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Les gardiens des livres

Une lecture du livre “Les gardiens des livres” de Mikhaïl Ossorguine, sur l’aventure de “la Librairie des écrivains”, pendant la révolution Russe

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Un très beau livre (sur “En Corée” de Yoon-Sun Park)

J’avais déjà parlé sur ce blog de En Corée de Yoon-Sun Park. Je ne vais donc pas reparler du contenu de cette réédition-compilation que les éditions Misma viennent de sortir. Au-delà du fait que c’est une excellente décision d’éditeur, que ce « contenu » de trois livres autoédités va être ainsi mieux distribué et simplement plus visible, je dois avouer que c’est aussi une très bonne surprise ! Pour une fois, l’écrin est à la mesure de l’œuvre.

Je pense que l’éditeur a voulu évoquer l’excellence de l’édition japonaise, qui sait faire de très beaux livres. En gros, une évocation “asiatique” assez large, inspirée peut-être des éditions françaises des livres de “Ma vie manga » d’Osamu Tezuka chez Kana (qui avait édité aussi « Dans le studio Ghibli » de Toshio Suzuki dans un esprit similaire). Ce serait donc du japonisme, pour l’inspiration, même si l’autrice est coréenne. Mais je ne connais pas assez les différences entre éditions japonaises, coréennes ou chinoises… le livre de Yoon-Sun édité par Misma est à mon goût beaucoup plus beau que ces mignons petits livres de chez Kana. Il est plus sérieux, un poil plus austère et son cartonnage sera moins cassant.

L’impression est tout aussi impeccable que la reluire, avec au centre, la réédition du supplément « encore en Corée » sur fond gris. Les livres de bande dessinée sont en général si laids (bon, surtout en franco-belge, où il y de quoi se crever les yeux) que ce très très beau livre dénote.

Un objet qu’on a autant envie de tenir en main que de ranger en bonne place dans sa bibliothèque. La classe !

Mon article sur l’édition antérieure :

En Coree en France de Yoon-Sun Park

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Anonymes

Noter au passage qu’il est très difficile de retrouver les auteurs des couvertures de ces  “le livre de poche”… Les collectionneurs, sur les forums arrivent péniblement à identifier quelques peintres et illustrateurs, comme Fontanarosa, Jacques Thevenet, J.C.Forest, Beuville, Franette Guérin, mais butent sur des signatures « Roederer » (Claude ?) où « F.M.». Incroyable qu’on ne sache toujours pas le nom de ces artistes dont les images ont été diffusées par millions !

Il y a quand même un nom qui sort du lot, mais ce n’est ni un peintre ni un illustrateur, mais un graphiste prolifique : Pierre Faucheux, dont les collages hantent nos bibliothèques :

Pierre Faucheux

 

Au cœur de la mélancolie numérique

Oui, en son cœur même il y a la question de la sauvegarde. Lorsqu’on se penche sur ses archives numériques, il y a toujours un petit moment de vertige, devant l’ampleur, devant l’impossibilité physique de trier, ordonner ou même choisir. Alors, on stocke, on stocke dans des volumes de plus en plus grands, qui représentent un deuil d’autant plus grand lors d’une défaillance… J’ai déjà évoqué le traumatisme du premier crash disque, moment important de notre vie numérique. Et ensuite, selon les personnalités, des stratégies différentes. Pour moi et pour beaucoup, pour l’avoir entendu, la stratégie psychologique préférée aux stratégies paranoïaques matérielles : accepter de perdre. Sinon, c’est la course angoissante à la sauvegarde. Read More →

Merveilles

Je découvre avec volupté l’application iPad de notre bibliothèque nationale. Une volupté à accéder directement au fond numérisé. Une fluidité.

Trouve ce que je cherche, en abondance, et “comprend” un pan entier de plus de notre scénario. Chaque jour, je comprends la logique interne de cette histoire, et les choses s’articulent, se déroulent… Que dire ? Accepter ce qui vient.

Pensais ce matin : comme le numérique nous enseigne l’impermanence des choses.

Bib

Je regarde cette petite parcelle de bibliothèque rangée… Je me dis qu’il m’a fallu tout ce temps pour à peine faire frémir ma bibliothèque dans son entier. Et ça me fait flipper. Je sais ce que représente, en poids, les livres que l’on sort de leur étagère. C’est terrible.

