Jim Tully solaire

Je lis Ombres d’Hommes, de Jim Tully, ironiquement édité par Lux en 2017, et suis rentré dedans au premier mot (ce qui devient rare pour moi). Et découvre là un auteur prodigieux, précurseur, dit-on, de ce hard boiled qui va impressionner et quantitativement dominer la littérature mondiale jusqu’à aujourd’hui. Mais à la lecture, ce qui me vient, c’est plutôt l’impression de lire le dernier western… Oui, Western par l’époque, ses récits de souvenir étant naturellement ancrés dans l’Amérique du XIXe siècle. Et encore la chose me gêne, car pas grand-chose de romanesque au sens des codes de genre chez Tully. Et l’enfermer dans un genre, c’est  peut-être une manière de le dompter, d’affadir sa dimension majeure, celle de témoignage. Tully, c’est une grande écriture sans afféterie, qui roule et embarque, fondée massive par l’expérience du réel, de son ironie et de sa plus cruelle rugosité.  C’est aussi un texte politique qui balance (comme Jim Thompson d’ailleurs) quelques vérités sociales au détour d’une phrase ou d’un dialogue. On est très loin des infantiles enquêtes de privés infantiles qui suppurent la commune paranoïa fascisante, mais bien dans une écriture « embedded » du fondement social. 

Mais la part la plus troublante à la lecture de Tully n’appartient qu’à nous, pauvres français, qui avons dû attendre un siècle pour le lire correctement. Et le choc en est plus vif à retrouver neuve la matrice de ces personnages « de western », justement, et de vagabonds qui ont bourlingué dans tout le cinéma US du XXe siècle, de Chaplin (pour lequel il aurait travaillé) aux frères Coen…

L’édition de Lux, couverture un peu fragile, mais pages solides et souples, bien typographiée, est illustrée par les dessins (d’origine je pense) un peu mangés par l’impression de William Gropper. J’aime en général les éditions illustrées, mais celles-ci d’illustrations sont dispensables, juste mignonnes, mais n’apportant rien, et même plutôt en dessous des extraordinaires portraits de personnages de Tully. Pourtant, on aura pu attendre quelque chose de solide de cet espèce d’enfant américain de Grosz et Ernst…

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