L’infinie patience des Botocudos

Publié le 10 septembre 2019

Celui-là, je sais d’où m’en vient la lecture : de David Duquerroigt sur facebook qui cite ce livre de Jean Marcenac, obscur écrivain surréaliste (obscur pour moi, évidement).  Juste ce qu’il faut hors contexte, hors tout, par ce David grand seigneur du hors-propos (la formule est de Marcenac) pour m’intriguer assez et m’inciter à trouver ce livre à l’esthétique étrange, vraiment, dont les codes paratextuels sont difficiles à décrypter aujourd’hui. Bon, cette étrangeté a une histoire, une histoire oubliée qui se mêle à des pans tout aussi oubliés de l’Histoire : éditeurs français résistants pendant la guerre, se réunissant ensuite en « les éditeurs français réunis » d’obédience clairement communiste, et produisant des livres au graphisme intriguant. De cet éditeur, je n’en possède qu’un seul autre (je crois) que je n’ai jamais lu : «Valia» de Vera Panova, avec un dessin du peintre Luc Simon.

Il n’empêche que la nouvelle éponyme, sur ces « Botocudos », est un drôle de texte, entre récit imaginaire de voyage imaginaire dans une contré imaginaire très XVIIIe, très Raymond Roussel aussi, et le poème surréaliste de ce surréaliste là, comme il se doit. Mais l’écriture ? Un poil de manière. Mais la frontière entre manière et somptuosité est si fine qu’il faut peut-être accepter qu’il y a là morceau d’esthète qu’il ne me surprends pas de découvrir par David :

« Et des insectes d’or allaient de l’une à l’autre tête, féconds, fécondateurs. Heures de communion bénies, heures trop rares où la joie se mêle au frisson des feuilles. Mais l’hiver revenu, tombé comme un plongeur sur ces êtres arborescents, de nouveau les rendait à leurs têtes hargneuses, à leur couronne d’épines, à leurs buissons de gestes. » 

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