essai

Lucrèce contre le roi d’Hollywood

Quand le scandale éclate, je suis en train de lire une traduction de Tite-Live. Et Denys d’Halicarnasse aussi. Il y avait une raison pour que je me perde là, aussi loin. Je partais d’une pièce de Shakespeare, de son sujet et de son pendant dans la peinture classique, commençant selon une vieille habitude à collecter les versions, par divers peintres, du suicide de Lucrèce… Read More →

Autour de la robe de mariée de Marguerite Sirvins

Autour et sur « La robe de Mariée », texte de Katherine L. Battaiellie, aux éditions Marguerite Waknine

J’ai encore lu un cahier des éditions Waknine. Pourtant, ma liste de lecture est toujours aussi longue, et dernièrement, je retrouve ma vieille manie des « livres en chantier ». Mais voilà, ces petits cahiers m’attirent. En particulier les textes rares qu’ils exhument (ma lecture d’In Abstracto d’Urmuz).

Instinctivement, je cherchais dans leur catalogue à renouveler ma bonne expérience de lecture, et m’arrêtais très vite sur deux de la collection « livrets d’art » : « La vie des Basiles » de René Daumal, pataphysicien, et « La robe de Mariée » de Katherine L. Battaiellie. Je savais aussi, à je ne sais quoi, que je lirais le second en premier. Intuition confirmée par la lecture des premiers mots. Zou ! Read More →

Alfred Kubin, victime de la dictature de la réception

Juste avant la tornade de paranoïa collective qui s’est abattue sur les campagnes [électorales] de mon petit pays, je pensais à quoi, déjà ? Ha oui, je venais d’extraire de ma bibliothèque et reparcourir trois petits fascicules d’Alfred Kubin, le dessinateur autrichien, édités par Allia en 2007 : « Le cabinet de curiosité », « le travail du dessinateur » et « ma vie ». Je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment lu « ma vie », donc « sa » vie.

Je ne peux pas dire que j’ai une passion particulière pour Alfred Kubin, dessinateur que je classais instinctivement comme « symboliste tardif », ou pour être plus indulgent, coincé entre « symboliste tardif » et « précurseur du surréalisme »… Un artiste de transition en quelque sorte, coincé entre deux époques, coincé entre deux siècles… La lecture de sa vie, texte rapide mais informatif, m’a permis de préciser mon jugement et m’a, du même coup, provoqué quelques réflexions d’ordre plus générales. Read More →

Les belles histoires de l’oncle Paul Jorion

Paul Jorion est un type épatant. En lisant « Le dernier qui s’en va éteint la lumière », je me disais ça : « ce type est épatant ! Une belle figure d’honnête homme du XVIIe ! » Et pourtant, il nous annonce tranquille l’extinction de l’humanité à plus ou moins brève échéance. Oui, mais il fait ça avec classe, brassant culture classique, histoire économique, philosophie et films contemporains de merde avec une certaine pertinence.

Alors, même si souvent, on a l’impression de réviser : « on sait déjà tout ça », oui, on sait qu’on est dans la merde, malgré tout, il a de belles intuitions, comme cette opposition entre « zoon politikon » et « loup contractuel ». Lecture fructueuse de l’Histoire des idées, qui éclaire pas mal nos petits problèmes et bien plus largement d’ailleurs que son propos. Il raconte comment Thomas Hobbes et Rousseau se plantent sur la nature humaine (l’homme n’est pas un animal solitaire qui devient social par contrat, mais bien un animal social par nature), et provoque par enchaînement les malheurs économiques et sociétaux actuels. Oui tout ça est très bien, et ça ne fait pas de mal de se le refaire dire.

Mais, ses contradicteurs, déjà

Ha ceux-là, s’ils s’imaginent que quelque chose comme un système économique très récent va durer perpète ! Non, oui, non, rien ne dure jamais. Et surtout pas en matière humaine. Oui, ça va foirer. C’est inéluctable, comme tout ce que l’homme produit. Et c’est déjà en train de foirer, mais comme on est dans le mouvement, on ne peut pas le percevoir, car… il n’y a jamais d’arrêt, de moment T idéal d’un système, mais un mouvement chaotique perpétuel, qui par moment connaît des crises. Et puisque nous allons vers une triple crise, montre à trois têtes de l’apocalypse, la coïncidence des trois risque de faire des ravages… (Combien de fois ai-je pensé à ce livre de Barjavel, dans ma vie ?). Alors oui, tout système a une fin, et les trucs humains, ça finit rarement bien…

L’extinction

Hum… Peut-être. Une chose est sûre, c’est que si tout se termine un jour, l’extinction n’est pas sûre. La dislocation d’un moment de civilisation planétaire, c’est beaucoup plus crédible. En fait, à force de gueuler contre tout ce qui ne va pas, nous avons une vision complètement faussée de notre présent, et pour imaginer des rescapés futurs des fiascos futurs, ils considéreront peut-être que nous avons vécu un âge d’or, un comme jamais l’humanité n’en avait vécu…

L’avenir aux robots

Bon, c’est amusant, et correspond à peu près aux fictions de sa génération. Sauf que là, on est dans l’urgence, il nous l’a répété, et que l’altérité cybernétique, on n’en voit toujours pas l’esquisse… Loin encore ! Et de plus, la part robotisée de notre société est tout aussi tributaire du gaspillage énergétique qui doit participer à notre extinction… Alors, si on s’arrête bientôt, tous englué par million dans notre merde (panne d’électricité, plus d’eau courante…), la part robotisée s’arrêtera elle aussi, parfois un poil plus tard…

Ce qui nous attend ?

Je n’en sais rien, comme tout le monde et Paul Jorion compris. Il a le mérite de gratter dans la plaie, et peut-être a-t-il raison ? Peut-être qu’il ne reste que deux ou trois générations à l’humanité ? Je n’en sais rien, mais il n’y a aucune raison pour que l’état naturel du monde, le chaos, ne perdure pas tel qu’en lui-même, chaotique donc, et oui, l’humanité proliférante va peut-être se dégonfler dans d’immenses violences à venir… Car Paul Jorion le signale trop rapidement, ses inquiétudes ont l’oreille des riches de cette planète, et ceci est bien inquiétant, car ils iront (ou vont déjà) vers la solution la plus simple, la plus évidente : une vidange de l’humanité par la guerre. Et franchement, en la matière, le pire est à peu près certain.

Tout ça est déprimant !

Alors, pour s’en tirer (du livre), il suffit de disqualifier son propos en classant le texte entier dans le rayon « pulsion eschatologique » des idées tardives des hommes vieillissants qui finissent tous par confondre leur inéluctable destin avec celui de l’humanité. à l’image du triste « pourquoi tout n’a-t-il pas déjà disparu ? » de Jean Baudrillard. On pourrait…

Mais, n’oubliez pas, même si la pensée de Paul Jorion est contaminée par sa propre échéance, il finira par avoir raison, quoi qu’il arrive, car oui, rien ne dure jamais.

Alors ?

Pense : une certaine pensée politique soi-disant « décolonisée » cache une conception ultralibérale de l’émancipation.

On ne peut pas non plus considérer que « toute personne est à sauver », sans distinction… (Extrême gauche). N’oublions jamais que certains jouissent de leurs entraves. Et qu’il n’y a pas de vie sans entrave.

La famille est une prison, la classe sociale est une prison, la géographie est une prison. Son corps est une prison. Son esprit est une prison.

Alors, le cadre social doit offrir des échappatoires.

Que des évasions individuelles soient possibles, permises, encouragées.

État inverse aujourd’hui.

Mille Butor !

Je remarque sur les réseaux que le Michel Butor était si graphomane que chacun a le sien, sans liens avec celui des autres. On peut donc juste dire qu’on a lu quelques livres… Je dois avoir un vieux poche de « la modification » quelque part, et d’autres…

Mais voilà, le mien Butor, je l’avais cité comme ça. C’était avant l’arrivée de l’iPad et des liseuses par millier… On en était encore à l’inconfortable affichage de texte sur l’écran. Les textes qui suivront cet extrait passeront aux oubliettes, car « balayé par l’Histoire » (incarné par Steve Jobs…) :

« En 1960, lorsque Michel Butor s’interroge sur l’architecture du dispositif de lecture, il ne pense pas au numérique évidemment, mais à tous les systèmes d’enregistrement « modernes » qui pourraient solder l’avenir du livre. Il détermine la spécificité de l’écriture dans la vision simultanée du texte :

