Elvifrance l’infernal éditeur

Un objet. Un livre. De distinction, assurément, distinguant ceux qui l’auront dans leur bibliothèque et les autres. L’évocation d’un héros français discret, l’éditeur Georges Bielec et dont pourtant je connais le nom depuis… Je me demande bien ? Quand et comment ? Est-ce ces « années de la BD » des années 80 qui commençaient à lorgner sérieux sur le phénomène des petits formats, notant déjà que l’objet vulgaire par excellence recelait des pépites ? Ou de ces années du début des réseaux, qui voyait se constituer l’armé sous pseudo des amateurs qui s’entre-éclairent ? Je ne sais pas. J’ai toujours eu un regard sur le phénomène et nous, avec Céline, en avions parfois ramené d’un bouquiniste ou d’une brocante…

Dans mes générations, peut-être hors la bourgeoisie condamnée à Tintin, nous les avons tous croisés clandestin, car encore dans l’enfance, parmi une constellation de BD « petit format », ces plus sales, ces plus vulgaires, ces plus inavouables des lectures, de celles qui nous provoquaient les sentiments les plus contrastés, entre dégoût et désir trouble. Elles étaient « laides » et d’une extrême violence. « Mal dessinées » disait-on. Ce qui n’était pas si vrai. Ce dont le journal Metal Hurlant commencera déjà à me parler dans l’adolescence. On les savait italiennes. Il se disait que tel ou tel grand dessinateur y avait laborieusement gagné sa vie. Et c’est tout.

(D’où ma surprise d’aujourd’hui, de rencontrer les jeunes générations venant d’Italie qui ne savent rien de cette histoire.)

D’où l’importance du livre édité aujourd’hui par United Dead Artists superbe gros pavé en trois grandes parties : le texte de Bernard Joubert (français et anglais), très éclairant sur cette part d’ombre de l’édition française et sur les mécanismes de la censure. Une superbe anthologie de couvertures françaises des différents titres de l’éditeur. Et enfin, pour moitié, les hommages et parodis de dessinateurs contemporains qui révèlent l’imagerie sadienne et kitch des Elvifrance comme l’une des sources du post-punk, néo-gothique & trash contemporain. 

Ont participé à l’hommage : Yvan Alagbé, Martes Bathori, Gilles Berquet, Marie-Pierre Brunel, Guy Brunet, Julien Brunet, Marc Brunier-Mestas, Olivia Clavel, Zélie Doffémont, Gabriel Evrard, Diego Fermin, Frédéric Fleury, Irène Gérard, Céline Guichard, Joël Hubaut, Patrick Jannin, Joko, Jürg, Jurictus, Philippe Lagautrière, Nicolas Le Bault, Bertrand Leonard, Leyd, Laurent Lolmède, Mïrka Lugosi, Marine Luszpinski, Anne Mathurin, Stu Mead, Benoît Montjoie, Moolinex, Saralisa Pegorier, Tom de Pékin, Kiki Picasso, Jacques Pyon, Bruno Richard, Jessica Rispal, Xavier Robel, Samplerman, Stéphanie Sautenet, Tanxxx, Dominique Théate, Amandine Urruty, et Aleksandra Waliszewska.

Et à ce propos, aucun éditeur traditionnel n’aurait fait un livre aussi beau, à la fois historique, documentaire et véritable objet d’Art.


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