Papa Maman Fiston, première livraison !

Publié le 16 novembre 2020

Bon, nous voilà de nouveau confinés. Mais grâce au click and machin, on peut de nouveau prescrire des livres sans avoir trop mauvaise conscience. Donc, enfin enfin, je peux parler d’une de mes lectures BD de 2020 :  Papa Maman Fiston de Lucas Méthé (Actes Sud BD). Normalement demi-surprise puisque j’avais lu quelques chapitres prépubliés dans la revue que Lucas Méthé fabrique à la main : Tchouc Tchouc. Et pourtant, malgré cette entrée en bouche, ce feuilletonnage à l’ancienne, j’ai lu ce qui s’annonce comme un premier tome d’une véritable épopée familiale comme si je n’en connaissais rien, tout au plaisir de la découverte, et même embarqué loin par un charme inattendu. Comme je pensais noter ici mon vif plaisir de lecture quand le virus nous est tombé sur la tête (ou dans la tête ?), j’ai eu le temps de relire trois fois déjà cet album. Et le fumé qu’il m’en reste encore là, sans usure, c’est une impression forte de liberté. Une liberté que je pense relativement rare. Je ne vais pas plus m’avancer sur la rareté, puisque je lis aussi relativement peu de bandes dessinées, mais ce nouveau Lucas Méthé, plus picaresque que romantique et plus absurde que structuraliste en comparaison de ses livres antérieurs, me convient entièrement, sans réserve, et me ramène même à des goûts anciens, primaires, pour une bande dessinée effrontée, fantasque et allergique à tout esprit de sérieux. L’esprit de sérieux étant ici l’ennemi de ces choses éminemment sérieuses que sont l’esprit et la liberté. 

S’il fût Werther (référence qui je suppose l’agace), Lucas Méthé se retrouve aujourd’hui en bonne compagnie, avec Herriman, Fred, Mandryka, Gébé, F’Murr et bien d’autres pour ce qui est de l’appréhension d’un médium comme espace d’expression qui n’a de règles que celles qu’un auteur veut bien se donner. Et peut-être qu’avec l’âge plus encore que lorsque j’étais un jeune lecteur boulimique du genre, j’espère de la bande dessinée qu’elle use sans mesure de ses libertés, grandes, et même ou surtout d’esprit d’irrévérence. Et j’ai trouvé cette forme d’aération qui me sied à la lecture de « Papa Maman Fiston ».

Pourtant, derrière ces petites aventures fantasques, poétiques ou grotesques et parfois quasi mythologiques, il me semble que le sec dessin à la plume de Lucas Méthé cherche une forme de rusticité qui sonne comme un manifeste et même comme une métalecture de l’Histoire du médium. Si la narration s’abandonne à la logique et l’illogique des personnages, c’est l’esthétique presque archéologique des planches qui prend en charge le discours de l’auteur sur ce médium qu’il questionne depuis longtemps. Fantaisie et profondeur, beauté du dessin, résonances historiques, tout est là pour me rendre impatient de lire la suite.

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