Tout ce qui n’est plus perçu disparait

Tient, contrariant, je me souviens parfois de ce que j’étais — de qui j’étais — dans un autre temps. C’est si étrange.

Je me souviens comme je désirais être maintenant, sans pouvoir imaginer ce que serait « maintenant ».

Mais je voulais. Je ne voulais pas être contemporain de mon présent. Je ressentais ce temps, mon temps d’alors, comme déjà passé. Il me pesait, ce présent. Je voulais m’en débarrasser, comme d’une souillure, comme d’un boulet.

Je ne me plaisais pas.

« Vous plaisez-vous ici ? ». Non. Je ne me plaisais pas.

Je voulais… Je ne voulais pas vivre le temps qui me séparait de maintenant. Je ne voulais pas.

Ironie, aujourd’hui, lorsque je tente de saisir ce temps, cette tranche, cette chose qui sépare maintenant du début de ma conscience, je n’y arrive pas, je n’arrive pas à me souvenir. Ce n’est pas un trou, comme un trou de mémoire, mais une sorte de flou, de trouble, qui, je crois m’en souvenir, s’étale, longtemps, trop longtemps, mais sans certitude.

J’aime aujourd’hui, j’aime aimer, et être aimé. J’aime le sexe et la nourriture. J’aime le présent.

Tout ce qui n’est plus perçu disparait.

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