Mais le vide reste muet

Où es-tu ? Que fais-tu ? à quoi penses-tu ? La limite de ta magie : l’absence. Cruelle torture. Se soustraire alors qu’on est encore vivant, qu’on devrait être là, pulsation, qu’on devrait remplir l’espace, le justifier même. Provocation, se soustraire.
Tomber amoureux d’une fille qui s’éclipse, qui passe toujours le coin de la rue, cet instant si violent, qui disparait dans la nuit, sans direction, sans indice, sans enquête possible. Où es-tu ? Que fais-tu ? Sais-tu que ton absence est une torture ? Tu es là ? Tu m’observes ? Tu attends ? Tu attends quoi ? Que j’agonise enfin ? Que je me torde encore ? Que je m’immobilise, ver épinglé, dans un dernier spasme ? Reviens !
Les prières au vide. Mais le vide reste muet.
Alors, comme tu te retrouves dans ce vide, tu vas penser, soubresaut ridicule, tu vas penser aux autres filles. Et tu vas regarder et accepter ce que tu n’aurais pas dû voir, normalement. Et puis, mimétisme, tu vas vouloir faire comme elle, adopter sa vie, tenter d’être un courant d’air, un oiseau dont les ellipses restent imprévisibles. Mais tu es prévisible, toi. Et tu es plus lourd que l’air. Et surtout, ta main, qui prend la hanche, compare, chaque corps qui se présente ne vaut que par ses différences avec le corps étalon, les peaux ne valent que comme textures étrangères qui rendent plus cruelles l’absence de la seule peau qui vaille. Et même le visage, et même le baiser, se calque d’une couche fantomatique du masque qui manque. Lorsque ce visage-là, de l’absence, ne vient pas s’interposer, autoritaire, interdisant l’accès.
Alors, il ne te reste plus qu’à reposer, prostré, loin des regards, en écoutant chacune de tes respirations fiévreuses, désirant alternativement que ce soit la dernière ou la première d’une nouvelle vie.