Réminiscences

Je me souviens de ce moment où j’ai interrompu ma lecture, cette longue et unique lecture entreprise quelque part au moment du début. Cette première interruption, car longtemps après j’avais fini par identifier l’origine de ce tarissement soudain en imaginant que je vivais alors, par les hasards de la vie, dans l’un de ces romans que j’avais tant parcourus.

C’était un roman générationnel, de ceux que j’avais pourtant peu lus, un roman d’alcool, de sexe, de perversion et de violence, avec cette tentation de la mort, au bout des nuits et des passions. Un roman boueux, balayé par la pluie et la tristesse, qui aurait pu m’achever.
Folie.

Et là, brusquement, deux vies plus tard, après des années d’ennuis tout aussi poisseux que la boue que je mangeais de rage dans les petits matins du roman d’avant, je comprends, surpris par mon aveuglement, que je suis dans un nouveau roman, moins rock-and-roll et tout aussi venimeux, un roman de Balzac dans un décor de Balzac,  propre, ennuyeux et piégé d’entre-soi trompeur.

Je me trouve pitoyable de ne pas avoir identifié instantanément ce genre-là, ces personnages-ci, ces chausse-trappes pourtant si rebattues par la culture partagée de génération et génération d’écolier.

Il n’est jamais facile de reconnaitre la nature de sa geôle, lorsqu’on y est retenu dans l’obscurité.

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