Les Champs, plaine de Gennevilliers, étude en jaune et rose

Voilà comment on m’a enseigné Gustave Caillebotte : un petit maitre, un suiveur qui voulait avoir des amis, un dilettante bourgeois.

Et puis l’autre jour, Pascal Blanchard partage sur facebook cette reproduction d’un tableau que je ne connaissais pas : « Les Champs, plaine de Gennevilliers, étude en jaune et rose 1884 ».

Je me rends alors compte que je ne connais Caillebotte que par ses raboteurs de parquets et quelques balcons et portraits… Et je découvre avec un certain étonnement cette perspective de champs de 1884 d’une incroyable modernité par son dépouillement radical. Et qui, par ce dépouillement, devient moins pittoresque de bien des paysages de ses grands contemporains.

Je me demande quelle dose d’inconscience il fallait pour peindre en 1884 cette perspective de champs, rase, exempte de tout détail à l’exception d’une légère vibration d’arbres à l’horizon ? Car il est bien plus difficile de ne presque rien représenter que de dessiner « quelque chose ». C’est bien plus difficile et plus casse-gueule. Et ne vraiment rien représenter demandera une émancipation collective qui prendra encore bien des années.

La curiosité me fait parcourir d’autres toiles de Caillebotte. Semble s’y opposer un dépouillement qui annonce parfois l’abstraction et un souci naif du détail photographique qui frôle l’image documentaire. Souvent, cadrages photographiques donc, déformations optiques des objectifs et horizon bancal d’une photo bancale même pas rectifié au décalque à l’huile… Quand il s’émancipe de la photographie, sa part de naïveté ressort, évidente, par un dessin maladroit et des raccourcis peu maîtrisés, mais il reste toujours ce désir de réel qui nous offre une trouée sur son siècle. Par des couleurs limpides et réalistes, c’est un fascinant reporteur de son époque. Et cette forme de limpidité premier degré additionné à une presque absence de choix du motif, ou pour le moins choix de motifs « sans qualités », en fait maintenant pour moi plus un réaliste qu’un impressionniste.

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