littérature

Tu veux qu’j’te dise ?

Il paraît qu’Éric Chevillard est le plus grand écrivain français vivant. Ouaip, c’est ce que disent ses copains, les autres vivants… Mais c’est ses copains… Alors, je sais pas trop… parce que j’ai tellement arrêté de lire beaucoup que j’ai fini par ralentir, et du coup, j’ai du retard… 

Plus le temps de comparer avec tous les autres, les vivants…

Alors j’sais pas jusqu’où il est grand, mais c’est un sacré marrant, le Chevillard !

Tirade (sur “Juste Ciel” d’Éric Chevillard)

Je crois que j’aurai aimé, comme le moindre « mort » de “Juste Ciel” d’Éric Chevillard, avoir parfois ce genre de réparti, pour remplacer, éviter, et fuir même, des dialogues incohérents, maladifs, insensés, mortifères, psychomécaniques, attendues, à l’issu si écrites qu’on préférerait s’arracher la langue plutôt que les avoir prononcé, plutôt qu’y avoir joué et perdu d’avance, perdu d’avance, parce qu’il y a des échanges qu’il est préférable de ne pas avoir, contre le culte de l’expression, de l’éclairage, de la mise à plat, des points sur les i, des regards en face, et de toutes ces saletés de vérités débiles qu’on s’imagine devoir dire au mauvais moment :

« Sais-tu qu’en ce mo­ment même, à cet ins­tant, des man­drills errent dans l’ombre rose d’une sa­vane, une vieille dame s’écroule morte dans la rue, une sau­te­relle vert amande ef­fec­tue un bond, une bille roule sous un buf­fet, une sta­lac­tite de glace se dé­tache d’un pi­ton, une chèvre met bas, un ado­les­cent fait à ses pa­rents l’aveu de son ho­mo­sexua­li­té, une vague se brise sur un ro­cher, un grain de riz choit sur un col, une pièce de puzzle ir­ré­mé­dia­ble­ment s’égare, une bour­rasque em­porte un toit, un poète trouve une rime, une corde de gui­tare casse, un cy­cliste se frac­ture la cla­vi­cule, un in­cen­die se pro­page aux étages, une femme se cambre et jouit, un coup de feu part, un cygne plonge, un gâ­teau sort du four, un Van Gogh est au­then­ti­fié, des che­mi­nots se mettent en grève, un nuage de­vient un aigle, un ten­nis­man smashe, un ra­dis germe, un bébé vo­mit, un vin tourne, un cou­teau la­cère un corps, un éco­lier triche, un gar­çon de café tré­buche, une ba­nane est pe­lée, un la­cet se rompt, une hor­loge s’ar­rête, un sa­pin se couche, un cam­brio­leur pé­nètre par ef­frac­tion dans une vil­la de bord de mer aux vo­lets bleus puis dé­robe une pe­tite gui­tare es­pa­gnole, un groupe folk­lo­rique ré­pète son qua­drille, une pros­ti­tuée re­fuse un client ivre, du lait bouillant dé­borde de la cas­se­role, deux dé­mé­na­geurs dé­chargent une ar­moire, une au­to­mo­bile per­cute un mur, un gru­tier grimpe dans sa ca­bine, le cours d’une ac­tion s’ef­fondre, une fillette ra­masse une plume, un che­val se­coue sa cri­nière et chie, un homme brun se dé­bar­rasse d’une chi­que­naude du mé­got de sa ci­ga­rette, un homme blond aus­si, un écri­vain s’es­saye à autre chose, un cer­cueil des­cend dans une fosse, un cœ­la­canthe se pro­pulse vers l’ave­nir d’un coup de queue, une mé­téo­rite se dés­in­tègre en en­trant dans l’at­mo­sphère, une four­mi bi­furque, un mar­teau s’abat, en ce mo­ment même aus­si, Pal­myre, et d’ailleurs à chaque ins­tant, tout cela reste vrai. »

Sinon, que ce livre est drôle. Et tendre. “L’avenir n’existe pas”, message de l’au-delà.