Mais je vois autre chose maintenant que les petits poètes sont sagement alignés. Je vois le gros problème de la littérature : les femmes. Ou plutôt, l’absence de femme, ici, puisque sur un rayon poésie, il y en a deux  : Sappho et Emily Bronté… Pourtant, ma bibliothèque est particulièrement féminine. Il y a beaucoup de romancière et d’essayiste. Et je considère depuis longtemps qu’il faudrait réécrire l’histoire littéraire.

Mais là, dans les poètes, des mâles… Comme souvent dans les collections d’anthologies qui privilégient les mâles, toujours les mâles. Alors que ce monde est peuplé de lectrice et que les livres les plus lus sont écrits par des femmes, les Histoires littéraires et les anthologies les négligent.

En fait… Je crois qu’il faudrait réécrire toutes les Histoires. Le Web et l’archivage culturel qui est en cours — archivage massif et mondial — donnent accès à plus de documents que jamais, et ça, en économisant des semaines de recherches et déplacement. J’ai compris ça pour l’Histoire de la BD, quand j’ai découvert la scannérisation massive qu’avaient entamée les collectionneurs US. Aucun historien n’avait feuilleté le dixième de ce qui est aujourd’hui disponible en ligne.

Alors ? Alors il faut tout réécrire !

facebook

La lecture sur l’Ipad s’est installée depuis longtemps. Mais elle prend une autre dimension depuis quelque temps. Et là, même si je sais, si j’ai déjà utilisé et que ce n’est presque rien, le passage de la lecture sur l’Ipad à celle sur L’iPhone, et voir les pages se tourner et s’arrêter exactement là ou on en est, c’est toujours un petit moment épatant. Drôle d’époque !

Mon escapade loin de facebook a duré… Mardi, me rend brusquement compte que je dois absolument contacter « bip » comme il me l’a demandé et que je ne possède pas d’autre vecteur, et que pour un certain nombre de gens, depuis facebook, je ne prends pas la peine d’obtenir d’autres coordonnées, c’est si facile et si immédiat par là, et donc, je suis démuni, socialement… et même, là, pour des contacts professionnels importants. Coincé ! Pas mal facebook ! Le positif de la très courte expérience, c’est que le lendemain, juste le lendemain, mon doigt a eu le réflexe de courir sur les icônes sur l’Ipad, une seconde, et c’est tout, et ensuite ? Ensuite, j’ai juste oublié facebook… Il ne semble donc pas y avoir d’addiction. Sauf que… je vais devoir revoir mon carnet d’adresses, si je ne veux pas être esclave de ce réseau.

C’est cruel et beau

Les humeurs. Je me demande parfois quel sens ça a de poster mes humeurs ici. Et en même temps, je me souviens la première fois que je me suis rendu compte qu’avec les années, ces blogs changeaient ma perception de mon temps. Je me souviens, du malaise, à découvrir que j’avais écrit la même chose à 5 ans d’intervalle, que je revivais les mêmes tourments, que je repassais dans mes traces. Que peut-être, je n’étais que ça, un ressassement perpétuel, mais vieillissant, s’usant, dans une inconscience qui devient une douleur vive lorsqu’elle se réveille… Oui, c’est à la fois précieux et désagréable. Mais il faut assumer ce qu’on est. Une phrase qui veut rien dire…

Comme si on avait le choix.

Julien a réussi. Plusieurs années qu’il tente de me faire inscrire sur Tumblr… OK, c’est l’occasion, là, maintenant, alors que je suis suspendu, paralysé par l’attente, entre deux temps, sans encore savoir, et sans pouvoir agir vraiment. Voilà qui tombe bien, qui me distrait de cette attente. Je déteste attendre, décidément. Tumblr est un réseau social. Quand on aborde un réseau social, on ne comprend rien, et surtout on ne voit rien. C’est froid. Et puis… à un moment donné, quelque chose se passe. On comprend. On passe de l’autre côté, et ça devient chaud, et là, le réseau numérique devient une prothèse. C’est un phénomène fascinant. Hier soir, j’ai senti. Après une semaine à poster et bricoler dans les coins, hier soir, j’ai senti le réseau. C’est devenu chaud, habité, et vivant… Et comme avec facebook la chose pourrait bien m’absorber. Pas trop envie. Va falloir se surveiller. Ha, ces réseaux sociaux numériques ! Comme ceux qui restent loin, ou détachés, ne comprendrons jamais la volupté de la chose ! Et les retombées énormes IRL !

