La paresse de Malevitch

Publié le 2 janvier 2011

J’ai une grande sympathie pour Kazimir Malevitch. C’est irrationnel et si ancien que je ne sais pas à quoi ça tient. Et je me rends compte que malgré cette sympathie, je n’ai toujours pas lu ses écrits sur l’Art. En attendant, j’ai attrapé ce tout petit texte posthume qui rejoint la collection des  toujours réjouissants éloges de la paresse ou de l’oisiveté. Ses cousins de Lafargue et Russell doivent traîner quelque part, mais j’ai la flemme de les y chercher. Donc Malevitch aussi fait partie de ces initiés qui savent cette grande vérité sur l’humanité ! Et certains mauvais esprits en tireront peut-être la conclusion qu’il en était arrivé au carré blanc sur fond blanc par paresse… Ceci expliquant cela… Mauvais esprits, en effet. 

Logique circulaire, embrouillée, répétitive, ruminée jusqu’à l’absurde (et franchement, si vous voulez mon avis, la « vérité effective de l’homme » est plus son aversion pour l’ennui, véritable mère de tous les vices, que la paresse), explique peut-être que son auteur n’ait jamais publié cette note-ci. J’ai du mal à croire qu’elle pu être maudite par sa seule force subversive. Encore que. Mais, au milieu de cette divagation philosophique paradoxalement très XVIIIe, une chose amusante à la page 20 : donc, la finalité du capitalisme serait de permettre à certains de s’adonnent à l’oisiveté en faisant trimer les autres, et celle du socialisme de mener à l’oisiveté générale en faisant trimer les machines. Et enfin, qu’il faudra bien un jour que la machine se libère à son tour pour reporter la tâche sur un autre « être ». Et il conclut « Ainsi, donc, tout ce qu’il y a de vivant tend à la paresse ». Et nous apprenons grâce à Malevitch que les machines sont vivantes et qu’elles s’émanciperont un jour en faisant bosser quelqu’un d’autre… Hum… Mais j’ai bien peur que cette histoire ne soit une boucle, et que, grâce à l’IA qu’il ne pouvait imaginer, la machine ne s’émancipe en nous remettant au taf ! Mais il l’avait prévu puisque plus loin, il annonce un monde ou ne reste que la machine… Voilà qui est beaucoup plus amusant que le véritable sujet de ce texte pittoresque, qui permet quand même, avec quelques efforts, de deviner les ressorts de la pensée suprématiste. La quête de la pureté, chez Malevitch, prend bien des chemins de traverse !

Kazimir Malevitch La paresse comme vérité effective de l’homme. Allia 1995 (pour mon édition, 2010).

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