Et noter, la naissance de la poésie, chez le personnage, de l’amour pour une morte ancienne comme http://bonobo.net/dialogue-sur-la-fille-virtuelle

Petit tremblement : Je dis, dans une autre sphère, mais exactement trente secondes avant : “je ne comprends pas pourquoi se faire épiler les sourcils doit vider les sinus ? Pourquoi ?” sans réponse, et je retourne à ma lecture, je tourne la page que je viens de terminer, et lit :

« On ne lui a seule­ment pas ex­pli­qué pour­quoi l’ar­ra­chage d’un sour­cil pro­voque l’éter­nue­ment. »

Heu… Tu te calmes, Chevillard, et tu restes dans tes livres, bien virtuel, bien loin, et sans interférer avec ma vie S.V.P. !

Non, mais quelle malice ! (dans le livre, et l’interférence avec mon continuum)

Qu’est-ce que ce livre est drôle !

Tu veux te soigner de tes petites misères ?

Passe par « à vau-l’eau » de Huysmans. C’est libre, donc gratos, et c’est un dépuratif, pour utiliser un terme dans le ton, des humeurs contemporaines si promptes à oublier la condition, la notre, et se souvenir qu’on s’en sort pas si mal.

Et son fonctionnaire dépressif annonce des littératures du XXe siècle, et Bartleby…

Au passage, noter que chaque génération pleure sur un Paris disparu. Ce qui tendrait à prouver que Paris passe son temps à disparaître. Image amusante.

Et puis, ça finira bien par arriver !

 

ou là :

Les gardiens des livres

Une lecture du livre “Les gardiens des livres” de Mikhaïl Ossorguine, sur l’aventure de “la Librairie des écrivains”, pendant la révolution Russe

Read More →

L’Album primo-avrilesque toute l’année

Avant d’oublier, noter que l’historique et problématique “Album primo-avrilesque” d’Alphonse Allais (éditions 1897) est en ligne sur Gallica :

« Problématique », car il pose la question de la réévaluation a posteriori d’œuvres, et même d’objets plus où moins volontaires, que l’Histoire dévoie de leur finalité première (le rire, ici) pour les intégrer dans un récit aussi cohérent qu’artificiel (l’Histoire de la musique, de l’Art et plus spécifiquement, l’histoire du monochrome).

Je reviendrais sur ces phénomènes de paréidolies culturelles ultérieurement, mais quoi qu’il en soit, voilà encore un document en ligne, en libre consultation, à l’importance historique incalculable.

 

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Dans le con d’Irène

Je suis chagriné, presque honteux de n’avoir lu “le con d’Irène” de Louis Aragon que maintenant. Surtout que ce con-là, j’ai l’impression de le connaître depuis toujours (et je pensais même l’avoir déjà dans ma bibliothèque).

Non, et jamais lu. Pourquoi ? Pas croisé. Pas croisé, simplement.

Aucune importance, l’injustice est réparée, et peut-être est-ce mieux, car je ne suis pas sur d’en avoir goûté tous les sucs, plus jeune. En particulier la motivation passionnelle, de celles, des passions, qui font pondre des phrases comme ça.

Car quelle surprise ! Le con d’Irène, texte maudit parmi les textes maudis, caché, censuré, au titre tronqué du con par Régine D., renié par Aragon, enfin suffisamment vieux pour paraître sans heurt en 2000 seulement, c’est-à-dire 74 ans après son écriture, n’est pourtant pas un texte érotique (mais le scandale n’était-il pas dans ces deux portraits de femmes qui se comportent en tout “comme des hommes” ?). Ce n’est pas un texte de genre, mais juste, simplement, tranquillement, un pur chef-d’œuvre de la littérature. Une merveille d’écriture sensible et sentimentale. Quelle force et quelle beauté dans ce con-là !

Au passage, cette parcelle qui vaut pour le tout (d’un inachevé et refoulé grand roman), le vaut doublement, puisque, d’une certaine manière, bien d’autres suivants sont entier contenu dans ce texte supérieur.