« L’unique, mais considérable supériorité que possède non seulement le livre, mais toute écriture sur les moyens d’enregistrement direct, incomparablement plus fidèles, c’est le déploiement simultané à nos yeux de ce que nos oreilles ne pourraient saisir que successivement. L’évolution de la forme du livre, depuis la tablette, depuis le rouleau jusqu’à l’actuelle superposition de cahiers, a toujours été orientée vers une accentuation plus grande de cette particularité. »

Il y aurait donc une notion d’efficacité dans la « mise à plat » — la mise en page — de l’écriture, du simple souvenir d’un discours oral au livre, une histoire positive d’un perfectionnement progressif des archives de la mémoire.

Tout de suite, notre page Internet ne semble pas répondre à l’impératif progressiste de Michel Butor et si elle propose « simultanément à nos yeux une portion de texte », elle réactualise « les inconvénients de l’enroulement primitif » (page 134), et ne propose pas le « troisième axe en épaisseur, bien perpendiculaire aux deux autres, comme on empilait les lignes », mais une galaxie d’axes possibles qui apportent la perdition là où le livre permet « d’identifier rapidement telle région ». Le dispositif-monstre « écran/navigateur/page » de l’Internet ne correspond donc en rien à la définition des qualités du livre comme machine à relier et à lire les textes :

« C’est la disposition du fil du discours dans l’espace à trois dimensions selon un double module : longueur de la ligne, hauteur de la page, disposition qui a l’avantage de donner au lecteur une grande liberté de déplacement par rapport au « déroulement » du texte, une grande mobilité, qui est ce qui se rapproche le plus d’une représentation simultanée de toutes les parties d’un ouvrage. »« 

et aussi :

« « Le fait que le livre, tel que nous le connaissons aujourd’hui, ait rendu les plus grands services à l’esprit pendant quelques siècles, n’implique nullement qu’il soit indispensable ou irremplaçable. »

« Décrire des meubles, des objets, c’est une façon de décrire des personnages, indispensables : il y a des choses que l’on ne peut faire sentir ou comprendre que si l’on met sous l’œil du lecteur le décor et les accessoires des actions »« 

Essais sur le roman, chapitre « Le livre comme objet », Gallimard 1960

Tiens, la dernière je vais en avoir besoin bientôt ! Encore… Sinon, je crois me souvenir que c’était à peu près le seul auteur « prénumérique  » que je pouvais citer pertinemment pour parler des évolutions numériques de la littérature.

 

 

 

Derrière Disney, ou la revanche des auteurs

J’exhume ici un brouillon d’article qui date d’au moins 2 ans (je ne sais plus exactement quand je l’ai commencé, l’ayant déplacé de Dropbox à Drive et enfin dans les brouillons de ce blog), mais qu’il me semble intéressant de publier aujourd’hui car il évoque un rôle culturel des fans (déjà abordé dans « Le nerd comme agent culturel » et Pourquoi Roland est-il furieux ?). C’est ma modeste contribution à quelques questions importantes développées ailleurs.

 Alain François, 3 Janvier 2016

Read More →

Une lecture de Gotham, la série

En passant, rapidement, une lecture de Gotham, la petite série qui met en scène l’enfance de la faune hétéroclite qui peuple les aventures de Batman. Conformément à l’ambiance très noire des derniers films, et conformément à l’évolution des comics depuis les années 70, cette série est un pulp, un polar crasseux presque classique. Les histoires tournent autour du commissariat d’une ville (Gotham) corrompue par une mafia folklorique ayant des ramifications partout, de l’industrie à la finance en passant par la politique et la police… Puisque Batman est encore un enfant, le héros central est « le seul policier intègre » de la ville, qui doit devenir, dans l’avenir de la série et le présent des comics depuis 1939, le célèbre « commissaire Gordon » qui peut convoquer Batman grâce à un projecteur qui tatoue les nuages d’une chauve-souris géante. Read More →

La vision de David (sur les photographies de Romantic iPhone)

David Duquerroigt m’avait déjà fait l’immense plaisir d’écrire (ici) sur le Tumblr photo « RomanticiPhone« . Le voilà qui insiste et exagère sur l’un de ses blogs — une esthétique de l’anamorphose fractalisée — avec un billet qui me fait rougir… Mais je ne vais pas nier que ça fait plaisir !

