Eros et rail

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Quand le rail te mène au mur…
Je veux de nouveau ouvrir ma vie.

Donc, me débarrasser méticuleusement de mes entraves. Et ne pas avoir peur du vide. Parce qu’évidemment, nous sommes si bien dans la servitude, si douillettement enfoncée dans nos habitudes, que le moindre changement fait peur. Avec l’obligation, peut-être, horreur des horreurs, de devoir choisir. Mais le choix est toujours un leurre. Ou plutôt, si le choix existe, il est toujours contraint et les choses se décident dans cette mélasse de causes qui compose les instants de notre vie. Alors, pourquoi avoir peur ?

Ouvrir. Il faut détruire des murs, jeter sans regret, sans se retourner. Avancer vers le vide, celui qui offre le plus de liberté. Se méfier des rails. Regarder au loin, l’horizon, pour repérer les murs. Je vais tester, me tester, savoir si je suis encore capable d’avancer sans me retourner, de reprendre à zéro, sans peur, sans hésitation.

Et la peur se mélange toujours à l’excitation, cette excitation animale à sentir les possibles… Retrouver le plaisir de sentir sa vie… Le vrai sens de l’érotisme…

Ces derniers mois, j’ai regardé ma bibliothèque avec un regard neuf. Elle n’est plus la prothèse qu’elle a été toute ma vie, cette machine étrange qui me permettait d’un regard de retrouver une phrase, un auteur, qui m’aidait à penser seulement en la parcourant des yeux, mais une falaise massive, une masse insurmontable que je ne peux plus envisager de porter, physiquement, et donc de déplacer… Ce mur m’ancre, me fixe et il me pèse. Que faire de « ça » ? Ma bibliothèque numérique est infiniment plus vaste que celle-ci et elle loge dans ma poche, m’accompagne comme je veux, s’installe sur un nuage… Que faire de ce tas de papier poussiéreux qui m’encombre et m’empêche de bouger ? Je découvre brusquement qu’avoir une bibliothèque est un réflexe de propriétaire. Si tu n’as pas la maison autour, immeuble parmi les immeubles, avec toi dedans, obligé d’habiter là jusqu’à la mort, elle est plus qu’un boulet, elle est un anneau d’acier qui t’attache au mur inquiétant qu’elle compose.

« Puisque tout passe, faisons la mélodie passagère »

de Rainer Maria Rilke, à préférer au terrifiant

« Que rien ne te trouble
Que rien ne t’épouvante
Tout passe 
»

De Thérèse…

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