Jarmusch tue la tête

Dès les premiers plans de « The Dead Don’t Die », se sentir bien, comprendre qu’on est devant une œuvre de l’esprit, par un réalisateur, juste ça, tranquille, qui articule des plans simples avec l’évidence de l’expérience. Se détendre. Parce que le cinéma, on ne le dit pas, est un médium stressant, qui aime te brasser vulgaire, te salir, te violenter et même t’éclabousser (moralement) de merde (si encore c’était scato !). Là non. Même surpris, aux premières minutes, devant l’élégance et la malice du spectacle. Devant la manière dont la caméra accepte les acteurs, les laisse s’installer. Enfin ! Simplicité. Simplicité. Si ça pouvait faire école !  Surpris aussi de la modestie de l’un des rares vrais réalisateurs mondiaux, devant cette manière de presque s’effacer derrière Lynch, les Coen, Hitchcock, etc. 

Pourtant, il est en famille.

Se marrer tout du long, à chaque plan, non par un crétin secouage de caméra, mais par sa manière, encore une élégance, d’extraire l’humour et même l’absurde du pseudo-tragique codé du genre. Ce n’est pas un film de zombie, c’en est l’antidote.

Bon, « The Dead Don’t Die » n’atteint pas l’absolue jubilation d’un « Broken Flowers », mais il distille un plaisir « durable », solide, et tenu ferme jusqu’au bout. Une blague légère, en apparence, fêlée par la mélancolie.

Et m’intéresse moins au discours premier, même si j’apprécie qu’enfin quelqu’un remette la métaphore du Zombie sur ses pieds, après 15 ans (20 ?) de retournement par l’extrême droite. Clairement énoncé, on retrouve ici le Zombie critique de Romero. Pas celui de la bourgeoisie paranoïaque qui tente de justifier l’extermination du peuple pour son petit confort. 

Pas complètement ému non plus par la fêlure, cette complainte du survivant qui a vu tout ce qu’il aimait disparaître (les guitaristes ?). Oui, tout ce que tu aimais est mort, Jarmusch. On en est tous là. Condition. (Mais après tout, s’accrocher au souvenir de ce qu’on a aimé, n’est-ce pas toujours le sujet de Jarmusch ?).

Sur la bêtise d’un monde qui ne comprend pas ce qu’il s’est lui-même infligé, d’autres déjà. Mais il est nécessaire d’enfoncer le clou.

Sur le genre… Qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Si ce que tu aimes, c’est passer dans le tambour de ta machine à laver avec toujours le même programme, va ! (Il y a pléthore de réalisateurs fascistes qui t’attendent pour s’enrichir).

De ce film, j’en garde rire, sourire, mélancolie et tendresse, le tout emballé d’un geste esthétique évident. Et puis, si le film ne fait pas sursauter (pas une obligation), sa véritable violence se distille sourdement, et Jarmusch, lui, m’a surpris et ramené au cinéma. Ça me va.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.