Le nouveau billet de David Duquerroigt :

« La quatrième entrée. (Ceci à propos d’une expo de photos qui a lieu actuellement à Angoulême) »

Le premier texte que j’avais publié ici même

 

La saison du Gunthert nouveau

Tant que j’y suis, sur les liens, noter ici le très beau nouveau site d’André Gunthert, « L’image sociale » qui vient remplacer l’ancien « Atelier des Icônes ». Thème pur et titre simple et explicite. Une synthèse à suivre à la trace (Ginzburgienne) :

http://imagesociale.fr

Pourtant… Il était parfois pas mal, l’ancien « Atelier des Icônes », non ?

atelier

L’être et sa vérité

Les gens croient qu’il y a une vérité de l’être, mais il n’y a pas de vérité de l’être, juste une énonciation conjoncturelle. Poser une question, c’est provoquer l’invention d’une réponse possible. Cette vérité absolue détruit toute possibilité d’enquête policière, scientifique, sociale ou autre, toute étude marketing basée sur témoignage ou questionnaire, et détruit toute possibilité de récolter des données fiables à partir de la bouche d’un humain. Ne jamais oublier que toute conclusion tirée de ce genre de collecte d’information est intellectuellement irrecevable.

Allez, répétez après moi : « la question fabrique la nécessité même d’une réponse »  (Bien plus, donc, que de l’induire).

La beauté de soi

Je pensais, je pensais ce matin que trouver sa voix (et sa voie donc), en matière d’art comme de communication, et de communication au sens large… par exemple trouver le ton d’une chronique ou la manière d’exister sur un réseau, c’est trouver son premier degré.

Hier, je disais à Elric qu’être un auteur, c’était être chez soi, partir de chez soi, pour aller vers le monde. Il fallait donc déjà savoir ce qu’est chez soi et l’accepter, car nous sommes parcourus de désir, de désir de ne pas être soi, d’être autre chose.

J’ai arrêté de dessiner parce que mes dessins ne me plaisaient pas. J’ai eu beaucoup de mal à accepter ma manière d’écrire. Des années. J’aurais préféré être un écrivain punk. Je voulais être un écrivain punk !

Je voudrais être sec et froid, ce qui sort de moi est larmoyant. Horreur !

Mais voilà, ma sagesse fut d’accepter. Je crois qu’on passe de la jeunesse à la sagesse lorsqu’on s’accepte, qu’on accepte son premier degré, ce qu’on est, ce qu’on comprend et ne comprend pas, et qu’on arrête d’avoir peur de ce qui sort, qu’on arrête d’avoir peur d’être jugé sur ce qui sort, d’être condamné même. Et qu’on arrête aussi d’avoir peur de se faire prendre quelque chose, de se faire voler une chose qui nous aurait échappé, une intimité insupportablement indécente !

De la même manière, il faut accepter de ne pas être imperméable. Il faut accepter que nous sommes traversés par ce qui nous compose, et que ces choses anciennes ou mimétisme immédiat, arrivent en effet de l’extérieur de nous, des « autres », mais que ce ne sont pas des souillures, des influences maléfiques, mais des nourritures qui doivent passer par notre corps et notre esprit. Il faut accepter sa mémoire défaillante, et comprendre que ces défaillances n’en sont pas.

Depuis longtemps, je répète idiotement « on n’échappe pas à soi-même « . Ce qui est vrai. Mais qui est soi-même ? Impossible de le savoir sans en user. Car on use de soi-même. Il y a plusieurs manières, mais il faut toujours produire des formes. Ces formes peuvent être des actions, des mouvements, des voyages ou des conversations, des rencontres, des aventures, ou toutes les manières de garder mémoire de tout ça. Et donc toutes les manières de mise en forme de soi-même.
Lorsqu’on se regarde dans le miroir, on est toujours surpris de la distorsion entre sa perception intérieure et ce reflet qui est ce qu’on donne au monde. Et bien, être un auteur c’est accepter ce reflet, arrêter de vouloir le maquiller, le manipuler, et le connaitre, et enfin, le reconnaitre comme soi, le soi pour les autres.