Pour la route :

« Un grand vent qui sortait de la mer creuse et noire, qui sortait de la mer pleine de noyés nus, un grand vent souleva, gonfla, le rideau de percale avec un bruit de ris soudain dans le hunier. On avait vu de mauvaises mines sur la route : visages de poussière, coléreux. Une nuit surnaturelle prend tout à coup le pays à la gorge des collines salées aux bas-fonds des marais où erre on le sait trop le feu grisou qui je le jure est l’âme revenante des enlisés ou pour être juste et rapporter l’opinion commune à tous ceux qui pensent avoir secoué à jamais le manteau souris des superstitions la combustion inexpliquée et détonante du gaz méthane des tourbières, et il n’y a pas là de quoi s’inquiéter, même à la nuit, même à la nuit surnaturelle qui s’abat soudain vers les quatre heures des bocages bleus aux combes humides, alors qu’il rôde quelque part un homme, magnifique à en croire le voiturier de retour de la gare, sous les premières gouttes larges de la pluie et dans le désordre des herbages frissonnants de la panique prévoyante des insectes. »

 

Si j’avais de l’argent… l’édition originale avec les illustrations d’André Masson, oui

 

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Le temps aujourd’hui

Impossible de savoir que nous sommes au cœur de l’été. L’air qui tombe de la fenêtre pour me rafraîchir le menton pourrait être de septembre ou octobre. Seul le niveau d’activité de la ville, anormalement bas, indique qu’il ne se passe pas quelque chose. L’Italie se dessèche et mes amis habitant au sud du pays gillent. Ici, c’est déjà l’automne. En bas, loin, fourmis, quelqu’un fait des circonvolutions sur un vélomoteur autour d’un autre, à pied. Évocation d’adolescence. En me levant, la résolution : profiter qu’ils soient tous en vacances pour me concentrer, et puisque fauché, au moins travailler (avec derrière cet espoir d’être content de ce qu’on a fait, d’en tirer cette satisfaction fugace, mais équilibrante, une seconde de calme).

J’ai ressorti la théorie postcoloniale d’Homi K. Bhabha, dans quel espoir ? Celui de trouver, peut-être quelques outils sur des questions qui s’imposent, là, depuis quelques jours. Depuis que j’ai écrit un article qui a levé un lièvre. C’est chiant, tu écris, et sort quelque chose d’inattendu, quelque chose de plus ambitieux, et tu sais que tu ne pourras pas publier ce que tu viens d’écrire avant d’avoir résolu cette nouvelle chose. C’est chiant.

 

 

maman agonisait lentement

J’ai différé jusqu’à cet âge, d’un début de vieillesse, pour lire Claude Simon. Je dois avouer que je goûte chaque phrase comme une douceur de fin de repas. Et ceci, malgré l’insanité sociale… Il faut bien s’y faire, si on veut lire.

Pourtant, je finis par voir le système de l’écriture, son esthétique, et à en être agacé parfois.

Mais c’est beau, oui, et ça roule sans heurt, plus chaud qu’en général chez ces nouveaux qui n’ont plus rien de nouveau.

Je voulais juste retrouver quelque chose qui peut se lire à haute voix.

Et même si parfois on n’a plus aucune idée de comment commençait l’interminable phrase qui se termine par

« puis s’éloignaient peu à peu avant de mourir entre les pins, les poussiéreux buissons de lauriers et les massifs bordés d’iris dans le jardin où couchée comme une sorte d’épouvantail sur cette liseuse recouverte de cretonne à fleurs, que selon les heures on déplaçait sur le gravier en suivant la marche des ombres, maman agonisait lentement.  »

En attendant

Quoi ?

Je ne sais pas, mais j’ai repris mes lectures du petit déjeuner. Certains écoutent la radio. Je ne sais pas faire ça. Et je lis “Le Tramway”, de Claude Simon, avec un certain… soulagement.

