L’étreinte du serpent

Vu hier soir un très beau film plus complexe qu’il n’y paraît. Fleuve-movie à la photo précieuse, L’étreinte du serpent est d’un onirisme subtil qui flirte à peine avec le fantastique. Évoquant sans ostentation, d’une larme,  Aguirre, la colère de Dieu pour les parages de la folie ou Apocalypse Now pour la secte déviante, le film se garde de la violence, la laissant hors champ, pour n’en présenter que les conséquences… conséquences parfois lointaines et inattendues comme le syncrétisme psychotique bricolé par un groupe d’enfants abandonnés à partir des enseignements des missionnaires. C’est toujours une bonne surprise quand un film ne se vautre pas dans la violence. Celui-ci, grande nouveauté légèrement décolonisée et un poil naïve, se focalise sur le point de vue indigène. « Avant », nous aurions eu droit à l’initiation du blanc…

Pas dans le film de Ciro Guerra, qui, très justement, préfère raconter l’évolution mentale d’un autochtone par la répétition d’une situation de choc culturel. Celui-ci va devoir comprendre, grâce à deux rencontres, l’importance universelle de la transmission du savoir. Car le film, n’est pas l’histoire de l’initiation d’un blanc matérialiste à la mystique de la forêt, mais bien le parcours d’un indien déjà initié qui va devoir accepter d’appartenir à un monde infiniment plus complexe et plus vaste que sa forêt d’origine. Je suis peu sensible aux contes initiatiques, et je préfère largement celui-là qui instrumentalise le cycle mythique de la seconde chance pour parler de transmission, de mémoire et d’amnésie, d’acculturation et d’enseignement universel.

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