Le changement de civilisation provoqué par le grand réseau, c’est par là qu’il passe. Car la civilisation, c’est des gens, et les gens sont là. Le reste n’est que technologie. Et on s’en fout, de la technologie.

Il y a quelque chose à tirer de Tumblr. Des choses sociologiques, sociétales, pour ce que j’en ai vu. Je laisse venir.

Le premier choc, c’est l’absence de puritanisme. Il n’y a pas de contrôle, comme pour facebook. Tumblr, c’est chaud chaud chaud !

Avec les années, à ne plus être curieux, à rester dans un cercle restreint, ou sur des magasines en ligne à lire des articles trop sérieux, j’avais fini par oublier qu’Internet, c’est avant tout du sexe.
 J’avais fini par oublier les débuts, la découverte, l’ouverture sur le monde, l’explosion brusque des collections, les carnets secrets qui s’étalent, les turpitudes qui s’exposent. Tout ce monde d’images et pratiques rares dans le monde d’avant, enfermé dans des livres spécialisés, planqués dans les placards, occultés par les collectionneurs, qui brusquement débordent dans ton salon ! Un fleuve de vice, un fleuve de pulsion, un fleuve d’expérience, un fleuve de vie.

Tout ce qui fait que le réseau, ce n’est pas une bibliothèque. C’est infiniment plus. C’est comme si toute la société, et toutes ses pulsions vitales habitaient dans l’ancienne bibliothèque. Et pas comme ces lieux sordides, avec ces livres alignés, morts, enfermés et quelques vieilles silencieuses et frigides pour garder sévèrement la solennité des lieux. Me souviens, la première fois que j’ai visité les réserves d’une bibliothèque. La bibliothécaire était fière de me montrer les exemplaires de L’encyclopédie qu’ils possédaient. Elle prend l’un des immenses volumes, immense en plus… et le pose sur une table. Elle ouvre devant moi, pour m’épater, et PAF, elle tombe sur « L’anatomie du phallus », immense comme le livre ! Son trouble, ses joues empourprées, et mon amusement.

Oui, c’est un changement majeur, que la pulsion de vie se mélange avec tout ce qu’on nommait « haute culture », que tout cohabite enfin, contre les anciens cerveaux, accapareurs, voleurs, jouisseurs en secret, élitistes, méprisants, ostracisants, autoritaires…. Tout ces réflexes qui faisaient garder la jouissance pour une caste, en excluant les forces de production, qui devaient, elles, rester concentrer sur le travail, le travail, le travail…

Ici, tout explose. Un ouvrier peut enfin se branler à bon compte, mais aussi faire des rencontres. On ne mesure pas ce que représentent les plateformes de rencontre pour le niveau de frustration sexuelle de la société. Oui, j’avais oublié que le Web, c’était ça, et peut-être avant tout ça. Tumblr, ce n’est décidément pas facebook !

Journée d’étude, le 6 avril : Exposer les arts extra-européens Trans et multimédia, de nouveaux outils muséographiques ?

Une journée d’étude organisée par le GERMA (Groupe d’études et de recherches des musées d’Angoulême) et le Musée d’Angoulême le samedi 6 avril 2013

Je poste ici l’information sur cette journée d’étude, puisqu’Émilie Salaberry,  jouant bassement sur mon sens du devoir, m’a recruté d’office comme monsieur loyal…

Le propos :

“Donner à voir une œuvre dont les dimensions fonctionnelle et esthétique, matérielle et immatérielle sont intimement liées, tel est le défi des expositions d’arts extra-européens. Read More →

Eros et rail

Quand le rail te mène au mur…
Je veux de nouveau ouvrir ma vie.

Donc, me débarrasser méticuleusement de mes entraves. Et ne pas avoir peur du vide. Parce qu’évidemment, nous sommes si bien dans la servitude, si douillettement enfoncée dans nos habitudes, que le moindre changement fait peur. Avec l’obligation, peut-être, horreur des horreurs, de devoir choisir. Mais le choix est toujours un leurre. Ou plutôt, si le choix existe, il est toujours contraint et les choses se décident dans cette mélasse de causes qui compose les instants de notre vie. Alors, pourquoi avoir peur ?

