Origine

Il n’y a qu’une origine : la conscience de l’impermanence des choses, qu’on nomme aussi mélancolie. La conscience de l’impermanence est LE sentiment métaphysique. Ne cherchez plus, c’est l’unique origine de l’art…

C’est ce qui provoque la nécessité du fétiche, c’est-à-dire de l’objet manufacturé qui fait perdurer la présence du mort parmi les vivants. Le fétiche permet de lutter contre l’insoutenable absence du corps. Il existe avant la religion, qui apparait alors comme un phénomène collectif secondaire.

Tout le reste est futilité. Du fétiche de paille, de boue, de bitume et autres ingrédients magiques à la photographie, aux installations de Christian Boltanski, toujours, cette conscience de l’impermanence et la nécessité de garder trace.

Plusieurs stratégies :

Le marbre, le matériau durable en est une. Mais le rituel aussi, qui inscrit une forme dans un temps cyclique, mythique, illusoire, mais luttant contre l’insoutenable temps linéaire en permettant par la répétition d’imiter l’immortalité. Celle-ci de stratégie, par la répétition des mythes, est naissance de la littérature.

Il y a l’événement, l’anniversaire, qui doit inscrire dans les mémoires humaines ce qui devrait normalement ne pas y rester… Le mémorable, qui devra lui aussi s’inscrire dans un temps cyclique ou dans le marbre…

Stratégies futiles, mais toujours désir de lutter contre l’insoutenable impermanence des choses.

Il y a, deux dernières stratégies, la consolation de l’au-delà des religions, et enfin l’acceptation, l’insensibilisation que propose le Bouddhisme.

La conscience de l’impermanence est le cœur vif des douleurs humaines. Et la mise en forme de cette douleur se nomme esthétique.

Ainsi, cette douleur ne se termine pas toujours en cris et pleurs, mais en poème, chez Sappho dont nous connaissons miraculeusement l’existence à travers les siècles.(ce qui prouve qu’elle avait raison d’espérer en la poésie), en humour, pour se moquer de sa propre mortalité, et en sourire, ultime élégance des survivants…

« Les Muses m’ont donné la vraie richesse ;
Par elle je suis objet d’envie ;
même morte Il n’y aura pas oubli de moi. »

Sappho, Odes et fragments

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