décantation

Cet article est référencé dans : littérature, sociologie

Je tousse, je crache. Évacuer la poussière de l’atelier de mon père est une tâche herculéenne. Ce serait con de crever de ce qui l’a peut-être tué.

Je laisse décanter mes lectures croisées, et vient le sens, tranquillement. Il m’est impossible aujourd’hui de réprimer la lecture de classe. Le contraste entre les petits délinquants de Carco et les bobos viennois de Musil, personnages qui ne se croiseront jamais, rend lisible des choses qui peut-être, m’auraient échappé avec cette acuité là si je m’étais simplement plongé corps et âme dans « Lhomme sans qualités ».

Le mépris de classe n’est pas absent chez Carco, qui reste malgré tout un petit-bourgeois qui s’encanaille en littérature. Ses pauvres sont incapables d’articuler, incapables de se comprendre eux-mêmes, et ont même besoin qu’on leur explique la vie, leur vie, et la moindre de leur pulsion. Il faut qu’ils croisent deux encanaillées, une écrivaine-journaliste anglaise et une artiste bohème, qui « n’a pas besoin de voler, elle », pour que sens et destin s’expriment en mot, jusqu’au tragique qui les transforme en simples pantins d’un drame romanesque. Le pauvre petit délinquant à belle gueule n’était qu’un personnage d’une fiction mélodramatique fantasmé par une jeune lettrée désœuvrée.

C’est donner à l’éducation un pouvoir qu’elle n’a pas. Si le niveau social et scolaire rendait clairvoyant, le monde ne serait pas ce qu’il est. Et la pauvreté ne rend pas plus con qu’un autre. Et si l’on s’imagine qu’elle rend méchant, ce qui ne serait que justice, c’est oublier que la richesse provoque très couramment narcissisme, défaut d’empathie et cruauté gratuite.

Ce qui nous ramène aux dilettantes bourgeois de Musil, qui d’un coup, en deviennent insupportables de suffisance. j’ai lu une centaine de page oiseuse (le titre !), très agréable, oui, si l’on se laisse porter par le texte sans en saisir le sens.

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