Dans le con d’Irène

Cet article est référencé dans : écritures, érotisme, littérature

Je suis chagriné, presque honteux de n’avoir lu « le con d’Irène » de Louis Aragon que maintenant. Surtout que ce con-là, j’ai l’impression de le connaître depuis toujours (et je pensais même l’avoir déjà dans ma bibliothèque).

Non, et jamais lu. Pourquoi ? Pas croisé. Pas croisé, simplement.

Aucune importance, l’injustice est réparée, et peut-être est-ce mieux, car je ne suis pas sur d’en avoir goûté tous les sucs, plus jeune. En particulier la motivation passionnelle, de celles, des passions, qui font pondre des phrases comme ça.

Car quelle surprise ! Le con d’Irène, texte maudit parmi les textes maudis, caché, censuré, au titre tronqué du con par Régine D., renié par Aragon, enfin suffisamment vieux pour paraître sans heurt en 2000 seulement, c’est-à-dire 74 ans après son écriture, n’est pourtant pas un texte érotique (mais le scandale n’était-il pas dans ces deux portraits de femmes qui se comportent en tout « comme des hommes » ?). Ce n’est pas un texte de genre, mais juste, simplement, tranquillement, un pur chef-d’œuvre de la littérature. Une merveille d’écriture sensible et sentimentale. Quelle force et quelle beauté dans ce con-là !

Au passage, cette parcelle qui vaut pour le tout (d’un inachevé et refoulé grand roman), le vaut doublement, puisque, d’une certaine manière, bien d’autres suivants sont entier contenu dans ce texte supérieur.

Pour la route :

« Un grand vent qui sortait de la mer creuse et noire, qui sortait de la mer pleine de noyés nus, un grand vent souleva, gonfla, le rideau de percale avec un bruit de ris soudain dans le hunier. On avait vu de mauvaises mines sur la route : visages de poussière, coléreux. Une nuit surnaturelle prend tout à coup le pays à la gorge des collines salées aux bas-fonds des marais où erre on le sait trop le feu grisou qui je le jure est l’âme revenante des enlisés ou pour être juste et rapporter l’opinion commune à tous ceux qui pensent avoir secoué à jamais le manteau souris des superstitions la combustion inexpliquée et détonante du gaz méthane des tourbières, et il n’y a pas là de quoi s’inquiéter, même à la nuit, même à la nuit surnaturelle qui s’abat soudain vers les quatre heures des bocages bleus aux combes humides, alors qu’il rôde quelque part un homme, magnifique à en croire le voiturier de retour de la gare, sous les premières gouttes larges de la pluie et dans le désordre des herbages frissonnants de la panique prévoyante des insectes. »

 

Si j’avais de l’argent… l’édition originale avec les illustrations d’André Masson, oui

 

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