Comme un sordide personnage d’Haruki Murakami

Je réfléchissais, à ce rapport étrange que j’entretiens avec mes propres phrases. Je sens bien que ce rapport évolue encore. Je pensais en être là, ou là, et je me retrouve ici. Parfois je me perds. Mais le plus souvent, il n’y a plus d’hiatus entre ce qui résonne interne et ce qui s’inscrit. Est-ce à dire que j’ai réussi ce que je voulais depuis toujours ? Hum… Mais je découvre maintenant que l’écriture peut précéder la pensée. Que l’écriture est la pensée, non pensée inscrite, mais génération de la pensée. Je peux écrire et découvrir ce que je pense, sans écho, sans latence. Tout va venir. Une fois l’impudeur assumée, plus de freins.

En remuant mes vieux sentiments, je découvre que quand j’aime, j’aime toujours. Les choses ne sont pas anodines. Je me suis  souvenu de ce qui me brisait, chez cette fille-là. Je me suis souvenu de sa voix, de ses intonations, de cette voix qui s’éraillait parfois. J’aimais particulièrement les exaspérations, les indignations et ses surprises. J’aime toujours ça. Il y avait même cette autre fille de ma classe des premières années aux Beaux-Arts. je n’ai jamais été amoureux d’elle, et nous avions juste l’habitude de bosser près l’un de l’autre. Mais dès qu’elle ouvrait la bouche, je fondais. Sa voix me provoquait des frissons. C’est tout. C’était tout. Ça me suffisait. Après tout, aujourd’hui, dans mes oreilles, presque toute la journée, des femmes chantent. C’est peut-être pour ça que j’ai besoin d’être entièrement rapté, parce que je suis trop sensible et que je pourrais tomber amoureux partiellement de trop de filles… Et tomber partiellement, c’est idiot et cruel. Non, la chute devait être totale. Il faut… comment j’ai dit déjà ? [radote] ha oui ! plonger dans un puits noir sans savoir s’il y a de l’eau au fond.

Je devrais collectionner ces choses merveilleuses qui me fendillent sur toute ma hauteur. Je devrais. Comme toi, ta manière de pencher la tête, à l’autre bout de la pièce, et à chercher une contenance en essayant des grimaces subtiles. Ou toi, ton geste maladroit que tu n’assumes pas. Et toi, tes mains fébriles qui entre en résonance avec mes propres fébrilités. Ou toi, nos corps qui se choquent et rien, minuscule accident. Ou toi, ton dos qui oscille et vient presque me frôler. Toutes ses choses pas assumées, que je n’assume pas plus. Et dont j’ai appris à garder la substance plutôt que la gêne.

Toutes ces choses qu’on abandonne à l’oubli et qui pourtant désignent nos frères et sœurs d’adoption.

Ce ne sont pas des choses qui se disent. Cette semaine, je devais décrire une scène, une belle scène. Mais je n’ai pas été devant le clavier, disponible, au moment où il fallait. C’est comme ça. Et puis je suis rentré ce vendredi épuisé. Je fais le malin, disant que j’ai retrouvé la force d’il y a dix ans, que je peux de nouveau faire loger plusieurs journées dans une seule, et au bout de dix jours seulement, je tombe dans une léthargie nerveuse extrêmement désagréable. Pas si simple. Et en plus, je veux rattraper le temps perdu, ces mois étranges dont je ne parlerais pas. Ou en creux, encore. Ne pas parler de la crise qui provoque ce blog.

Tout est normal.

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