“Chez nous c’est trois !”, deux, quatre, une ? On sait plus…

Viens de voir, en deux passages TV (une première fois juste la fin, et ensuite enfin du début) le film de Claude Duty « Chez nous c’est trois ! » Oui, c’est un film sorti en salle en 2013, mais pas vu…

Un visionnage sans grande passion, mais avec plaisir et intérêt. Surprise de découvrir un film au ton relativement juste. Ce qui est très rare. Je le note ici pour deux choses :

Ce film est remarquable par l’absence de personnage codé (où presque). Pas de caricature (ou presque) et c’est vraiment, vraiment, vraiment notable. En fait, c’est tellement rare de voir des personnages avec un semblant de crédibilité que brusquement ça entache gravement les films que j’ai vus précédemment.

J’ai mis un petit moment à prendre conscience de ce qui manquait : le tropisme parisien habituel du cinéma français. Ha, ici, les provinciaux sont « de partout », ont eu une vraie vie, avec des expériences, des déplacements géographiques et ne sont pas systématiquement ploucs. Ça fait du bien de temps en temps. Toujours étonnant quand dans une fiction, les personnages ne sont pas complètement cons. En même temps, pour qu’un personnage ne soit pas con (lire “involontairement con”), il faut que les gens qui ont écrit et décidé ne le soient pas. Et ça, aujourd’hui, c’est pas gagné !

Évidemment, toujours ce petit surclassement social des personnages, en particulier dans les fringues, mais beaucoup plus léger que dans les films parisianistes ou les pauvres en graves difficultés sociales mettent dix minutes pour traverser leur appartement haussmannien…

J’aurais pu m’en tenir là. Noter ça et passer à autre chose. Mais voilà l’occasion de parler aussi de la violence viscérale des amateurs d’attraction foraine US contre le cinéma qui tente de raconter des histoires simples.

Sur allocine.fr, un commentateur a posté deux fois cette gentillesse, parce que c’est mieux qu’une :

« Quelle daube en plus ce film, la copie d’un chef-d’œuvre qui devient un vulgaire téléfilm à la française projeté en salle. Donc, un film avec elle ça suffit, deux, non merci.»

Traduction : le film d’avant avec la même actrice (au passage l’excellente Noémie Lvovsky) ne lui a pas plu, et donc il ne regardera pas ce film, car il ne sait pas que l’identité d’un film dépend aussi un peu de son réalisateur…

Et un autre :

“Put**n de cinéma de m***e !” (Je n’invente pas les astérisques).

Étant résolument du côté des films qui me plaisent, et ceci indépendamment du budget ou du genre, je ne note ici ces merveilles rhétoriques que pour évoquer l’une des controverses majeures de notre époque : “Film d’auteur » contre « film grand public ». On a les controverses qu’on mérite, hein ! Malheureusement et plus gravement, ce n’est pas sans évoquer aussi les réflexions d’une certaine ministre de la Culture française…

Comment s’appelle-t-elle déjà ? Bof, oubliable…

Non, ce qui est ironique, c’est que le film même évoque cette polémique par la mise en abime du film intimiste parlant d’une réalisatrice présentant son film intimiste à des spectateurs pas toujours avisés.

Mais « Chez nous c’est trois ! », honorable et digne, est un film empathique, aussi bien envers ses personnages qu’envers les futures réactions des amateurs de grand spectacle. Il est si emphatique qu’il est inutile d’y chercher trace de polémique, et c’est avec une certaine douceur compréhensive que Jeanne, la réalisatrice qui présente son film répond aux questions cruelles des adolescents.

Cruelles, mais pertinentes. Et l’un de ces ados, spectateur scolaire et donc forcé, pose LA question chère à la ministre : pourquoi faire un film qui ne plaira pas aux ados, c’est-à-dire aux publics du cinéma ?

C’est vrai ça ?

Pourquoi ?

« Jeanne la réalisatrice », de manière très réaliste, répond plutôt mal. Et bien, je crois qu’un de ces jours, je prendrais le temps, et je tenterais de répondre à cette question qui taraude notre éphémère ministre :

Pourquoi ?

 

Comment ( 1 )

  1. / Maestro : imitation de la beauté | BONOBO
    […] et nuancés abordés par la distraction des adolescents comme unique critère de financement dans le film de Claude Duty, et ici, dans « maestro », par la rencontre de l’acteur « au gout vulgaire » avec un […]

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