Autonomie

Autonomie. Le mot qui me manquait dans le billet d’avant. Le niveau d’autonomie sémantico-historique d’une œuvre mesure ses espoirs de pérennités.

En fait, ma jolie histoire achoppe sur : le « succès » est souvent inversement proportionnel à la lisibilité d’une œuvre. Personne ne comprend 2001 de Stanley Kubrick, et parce que personne ne comprend, postérité et Exégèse. Ou son vide sémantique : Les philosophes adorent Tintin, car BD vide, totalement vide, sur laquelle on peut projeter ce qu’on veut.

Donc, l’envergure du continuum n’est pas intrinsèque à l’œuvre, n’est pas dépendante de qualité spécifique, mais de l’articulation entre l’œuvre et les premiers maillons culturels (la réception), qui vont étendre le périmètre culturel couvert par l’œuvre, lui fabriquer son aura et ces points d’accroche pour le contexte culturel, comme les virus… identité, contexte, et articulation historique.

Mais, malgré tout, il est des natures de « message premier » qui garantissent la pérennité, comme il est des natures de messages premiers qui interdisent la postérité. Sans qu’il soit possible de les identifiées (ça, c’est mon vieux tropisme antiparano). Trop de pistes, élargissement. On se calme, et on rassemble les idées…

J’en reviens aux articulations donc. Le moment de l’adaptation par exemple, qui est l’un des moteurs de la postérité. On connait Ulysse sans lire l’Odyssée grâce à l’immense brouillard d’adaptations, d’évocations, d’hybridations…

Une étincelle, le feu

Dans la série, « les mystères de ma psyché », ce soir, je me lave, tranquille, pénard, et PAF ! Une question que me posaient les premiers strips de Mickey, bloquée quelque part dans les limbes depuis aout 2012, se résout, d’un bout à l’autre… Et en prime, des considérations plus larges et un poil de vocabulaire. Ressors vite de la salle de bain, fébrile… et note « continuum culturel »/« Champ culturel ». Le passage d’un médium à l’autre, ici le passage de Mickey du dessin animé à la BD, met en lumière (formellement, dans la maladresse des premières adaptations) l’envergure sémantique (pas le terme, mais en attendant) d’une œuvre. Son aura historique ? Du moins quelque chose comme l’envergure de son « continuum culturel », et donc sa capacité à s’extraire de son contexte d’apparition géographique et historique. Quelque chose comme ça. Et ensuite, s’interroger sur les liens entre littérature et cinéma, etc. Le passage « conjoncturel » d’un médium à l’autre, que l’on nomme adaptation, devient l’indice (indicateur ? Étalon ?) de la capacité d’une œuvre à excéder son époque. Comme si c’était un point d’articulation fragile, exposé.

Continuum culturel ? Ainsi, Sappho (utilise toujours elle) lorsqu’elle s’adresse à la postérité, à moi, s’exprime dans un continuum culturel qui englobe l’entièreté de la culture occidentale, et plus, en fait, car elle parle dans le cadre d’un universel de la culture humaine : l’apparition systématique du fait poétique dans un même contexte socio-économique, quels que soit le lieu et l’époque. C’est-à-dire comment l’on passe du conte, de la mythologie à la poésie lorsque les conditions économiques et organisationnelles de la société le permettent. Donc, le continuum est, pour Sappho, si large qu’elle me parle encore. Je comprends ce qu’elle dit, je comprends la frustration de la femme persécutée pour ses orientations sexuelles, et je comprends ses pulsions d’expression… Je ne comprends plus rien des architectures monstres commandités par des tirants psychopathes avec qui je ne partage rien. Leurs continuums culturels étaient historiquement minuscules (ils s’adressaient à eux-mêmes pourrait-on dire), et de la même manière, le livre que j’ai commencé hier, qui s’adresse à MA génération, ne sera plus compréhensible dans dix ans… À relier avec les théories sur la traduction d’Umberto Eco, sur l’incapacité de comprendre « dans sa totalité », une œuvre littéraire du XIXe siècle, et même, progressivement, du XXe… Mais un soldat grec qui écrit un poème d’amour avant de succomber sur le champ de bataille, je le comprends encore, car il crie dans un continuum culturel à l’échelle de l’humanité.

