J’avais promis

J’avais promis de ne jamais chercher du travail. Mais voilà, nous étions entassés maintenant dans mon appartement de 45 m2. Mais je n’aurais pas le temps de chercher…

Vendredi soir, il est venu, et je lui ai dit « c’est de ta faute. Tout ça est de ta faute, tu le sais ? » « Oui, je me souviens ». Il est maintenant à la retraite. « C’est toi qui m’as appelé pour bosser dans ton musée. C’est toi, c’est pour ça que je suis venu, et c’est comme ça que je suis rentré dans cette collectivité qui ne m’a jamais laissé partir ! » Il rit. C’est vrai. Je me souviens « ça ne t’intéresserait pas ? Un an… juste un an… » Pourquoi pas ? J’étais brusquement chargé de famille. La bohème devait bien s’arrêter un jour. Je ne mourrais pas dans un fossé. C’est de sa faute, il m’a sauvé. Et m’a condamné à une vie que je ne connais pas encore, que je vais connaitre, qui va me rentrer dans le corps, profond, et dans la tête, pire encore. Une vie basse. Et c’est d’ici, de ce petit musée, que je vais rencontrer mon premier Mac. Et bientôt la première connexion.

Ha, le temps est intéressant. Ce qui reste, ce qui a disparu, ce qui me revient à fouiller le passé. Tout ça est étrange. Sa propre vie comme une matière chaotique, comme une surface opaque dont je tire deux trois poissons plus ou moins frais. Lorsque j’étais enfant, je pêchais le Calicoba, petit poisson plein d’arêtes. Le premier que j’ai sorti de l’eau, je le vois encore comme un monstre, immense. Et j’ai encore dans le nez l’odeur de fraichin des bords de rivière, dans le petit matin, avec des brumes et les yeux lourds. Nous avions des cannes colorées, et j’aimais les vieux magasins de “chasse et pêche”. Toutes choses qui me dégouteront rapidement. Ce refus des choses familiales, autour de l’âge de dix ans, correspond au début de mes ennuis. Je ne voudrais plus aller à la chasse. Je ne pêcherais plus. Je refuserais tout ce qui me sera donné.

Oui, je suis extrêmement sensible. Oui, j’ai des nerfs, et aujourd’hui, je sais que les nerfs servent à souffrir et à jouir. Et si tu refuses de jouir, alors ta vie s’abandonne à la souffrance. Mais ce que me proposait le monde n’était pas assez stimulant. Les filles que j’ai croisées ne me proposaient que des parfums bon marché, des gestes mous, des amours fades. J’étais avide. Une aspiration trop extrême. Je ne voulais pas d’amour. Je voulais la passion. Je voulais mourir d’amour. Je voulais courir, me sortir le cœur de la poitrine, je voulais user mon sexe jusqu’à la douleur, je voulais goûter à tous les sucs. Je voulais jouer en vrai. Moi qui ne supporte aucun jeu, qui m’ennuie des artifices, je n’aime jouer qu’à la vie.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :