paul dans un autre chapitre. C’est le temps des tickets de rationnement. Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère était encore remontée contre le trafic des autorités, autour de ces tickets, dont les plus démunis se faisaient largement spolier.

 Mon père naît le 29 juin 1942, il a donc été conçu en octobre 1941.

Ensuite, la suite (le couillon au chapeau, c’est mon père) :

 

 

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Urgence urbaine

On construit des lieux pour accueillir la détresse qui ressemblent à l’antichambre de l’enfer… Comme ça, les soignants y souffrent comme les blessés, dans une belle communion d’âme.

Devant moi

Devant moi, à trois mètres, un ouvrier démonte l’échafaudage, libre, sans protection, habillé de vêtement de travail en lambeaux, littéralement en lambeau : des filaments de textiles hirsutes pendent des poches retournées, comme le dernier des clochards. Il se penche vers moi, sans me regarder, pendant dans le vide, pour désolidariser l’échafaudage du mur. Ensuite, il teste l’équilibre de l’ensemble, qui brangeole dangereusement, et son collègue, en contrebas, fait une moue dubitative. Je me demande s’ils vont laisser la tige filetée dans le mur, maintenant qu’elle est difficilement accessible. Mais je ne pense qu’à une chose : je ne veux pas qu’il tombe sous mes yeux. Déjà, l’un de ses collègues, tout à l’heure, démontant un pan lourd de l’échafaudage, se l’est fait tombé dessus par maladresse et a été sauvé par les murets. Ils sont maladroits, nonchalants, et comme à l’abandon. Pourtant, le travail avance, même si l’évacuation d’un des leurs par les pompiers, il y a quelque temps, ne semble pas leur avoir servi de leçon.

 

Côte ouest (de la France), vélo, smartphone & réminiscences

De temps en temps, par souci de légèreté, j’utilise encore le smartphone comme appareil photo. Pour faire des photographies « volées », sans s’arrêter de rouler à vélo par exemple, le smartphone est idéal. J’ai appris à anticiper, à le tenir [presque toujours] droit, et à déclencher d’un frôlement de doigt ou grâce au bouton sur le côté.

Même s’il y a maintenant une saleté dans son optique gadget qui produit une petite tâche sombre, son usage me permet de jouer avec les filtres et avec les réminiscences qu’ils provoquent. Comme, par exemple, évoquer cette petite photographie de ma grand-mère (à gauche) pendant une promenade à vélo prise par mon grand-père paternel à l’époque de leur rencontre. Je construis ainsi un étrange pont temporel entre deux époques lointaines, entre persistance des formes, pratique de la photo souvenir/romantisme intact de la promenade à vélo, et gouffres générationnel et technologique…

Avec un filtre numérique noir et blanc crachouilleux (modifié et amélioré selon mon goût : un peu plus dur que les photos de mon grand-père)), imitant les aléas techniques du matériel bas de gamme des années 40 et des tirages papier minuscules, je ramène un petit reportage troublant d’une promenade sur une piste cyclable parfaitement contemporaine glissant au bord de l’océan Atlantique (environs de La Rochelle).

Petit surplus de trouble temporel parfaitement inattendu :  la découverte au bord de la piste d’une collection de jolies petites villas modernistes toutes neuves jouant leurs propres jeux de réminiscences, entre les années 20 de Mallet-Stevens, le modernisme californien, où même la parodie de « Mon oncle » de Jacques Tati…

Portrait de Rojer Féghali - Photo Alain François

Calligraphique, chorégraphique, ésotérique Rojer Féghali

Une nouvelle série de portraits photographiques de Rojer Féghali, jeune artiste Libanais, peintre, collagiste et graveur, qui aime tout mélanger et est toujours prêt pour la fête !

Lola Lorente à l’interphone

Cette photographie de Lola Lorente, dessinatrice espagnole, répondant à l’interphone de l’appartement de Golo, illustre parfaitement ce que je fais : voler un pseudo temps suspendu (qui n’a jamais eu lieu) dans un mouvement inconscient.

Le dessin en haut, est extrait de la version espagnole “Sangre de mi sangre“, 2012, de son livre préalablement édité en français par Cambourakis : “Chair de ma chair