Et tout ça, parce que les premiers strips de Mickey ne sont pas lisibles si l’on n’a pas vu les dessins animés. Ce sont des œuvres « secondaires », au sens de George Steiner, ou des hypotextes, mais plus encore des œuvres parasites qui ne peuvent exister qu’en commentaire de l’œuvre véritable, l’animé…

Calmons-nous. Argh ! je montre comment marche mon cerveau : un machin brouillon qui va chercher des éléments disparates, très lointains parfois, pour en faire une sauce étrange…

j’en pleurerais. (j’efface ce qui devrait s’inscrire).

Moi qui ne m’adresse même pas au « moi » de dans un mois, parfois…

La lutte pour la reconnaissance

Il faut que je note ça quand même… Deux choses exceptionnelles ce matin : J’ai acheté un livre, et j’ai trouvé un livre intéressant à Chapitre. Deux petits miracles ! Trouvé un livre de poche d’Axel Honneth, dont j’avais bien aimé l’essai sur la réification, le concept de Georg Lukacs. Et là, paf, le sujet tombe à pic ! Exactement ce dont j’avais besoin pour me relancer dans autre chose que la rumination dernière. En rentrant, je m’arrête sur une terrasse inhabituelle pour moi, dans mon quartier, et je commence à lire. Quand je lis le titre du chapitre « La lutte pour l’existence. La naissance de la philosophie sociale moderne », je ressens une très légère excitation intellectuelle. Et du coup, je me souviens que ça existe, l’excitation intellectuelle ! Je continue ma lecture et ça colle. Ce qui veut dire que cette lecture vient s’intercaler avec mes pensées actuelles, que je comprends donc de quoi ça parle sans effort, car quand un essai n’est pas en phase, il est difficile à lire, et que là, même, ça vient ordonner ma réflexion et lui apporter des bases bibliographiques solides. Pas mal d’un coup. Longtemps que je n’avais pas acheté LE livre dont j’avais besoin au bon moment.

Dommage que la pluie finisse par me chasser de cette terrasse !

La contradiction volontaire

Je savais que je devrais aborder ça depuis très très longtemps. Depuis que j’avais observé le phénomène, quelque part pendant mes études d’Arts. Je voulais comprendre pourquoi, ou comment, dans le cerveau d’un cultureux de base, se réconcilie à peu près toujours la réalité aristocratique d’une caste toujours exilée, toujours marginale, et des bonnes grosses idées de gauche. Parce que la très grande majorité des gens du « culturel » sont de gauche. Ce n’est pas une légende. Et même, c’est si « évident », que parfois, le malaise s’installe quand un gars ose avouer que non… En fait… non…

Alors, intercaler des réflexions générales sur la naissance des idées de gauche avec des billets sur mes petites souffrances sociologiques est volontaire. Il faut mettre les deux pieds dans la contradiction apparente. Voir ce qu’elle cache. S’il y a quelque chose à comprendre, ou si tout ça n’est que bouillie mentale, comme tout autre bouillie mentale de tout autre individu d’une autre classe sociale. Il faut voir… Mais… en écrivant, je me rends compte que je suis en train d’empiéter sur un billet en chantier pour Culture visuelle… Et que je ne peux ni déflorer, ni empiéter ici. Hum… Si ça  part comme ça, ça va pas être coton à négocier !

La présence nue et la présence informée

J’avais écrit ce texte pour la Journée d’étude « Exposer les arts extra-européens Trans et multimédia, de nouveaux outils muséographiques? » organisée par le Groupe d’études et de recherches des musées d’Angoulême et le Musée d’Angoulême à L’Espace Franquin à Angoulême le samedi 6 avril 2013.

Ma copine Émilie Salaberry m’avait un peu forcé la main en me demandant d’introduire cette journée. J’ai donc écrit ça la veille, sans trop savoir si j’étais hors sujet ou pas… Il semble que, à part ma diction chaotique, ça faisait l’affaire : Read More →

Le vieux projet

Le vieux projet, je m’en souviens maintenant, ce n’était pas de refaire l’Histoire, c’était juste de revenir au sentiment. C’était de se souvenir pourquoi les idées progressistes étaient nées. De quel mélange d’indignation et de culpabilité. Pourquoi y avait-il eu ce désir collectif d’organiser autrement, plutôt que laisser les choses en l’état ? Pourquoi ne pas accepter l’état de fait ?