Je sens bien comme je n’ose avouer, par sympathie pour l’écrivain, comme j’ai été contrit par ma lecture des trois Vernon. Comment j’avais besoin de retrouver une écriture qui investit quelque chose dans l’écriture, et pas dans ce que ça raconte. Car je m’en fous, de ce que ça raconte ! T’imagines un amateur de peinture qui te dit « moi, ce que j’aime, c’est les Arlequins, en peinture ! » (Mais pas plus “les madones”, “les bords de mer”, les…). Non, le sujet, on s’en fout, évidement, ce qui compte, c’est le traitement. Le sujet, quel qu’il soit, est porté par le traitement. Ou pas…

Et pour me laver de l’inconstance et des catastrophiques effondrements de l’écriture de Despentes, j’ai ressenti le besoin de me plonger dans un bain d’une autre envergure.

J’ai trouvé une écriture-chant, enfin.

Oublier d’écrire

Ce que ça veut dire.

S’en souvenir en lisant Archipel et Nord de Claude Simon. Parce que je repousse depuis des années la lecture des Géorgiques : “pas le temps”.

Devoir accepter cette frustration, à la lecture des trois Vernon Subutex de Despentes. Cette cruelle absence. Ce malaise devant quelque chose comme une naïveté coupable. Et cette absence. Cette écriture sans quelque chose.

La semaine dernière

Je me dressais en équilibre sur les pédales pour saisir les branches les plus basses des mûriers platane alignés sur la piste cyclable de la plage pour manger quelques-uns des fruits les plus noirs.

Devant moi

Devant moi, à trois mètres, un ouvrier démonte l’échafaudage, libre, sans protection, habillé de vêtement de travail en lambeaux, littéralement en lambeau : des filaments de textiles hirsutes pendent des poches retournées, comme le dernier des clochards. Il se penche vers moi, sans me regarder, pendant dans le vide, pour désolidariser l’échafaudage du mur. Ensuite, il teste l’équilibre de l’ensemble, qui brangeole dangereusement, et son collègue, en contrebas, fait une moue dubitative. Je me demande s’ils vont laisser la tige filetée dans le mur, maintenant qu’elle est difficilement accessible. Mais je ne pense qu’à une chose : je ne veux pas qu’il tombe sous mes yeux. Déjà, l’un de ses collègues, tout à l’heure, démontant un pan lourd de l’échafaudage, se l’est fait tombé dessus par maladresse et a été sauvé par les murets. Ils sont maladroits, nonchalants, et comme à l’abandon. Pourtant, le travail avance, même si l’évacuation d’un des leurs par les pompiers, il y a quelque temps, ne semble pas leur avoir servi de leçon.

 

Un très beau livre (sur “En Corée” de Yoon-Sun Park)

J’avais déjà parlé sur ce blog de En Corée de Yoon-Sun Park. Je ne vais donc pas reparler du contenu de cette réédition-compilation que les éditions Misma viennent de sortir. Au-delà du fait que c’est une excellente décision d’éditeur, que ce « contenu » de trois livres autoédités va être ainsi mieux distribué et simplement plus visible, je dois avouer que c’est aussi une très bonne surprise ! Pour une fois, l’écrin est à la mesure de l’œuvre.

Je pense que l’éditeur a voulu évoquer l’excellence de l’édition japonaise, qui sait faire de très beaux livres. En gros, une évocation “asiatique” assez large, inspirée peut-être des éditions françaises des livres de “Ma vie manga » d’Osamu Tezuka chez Kana (qui avait édité aussi « Dans le studio Ghibli » de Toshio Suzuki dans un esprit similaire). Ce serait donc du japonisme, pour l’inspiration, même si l’autrice est coréenne. Mais je ne connais pas assez les différences entre éditions japonaises, coréennes ou chinoises… le livre de Yoon-Sun édité par Misma est à mon goût beaucoup plus beau que ces mignons petits livres de chez Kana. Il est plus sérieux, un poil plus austère et son cartonnage sera moins cassant.

L’impression est tout aussi impeccable que la reluire, avec au centre, la réédition du supplément « encore en Corée » sur fond gris. Les livres de bande dessinée sont en général si laids (bon, surtout en franco-belge, où il y de quoi se crever les yeux) que ce très très beau livre dénote.