Ouvrir. Il faut détruire des murs, jeter sans regret, sans se retourner. Avancer vers le vide, celui qui offre le plus de liberté. Se méfier des rails. Regarder au loin, l’horizon, pour repérer les murs. Je vais tester, me tester, savoir si je suis encore capable d’avancer sans me retourner, de reprendre à zéro, sans peur, sans hésitation.

Et la peur se mélange toujours à l’excitation, cette excitation animale à sentir les possibles… Retrouver le plaisir de sentir sa vie… Le vrai sens de l’érotisme…

Ces derniers mois, j’ai regardé ma bibliothèque avec un regard neuf. Elle n’est plus la prothèse qu’elle a été toute ma vie, cette machine étrange qui me permettait d’un regard de retrouver une phrase, un auteur, qui m’aidait à penser seulement en la parcourant des yeux, mais une falaise massive, une masse insurmontable que je ne peux plus envisager de porter, physiquement, et donc de déplacer… Ce mur m’ancre, me fixe et il me pèse. Que faire de « ça » ? Ma bibliothèque numérique est infiniment plus vaste que celle-ci et elle loge dans ma poche, m’accompagne comme je veux, s’installe sur un nuage… Que faire de ce tas de papier poussiéreux qui m’encombre et m’empêche de bouger ? Je découvre brusquement qu’avoir une bibliothèque est un réflexe de propriétaire. Si tu n’as pas la maison autour, immeuble parmi les immeubles, avec toi dedans, obligé d’habiter là jusqu’à la mort, elle est plus qu’un boulet, elle est un anneau d’acier qui t’attache au mur inquiétant qu’elle compose.

« Puisque tout passe, faisons la mélodie passagère »

de Rainer Maria Rilke, à préférer au terrifiant

« Que rien ne te trouble
Que rien ne t’épouvante
Tout passe 
»

De Thérèse…

Encore un effort

Je fais le malin…. mais je suis paumé. L’impression de passer de deuil en deuil depuis quelque temps. Et j’arrive à faire rire mes camarades, encore… même s’ils ne voient pas, tout à leurs rires, que la blague, cachée derrière mon écran, ne m’a pas déridé. Je dois à Philip Roth, je ne sais quand dans l’adolescence, d’avoir compris trois choses : que j’avais un grand nez bien sémite, que j’avais une « mère juive » version catholique, et que plus ça va mal, plus je vais mal, et plus je blague… Un truc bizarre, qui ajoutait à mon identité bâtarde. Ça m’allait bien.

Comme mon identité sexuelle relativement floue, qui cache en fait une hétérosexualité crasse, profonde et mystique. J’ai pris ça bien, à l’adolescence. Ce qui me traumatisait était autre…

Je blablate encore, juste pour introduire ce billet. Juste pour être là, à faire ça. Juste pour être avec vous. Toi. Je ne sais qui. Et dans les mots.

Demain, ils vont passer me prendre, et nous irons à l’enterrement. Je vais revoir des gens que je n’ai pas vus depuis trente ans peut-être, et je flippe. Et je flippe de l’épreuve qui se répète, comme une de mes blagues cons, car quand on vieillit, ce genre de situation devient plus habituelle. Ça vieillit aussi autour de soi, et ceux qu’on a connus partent. Ce n’est ni drôle ni pas drôle. Et le pire, c’est que je n’ai pas envie de parler de ça.

Il y a quelques semaines, Céline m’a dit « tu me fais flipper, ce que tu fais, on dirait un bilan ». Oui. Un bilan. C’est ça. Où suis-je ? Qu’est-ce que je suis ? Qu’est-ce que je vais faire ? De 20 à 35 ans, je tenais le fil, fort, et je n’avais pas à me poser de question. Ensuite, le garage. Et là, je sors du garage, et je ne sais pas. Je devrais savoir. Il suffit que je me laisse guider par les gens qui veulent quelque chose de moi. Mais en vrai, je suis paumé. Je me sens con, ne peux m’empêcher connement de me comparer à ces générations de survivant qui elles ne se sont jamais posé de questions. C’était vivre et construire. Mais nous, nous savons que construire n’est pas nécessairement bon. Que construire veut aussi dire salir. Que ce n’est pas si simple !

