Merde, Choron.

Le plus grand créateur de périodique français de la fin du vingtième siècle est mort.

Oui. Les autres sont des nains, des pisses-petit, des propres du fond. Un ramassis de bien élevé incapable de désobéir à leur mère, incapable d’inventer, juste bon à formuler joli, à ressasser à longueur de pages inutiles, instantanément désuètes, leurs certitudes héritées. Pour savoir ce qu’on doit penser de l’ensemble de cette prétentieuse production de journaux, revues et magazines des quarantes dernières années, il suffit de se pencher deux secondes sur leurs équivalents du dix-neuvième siècle et d’y fleurer les seuls fumés qui s’en dégagent encore : la bêtise et l’ennui. Les sérieux suffisants nous assassinent le temps et persistent à longueur de faillite et de renflouement suspect à se croire pertinent.

Oui. Lui n’était rien, même qu’il s’invente un improbable titre pour compenser. Il sort de rien, pas comme les autres, ceux dont la famille à payé leurs vertus. Il n’est ni écrivain, ni artiste, ni poète, ni intellectuel en quoi que se soit, ni journaliste et surtout pas savant. Rien. Un type. Mais les autres sont des moins que rien, des empêcheurs, des nuisibles, des cons, rien que des cons. Et celui-là qui n’est rien, c’est lui qui va faire le plus beau journal, le seul qui continue la ligne bordélique et sublime de la culture française, qui va donner à la fin du siècle dernier sa pierre pour la cathédrale de l’esprit. Pas les autres, juste bon à torcher le cul d’un pape. La vie vive de l’esprit fier et libre sera dans ses pages, grâce à lui et grâce à ses amis, à sa capacité à se faire les amis qu’il fallait.

Oui. Seul ceux qui savent vraiment ce qu’il y avait dans Hara Kiri savent de quoi je parle. Quoi et qui surtout. Ceux qui savent voir et lire, en vrai, par dessus leur éducation, cette saleté qui embrouille l’oeil. Je voulais dire ça de son vivant. C’est la merde. Ils sont tous en train de crever, certain comme Reiser ou Coluche depuis pas mal de temps. D’autres bien vieux alors que je les ai toujours connus, qu’il me semble avoir dans l’oeil leurs images depuis ma naissance. Je m’en veux de savoir ce qu’il a fait, de mesurer dans ce monde de merde la mesure de ce qu’il a accompli avec une telle décontraction, une telle désinvolture, l’indice de la vrai élégance, en rotant à la gueule des suffisants, des adorateurs de la mort. Lui était de la confrérie de ceux qui savent que la vie sent le cul.

Oui. Vous croyez qu’on lit quoi encore aujourd’hui du quinzième siècle français ? Villon. Et du seizième siècle ? Rabelais, avec plaisir, et comment devrait-on nommer ceux qui trouvent admirable pour ce quinzième et seizième ce qui les dégoûtent pour aujourd’hui ? Villon, Rabelais, en passant par les grotesques des cathédrales, Diderot et l’outrance de Voltaire, le meilleur de Rimbaud et les excès du Marquis, L’argot sublime de Céline, etc. la culture Française est là, et pas loin de la gloire de la culture mondiale, après tout on peut y rajouter Shakespeare à la liste des grotesques, j’y vais au hasard, Peux pas tous les citer, impossible d’être exhaustif en deux mots. Il n’était pas seul à l’échelle de l’histoire à savoir ce qu’il savait. Mais dans l’époque, il l’a été pas mal.

Oui, son journal a habité les chiottes des rustres de son vivant, il sera un fleuron des bibliothèques des collectionneurs du futur alors que les pages des autres, si sûr de leurs valeurs, finiront où les siennes ont commencées.

* Cavana (le chef), Gébé, Topor, Reiser, Willem, Coluche, Fred, Wolinsky, Cabus, Desproge etc. etc. etc.

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