Darien / Vidocq Gentlemen

Lorsque j’ai lu “Le voleur” de Darien, ce texte si intrigant qu’il fait encore jaser sur la véritable vie de son auteur, je me suis dit que je lisais là le lieu d’avènement du modèle du “Gentleman cambrioleur”, l’Arsène Lupin de Maurice Leblanc… Les parutions des livres des deux auteurs, si proches, pouvant entériner cette thèse. Je m’étais dit ça sans recherche, comme ça, et ne sachant pas que les spécialistes en pensaient déjà quelque chose…

Mais je n’avais pas encore lu les mémoires de Vidocq ! Voilà d’ailleurs deux textes qui méritent largement la lecture, “le Voleur” de Darien est étonnant, bavard, idéologiquement trouble, aussi trouble que la psyché du personnage, et l’écriture en est presque aussi inégale que les mémoires du célèbre Vidocq. Il n’y a donc pas que « les Particules élémentaires » qui soient à la fois inhomogènes et célèbres…

Ainsi, parmi les indices qui plaident pour imaginer Darien en véritable cambrioleur, il y a quelques envolés lyriques étranges qui dénotent dans un récit plus distancié, c’est-à-dire simplement romanesque. Parfois, un moment de bravoure littéraire à la poésie emportée, vient scander le récit ironique et viril, comme si l’auteur était happé par quelque chose qui le dépasse, une confession, comme une coïncidence entre le texte et sa vie.

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Quant à elles, les mémoires de Vidocq ne sont pas homogènes pour une raison plus évidente. Si l’on croit Vidocq lui-même, il n’a pas écrit la première partie qu’il aurait laissée à un professionnel sur les conseils de l’éditeur. Professionnel qu’il aurait ensuite viré soit par paranoïa, soit parce que réellement ses ennemies politiques avaient ainsi imaginé manipuler ses mémoires.
 À la lecture, c’est évident : d’un texte « à charge » rapide et désincarné, on passe brusquement à des mémoires détaillées, ornées d’incroyables conversations dans un argot in-inventable et d’anecdotes croustillantes. Donc, quand Vidocq écrit lui-même ses mémoires, c’est meilleur et infiniment plus riche !

Alors qu’il serait difficile de considérer ce texte comme un chef-d’œuvre de l’époque, j’ai été fasciné par la quantité d’information sur la période postrévolutionnaire que nous apporte ce livre ! Et surtout, au fur et à mesure de la lecture, j’avais l’étrange impression de revisiter le grenier de la littérature du XIXe, et pas de la littérature populaire, non, de la littérature tout court ! Indépendamment de la surprise de découvrir un personnage résolument orienté à gauche, il explique la délinquance par la sociologie et exècre la police politique, il nous ouvre les portes sur son époque comme personne. J’étais donc en présence d’un véritable hypotexte du XIXe. Et Vidocq, qui passe son temps à s’évader du bagne, en profite pour décrire par le menu ses co-détenus les plus pittoresques, et c’est dans ceux-là qu’on trouve éparses les qualités qui fabriquent déjà la grande figure du célèbre Lupin.

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