Un objet qu’on a autant envie de tenir en main que de ranger en bonne place dans sa bibliothèque. La classe !

Mon article sur l’édition antérieure :

En Coree en France de Yoon-Sun Park

EnregistrerEnregistrer

Zygoptère

Hier après-midi, j’écris ici, et je suis alerté par un bruit derrière le rideau, à 10 cm de mon épaule droite… Je m’écarte, pensant à une guêpe prisonnière entre le textile et la fenêtre. Mais le bruit ne correspond pas. Je n’entends plus rien, et pense même avoir rêvé, quand ça reprend kzzzzzzz, kzzzzzzz, kzzzzzz, petit bruit sec, net, pas un vrombissement. Petit rituel, du soulèvement du rideau, délicatement, ne sachant ce qu’on va découvrir…

Une Demoiselle se cogne la tête au double vitrage, têtue.

Perdue un peu loin du fleuve. Évacuée, libérée.

Rerefoule

Cette impression, en ce moment, de retour du refoulé. Ou de rattrapage…

Bon, en attendant, c’est franchement n’importe quoi ce blog ! ça parle de quoi en fait ?

Par goût

Par goût, j’aime les extrêmes, les monochromes blanc, les monochromes noir, et tout ce qui les transgresse, perce, transpire, transparaît, apparaît, sali, suinte, expire, exaspère, éclabousse leur immaculée, autoritaire, austère radicale monochromatique unicité. J’aime quand le complexe subtil vient pervertir la pulsion mortifère, infantile et fasciste de pureté. Contre les constipations, j’aime la tension entre le détail, l’inutile décoratif, la joie du chatoiement et la brutalité d’un tout trop rigoureux, trop homogène. Je préfère le presque rien au rien, une suture de béton dans une masse, une nervure dans un Zumthor. Une trace de disque abrasif sur du poli. Entre le propre et le sale, je suis pour la souillure. Je suis pour les extrèmes contrariés, le minuscule qui semble immense et l’immense qui passe pour minuscule. J’aime le hors d’échelle, l’imposant, l’impossible. J’aime la rouille d’un gigantesque Serra, et tous les agrégats des autres.

 

Vulcain

Ce matin, au réveil, je rentre dans le salon, m’approche de la fenêtre, l’ouvre, et vais m’écarter quand se pose un visiteur rare. Je suis surpris. Je croyais déjà habiter un monde sans eux. Un monde stérile. Je n’aurais pas le temps de le prendre correctement en photo.

Il y a 40 ans, je les épinglais, inconscient, ils formaient des nuées qui s’échappaient devant mon épuisette.

Tarot de Céline Guichard

Somptueux tarot de Marseille

Ce matin est arrivé le colis des exemplaires d’auteur du tarot de Marseille que Céline Guichard a réalisé pour l’éditeur tout aussi marseillais « Le dernier cri ».

Pour ce tarot portfolio, Céline Guichard aurait pu choisir de s’approprier totalement l’exercice, de le moderniser à outrance, de le dévoyer et l’embarquer loin… Mais elle a préféré respecter la tradition pour dessiner les véritables arcanes majeurs, celles qu’on utilise pour la divination, tout en distillant discrètement ses codes habituels. Le résultat est superbe, déjà, et étonnant, évoquant à la fois les lames traditionnelles, l’imagerie d’Épinal, et rénovant la symbolique implicite et souvent très incertaine des figures ancestrales.

Entre interprétation classique et réinterprétation, le dépoussiérage guichardien est à l’image de ses travaux habituels : humoristique et explicite. Ainsi, l’érection du pendu dépasse de son slip, l’étoile tire la langue, l’amoureux présente un trio homosexuel, on devine ce que fait la papesse sous son livre… etc. De quoi observer, découvrir, et provoquer une nouvelle vague d’exégèses !

Tiré à 500 exemplaires en offset 6 passages couleurs directes, il est en vente chez l’éditeur, ici : http://www.lederniercri.org/prod/celine-guichard-tarot-de-mars-1246,new.html