Cent degrés Celsius

Publié le 3 février 2019

Il y a cent degrés Celsius entre Chicago et le cœur de l’Australie. L’un gèle, l’autre brûle. 15 000 kilomètres entre les deux. Entre les deux, l’équivalent de la température d’ébullition de l’eau. Ce qui m’est venu dans la nuit, c’est un livre de Michel Serres acheté en 1990 : Le contrat naturel. Dedans, le souvenir d’une métaphore, un tableau de Goya (Duel au gourdin peint vers 1820), des paysans qui se battent dans la boue, s’engluant chacun un peu plus à chaque geste violent. Et ensuite le fleuve d’Achille (dans mon souvenir j’avais fondu les deux images). Michel Serre y peste contre une culture humaine qui exclut toujours le monde, ne se préoccupant que de ses chamailleries narcissiques, et que le monde allait évidemment se rappeler à nous. Nous y sommes, si englués qu’aucun geste ne pourrait plus nous sauver. Mais l’immobilité pas plus. L’orgueil collectif devrait en prendre un coup, mais non, il reste prioritaire de s’aveugler.

Les gourdins, aujourd’hui on appelle ça « le biais de confirmation », et chacun s’y enferre et tente d’en frapper l’autre, croyant sa raison supérieure, en usant comme d’une arme jusqu’à en crever plutôt qu’en démordre.

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