C’était ça. Et donc partir de l’impureté morale du caritatif, que ce soit une initiative personnelle ou une organisation collective d’initiative privée, de cette réponse d’urgence à une situation de manque, pour comprendre comment on en venait à remettre en question l’organisation de la société même. Que la situation inacceptable, le sentiment d’injustice devant cette situation, demandait une réponse politique, et non affective, et non morale. Comment passer du sentiment, et de sa réponse individuelle, au projet de société ?

Et c’est bien maintenant que je dois de nouveau me poser ces questions. Là, maintenant, alors que pour la 2 e fois de ma vie, je plonge dedans, dans ces dispositifs enfants de cet ancien sentiment. Je ne vais pas trop me précipiter pour analyser ce que je vois. Juste remarquer, déjà, comment le vieux système caritatif imprègne encore le cerveau des individus qui le servent, qui devrait pourtant être agent de son objectivité. Et comment ce dispositif qu’on espérait systématique suppure pourtant des résistances, des saletés morales sur le mérite… Il reste des incompréhensions de soi-même, des inconsciences coupables, des désirs plus ou moins exprimés de faire payer moralement l’aide. Le vieux projet est à reconstruire constamment. La dignité constamment en danger, mise à mal par des réflexes, des dispositifs, un vocabulaire…

Même si, heureuse surprise, je vois bien une tension louable, un désir de perfectionner, en particulier dans l’accueil. Mais j’y reviendrais.

Gradiva

Hannah, ho hannah ! Je t’aime ! oui, je sais, je sais, je l’ai déjà dit, et tu es toujours aussi morte. Mais qu’y puis-je ? Tu es ma Gradiva à moi, et infiniment moins con qu’un vulgaire moulage antique !

Dans le billet d’hier transpire un vieux sujet, un vieux projet. C’était à propos de cet ordre bourgeois qui avait remplacé l’ordre féodal, et comment de l’arbitraire nouveau de cet ordre même allait naitre ce qu’on nomme rapidement le progressisme. Parce que, dans mes élans romantiques, je crache facilement sur la classe moyenne, et donc sur la société qui offre le confort a la plus grande part de l’humanité. Un système moyen en effet, sans épate, justement, sans coup de sang ni accro, mais qui assure à une grosse part d’une société une vie digne. Donc, paradoxe, tout n’est pas si simple. Je n’ai rien contre le fait que des gens vivent en paix sans se préoccuper chaque jour de leur subsistance.

Mais il est bon de se souvenir de cette chronologie longue. De cette histoire de ces enfants de la bourgeoisie, de leur malaise, sans la pseudo-objectivité du sang pour justifier leur chance relative, qui vont remettre en question leur position dominante, oisive et jouisseuse, pour essayer de concevoir une organisation urbaine, d’abord, et des modes de répartition des biens et services systématisés.

Et le « systématisée » est extrêmement important, puisque ce désir de déshumaniser, d’automatiser l’aide et la redistribution est la clef des idées progressistes. Parce que le sentiment d’injustice des enfants de cette première grande bourgeoisie, tous ces urbanistes du XIXe en particulier qui sont scandalisé par la misère et l’absence d’hygiène du prolétariat, oui, mais aussi par le traitement de cette misère par leur mère compatissante. Les idées de gauche naissent du rejet catégorique de la charité et de toutes ses œuvres.

