Prejugé japonais

Benjamin Frisch me balance en privé sur facebook trois liens sur des clips japonais, de ces inénarrables chanteuses pop acidulées sur-grimées sur-costumées…

Je les regarde en rigolant et une pensée me passe par la tête « c’est vrai ça, comment le pays qui a influencé le monde entier avec son esthétique dépouillée, son art du vide et de l’isolement, peut produire les machins les plus baroques du moment ? »

Et puis, tout de suite, première rectification :

Je fais une erreur en assimilant l’art aristocratique du Japon, qui a influencé l’ensemble des accrochages des galeries contemporaines occidentales à la culture populaire japonaise.

Et seconde rectification :

En dehors du zen, des jardins du même nom, de la « grande peinture » et de l’art floral, l’art japonais est plutôt baroque et apprécie même particulièrement le grotesque. J’étais donc simplement victime d’un préjugé culturel qui n’aurait pas dû m’effleurer malgré la maigreur de mes connaissances en histoire de l’Art du Japon.
 

Je me rendais compte encore une fois à quel point notre cerveau veut réduire tout à sa plus simple et plus commune expression. Et comment, d’un même élan, il a en horreur le complexe. Il faut toujours se faire violence pour accéder à une lecture plus précise d’un phénomène en prenant en compte l’ensemble des données disponibles. En m’abandonnant à ma première pensée, je réduisais une zone géographique prolifique à sa peinture sous influence Zen.

Et je zappais d’un même élan la sculpture traditionnelle, les textiles, tout l’artisanat surchargé et toute l’imagerie populaire qui elle, est en parfaite adéquation avec cette apparente nouvelle esthétique, dont le célèbre « superflat ».

De plus, injustice, je gommais une donnée historique majeure, c’est que ce pop baroque contemporain japonais est en effet un enfant de la pop culture occidentale des années 60. Mais cette dernière était elle-même une enfant des influences plus anciennes du japonisme : structures synthétiques, restriction de la palette des couleurs de l’estampe,  surcharge savante des motifs des textiles, fantastique, grotesque et sexualisation assumés.

Ainsi, comme le ping-pong de la littérature américaine et européenne des deux derniers siècles, j’étais juste en présence d’un des plus puissants jeux croisés de métissage esthétique !

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