Je veux bien sauver l’humanité. Je veux dire, moralement bien sûr ! Je veux bien… OK, encore un peu, mais alors comment doit-on s’en sortir ? Je pense à deux livres qui me semblent plus importants pour comprendre l’ampleur du problème que bien des traités philosophiques : Effondrement de Jared Diamond, qui montre qu’il n’y a pas de culture humaine « propre », que la tribu qui vit en accord avec son environnement est un mythe, que toutes les cultures humaines ont détruit leur environnement, avant d’aller salir ailleurs, et Livres en feu, de Polastron (tient ! un ami facebook…), qu’on devrait lire à l’école, une sorte d’histoire humaine par la cendre, par la destruction du savoir et de la poésie, et qui contredit celle qu’on nous enseigne. On y comprend que le moindre vers qui franchit vos lèvres aujourd’hui est une chose infiniment fragile et précieuse qui a survécu par miracle à l’acharnement continuel du feu. Ici, j’ai la ferme conscience de lutter au côté de tous ceux qui ont lutté pour ça. Pour s’inscrire contre l’Histoire, contre les militaires et la guerre, contre la violence, contre la haine.

Je pleure encore sur le sort de cette merveilleuse mathématicienne, géniale Hypatie, dépecée par la foule avec des coquilles d’huitre, même pas un bon couteau, à l’époque… je pleure chaque jour au côté de Sappho, ma préférée, car elle s’adresse encore à moi, à travers tout, qu’elle contredit la propagande chrétienne, pire que les talibans, destructrices des bibliothèques antiques pour effacer les preuves de ses crimes et plagiat, qui, encore dans le cerveau des universitaires contemporains, fait croire que c’est nous qui avons inventé le sujet et l’intériorité. Encore lut ça il y  a pas longtemps… Je ne fais pas leur deuil. Jamais. Et je choisis des femmes, parce qu’elles ont beaucoup brulé avec les livres, le massacre des femmes allant souvent avec celui du savoir.

Tiens, je pense brusquement que ce que je raconte là est lié à mon émotion esthétique à la lecture de cette merveilleuse histoire des Castors Juniors. J’adore cette référence, si improbable ! Et surtout, je la donne jamais précisément, juste pour voir si certains, intrigués à force, ne s’obligent à se taper les histoires de Picsou… L’indice, ce n’est pas Carl Barks, mais Don Rosa. Une histoire contemporaine en plus, même pas le prétexte du patrimoine !

Ha, je m’enfonce encore, et c’est pas comme ça que je vais m’en sortir. Le problème, c’est que comme je suis, pour m’en sortir, il faut qu’on s’en sorte tous. Ce que je veux dire, c’est que je dois croire en vous, pour retrouver le sourire. Sinon… à quoi bon ?

Le livre est gratuit

Cette affirmation péremptoire semble sûrement insensée, et pourtant ! Le nombre de livres que j’ai lu dans ma vie est infiniment supérieur au nombre de livre que j’ai acheté, et ceci, même si je n’ai pourtant pas lu tous les livres que j’ai achetés. Et ce simple fait semble également vrai pour nombre de personnes autour de moi. On peut donc en déduire que le «livre» comme phénomène culturel global est majoritairement gratuit.

Voilà un étrange paradoxe pour un produit si cher à fabriquer et diffuser.

Il faut alors un culot sans nom pour affirmer comme certains que « la gratuité c’est le vol », slogan qui au-delà de la trahison totale, du retournement pervers de l’échelle des valeurs qui a constitué notre civilisation, n’est que l’expression d’un idéalisme sans fondement.  Et même si cet idéalisme est celui qui domine le monde, toute personne vraiment attaché au livre comprend l’envergure du scandale.

Est-il si difficile, sans connaissance historique précise, de se souvenir que la culture humaine s’est constituée sur la gratuité du livre, et non sur sa commercialisation ? Tout éditeur sait qu’un livre a plus de lecteurs que d’acheteur, que ce livre a plusieurs vies inattendues après sa première commercialisation. Que l’éducation même n’est possible à l’échelle de la démocratie que grâce à son pillage… Si le livre avait pu dès l’origine contenir des DRM, contraignant son usage à l’acheteur et surtout contraignant sa lecture, que serait donc l’état de la science aujourd’hui ?