Désirs

Cet article est référencé dans : Ma vie normale

Oui, mais son désir à elle ? Y revenir… Je suivais l’agenda de son désir. Depuis le début, orgueilleux, je ne faisais que suivre le sien.  C’est devenu particulièrement visible quand elle est partie. Même si progressivement, elle va reprendre ses habitudes avec moi, lentement, lentement, au fur et à mesure du délitement de cette nouvelle histoire, je vais vivre la seule vraie période de ma vie vraiment solitaire. C’est à ce moment-là, celui-là, que je vais glisser dans un abandon social total. Je vais me laisser aller. Je n’ai plus d’argent, et je n’ai pas la motivation pour en gagner. J’achète des paquets de riz, je coupe ça en portion, et ça me fait des repas… ça va durer peu, mais j’exploitais cette propension au dénuement qui reste toujours là, quelque part, ne demandant qu’à s’exprimer chez moi.

Je retrouve des notes d’époque, datées :

Dimanche 8 janvier 1995, 20 h 30

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p style= »text-align: justify; »>Samedi après-midi, j’ai été longuement regarder mon dernier tableau à l’atelier. En me tournant vers les HLM, j’ai eu une pensée mauvaise : « après tout ce qu’elle m’a dit, elle n’a pas d’autre idée que d’aller chez B. ! ». C’est peut-être injuste. Je ne sais pas. Je suis rentré chez moi et j’ai téléphoné à D. et F. et je me suis fait inviter à bouffer pour le soir. J’ai téléphoné à H. qui travaille au Musée et je lui ai donné rendez-vous au café du Commerce. Je me suis changé et je me suis enfui. Ma première sortie en célibataire. À quatre, nous avons passé une soirée salutaire. Nous avons beaucoup ri. C’était détendu et on a fini par ne parler que de cul, même D… Après cette excellente soirée, nous sommes rentrées en taxi, H. et moi, ce qui m’a coûté cher. Tant pis.
 Ce midi, on a fait une bouffe chez mes parents. D. n’est pas venue. J’ai tellement mangé que j’ai eu mal au ventre pendant deux heures. On est sorti de table à 18 heures. H., F. C. et C. M. se sont payé une soirée diapo de mon père – célèbre soirée diapo – pendant que je jouais au Mah-jong avec Fred, Yuk Wa et F.B. 
Maintenant… Maintenant je regarde le film sur l’abbé Pierre avec H. Comment se fait-il que je ne sois pas heureux ? J’ai envie de pleurer et ce n’est pas le film qui me touche… Je pense toujours à elle sur le clic-clac, le corps recroquevillé, les genoux pliés, tant que je peux la prendre entièrement dans mes bras. Et son regard à ce moment-là. Je l’aime trop pour que deux ou trois folasses puissent me distraire. J’ai essayé de la dessiner comme ça. Je n’ai pas réussi. Oserais-je lui demander de poser dans cette position ? Il y a des choses profondes et graves, comme son regard parfois.

17 janvier 1995

Je regarde l’étrange petite Mairie par la fenêtre. Il est 16 h 37 à la grande horloge. Tout ce que j’avais à faire c’est fait très vite, sans que je m’en rende compte. Je n’ai pas pu me masturber en sortant de mon bain, car J. est arrivé pour la séance de pose. Je bandais lorsqu’elle est partie travailler. La séparation a été brutale, comme si une lame m’avait coupé l’érection. Castré. L’envie a tourné au vinaigre. J’enfouis ma tête dans le tee-shirt qu’elle a oublié sur la poignée de la fenêtre. J’y cherche la bonne molécule, celle de son odeur, celle qui me passe dans le corps et le cerveau comme une drogue. Comme un chien, je la trouve, cette précieuse trace et décide d’écrire pour anesthésier la frustration sexuelle.
L’attraper, je n’ai que ça dans la tête. La serrer, la pénétrer, par n’importe quel moyen, n’importe comment, la pénétrer. Une drôle de peur, sourde, me serre la gorge. Je suis serré de partout. C’est violent, bon et douloureux. Je n’ai plus de passé, plus d’histoire, nous n’avons plus de passé commun, plus que l’instant. Comme des personnages neufs, d’une nouvelle histoire, une autre histoire, pas prévus, une histoire jeune de sexe pur.
Je souffre littéralement du manque de baise. Maintenant j’ai envie. Pourtant, je n’ai jamais autant baisé. Pourtant hier soir c’était encore différent, encore mieux. Je ne peux plus me penser autrement que tournant autour de l’axe unique de mon sexe dans le sien. Toute ma vie découle de mon sexe éjaculant en elle. Ma respiration, ma pensée, mes sentiments…
Je ne peux que trop la désirer, la faire fuir… mais je ne peux pas la frustrer, la laisser en manque… ni fuir. Trop envie. Trop bon. Trop bien.
Éternel début d’histoire.

Le 2 juin 1995

Hier soir, je sentais la catastrophe arriver. Une fois de plus je n’ai rien pu faire. Je suis parti en disant de ridicules paroles définitives. Je vais l’attendre toute la journée…

2mai95

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