Ha, j’ai retrouvé un bout de mon vieux texte : « Si historiquement les aides sociales sont une évolution de la charité chrétienne, il fallait débarrasser la charité de ses fautes morales. L’acte de charité étaient vécus comme d’une insupportable immoralité, puisque dissymétrique, en cela qu’il n’y a de gain moral que pour le donneur, et qu’il créé de fait une situation de domination humiliante pour le bénéficiaire. La motivation du donneur était depuis longtemps considérée comme impure, puisque là ou le principe imaginait un geste désintéressé, il n’y avait que la recherche d’une valorisation morale de l’acte charitable, le donneur s’y trouvant ainsi confirmé dans sa position sociale dominante, ou plutôt, il gagnait une double justification de son hasardeuse fortune et de la nature inférieure du pauvre. Le bénéficiaire, qui semble pourtant recevoir quelque chose, se découvrait mauvais, puisque haïssant instinctivement son bienfaiteur, alors même que l’aumône, jamais, ne changeait quoi que ce soit à sa situation. Ainsi, la charité, qui semble si positive, offre le paradis au donneur vertueux, et l’enfer pour le receveur, condamné à la haine du bienfaiteur, à la jalousie et à l’humiliation. Dans le cadre de la mystique chrétienne, une sorte de double peine, sur terre et dans l’au-delà. Puisqu’il est difficile de se réjouir et jouir comme on l’entend en présence de tiers agonisants, le problème moral était difficile à escamoter. Il faudra ajouter au constat moral, déjà ancien, l’observation de l’échec du système charitable devant l’évolution désastreuse de l’urbanisme des villes industrielles. C’est ainsi que les urbanistes seront à l’avant-garde des idées de gauche, tous choqués par l’enfer sur terre que symbolisait la ville de Londres. La solution inventée par la bourgeoisie occidentale fut de dépersonnaliser l’aide, de la rendre systématique, systémique, ce qui supprime l’exploitation morale de la misère par des aisés corrompus, et supprime la chaine de la haine, puisque l’aide est un droit. Un pauvre ne la doit pas à une personne en particulier. De plus, en régularisant l’aide, change réellement la situation du bénéficiaire, aussi bien du point de vue de la subsistance (il vaut mieux avoir une ressource modeste régulière assurée que beaucoup plus en une seule fois) que du point de vu moral, puisque celui-ci retrouve une autonomie de gestion de son économie. Donc, la déshumanisation de l’aide, de la répartition, rend sa dignité à la part la plus fragile de la société, et cette dignité est facteur de paix sociale. Les troubles naissant toujours de la frustration.»

Me dis, aujourd’hui, là, que l’économie a besoin de la frustration comme moteur de la consommation… Hum…

Une question

Qu’est-ce qui a changé ? Ho, simplement, j’attends le lendemain avec plaisir. Juste ça. Juste ça.

Je feuillette le 2e volume en Quarto d’Hannah Arendt. Quelle merveille ! Mes yeux courent sur « qu’est-ce que l’autorité ? », et je me dis, facile, « Platon est un con », qui me renvoie au coup de gueule d’André contre Kant. Il faut relire ces cons. Me dit, « le problème, c’est la notion de gouvernement. Est-ce que j’ai envie d’être gouverné ? Non. Est-ce que je veux qu’un con auto-désigné me serre le gouvernail ? Surement pas ! Quoi, mais t’es devenu anar ! Moi anar ? Surement pas !» et sur ces humoristiques considérations de comptoir, je glisse à « qu’est-ce que la liberté ? »

Une question.

la fin du livre

J’en reviens pas ! Je suis rentré dans une librairie, une vraie librairie ! Bon, c’était pour Hannah, encore… Mais quand même ! Je suis rentrée dans une librairie, et j’ai acheté un livre ! En fait, je n’en tire aucune conclusion. En sortant, je me suis rendu compte que c’était pas revenu, le besoin, l’obligation presque. Non, je m’en fous. L’achat compulsif de livre semble avoir définitivement disparu de ma vie. Bon vent !

Satyre médiatique [II]

[ A explorer, le pendant « populaire » de cette première approche par la culture bourgeoise : Le mythe de la corruption du peuple par le noble ou bourgeois dépravé, que l’on retrouve partout « La paysanne pervertie ou les dangers de la ville », de Rétif de la Bretonne]

Deux angles :

• La culture populaire

• Le roman social bourgeois

 

 

Satyre médiatique

faune1Dimanche 15 mai 2011,

Nous nous sommes réveillés dans un monde légèrement différent. C’est le propre des événements historiques, de modifier plus ou moins subtilement la qualité du réel.

Bien sûr, nous ne sommes pas en guerre, et donc notre vie quotidienne va rester ce qu’elle est encore quelque temps…

Malgré tout, il semble que beaucoup de gens ont perçu l’arrestation par la police américaine d’un hypothétique futur président de la République comme un tremblement conséquent du sol sur lequel ils pensaient construire les fondements de leur perception du monde. Read More →