Un simple story-board

Aujourd’hui, en tout début d’après-midi, j’ai eu le privilège de feuilleter le story-board de l’adaptation BD de « Balzac et la petite tailleuse chinoise », par Freddy Nadolny Poustochkine. Je n’ai pas lu le roman de Dai Sijie qu’il avait écrit en français, et j’avais un souvenir très mitigé du film qu’il avait lui-même réalisé. Mais toute œuvre peut devenir matière à réinterprétation. Et ce qui peut alors en sortir n’est pas écrit. Après le roman et le film, Freddy Nadolny Poustochkine, répondant à une commande de Futuropolis, travaille actuellement à l’adaptation en bande dessinée de cette histoire d’amour et d’émancipation par la culture. De passage par chez moi, il m’a fait l’amitié de me montrer le story-board d’une bonne moitié de l’histoire.

IMG_28012Transcendant cette matière fictionnelle, Freddy a déjà dépassé l’état du story-board pour en faire un crayonné puissant. Mais, et je sais bien que c’est la cruauté de la bande dessinée, son « story-board » est bien au-delà d’une simple étape utilitaire de fabrication d’un récit graphique imprimé. Même si je savais déjà quoi penser de Freddy en tant qu’artiste, j’ai été très surpris par le niveau de son investissement esthétique pour ce qui devrait être une étape de travail destinée à disparaitre. De doubles pages en doubles pages, je passais de surprises en surprise et d’évocation en évocation.

Dans un autre contexte, celui d’un art non narratif, ce qu’a fait Freddy serait final et superbement final. je retrouvais d’honorables évocations des dessins de Gauguin, de Rodin, des bois expressionnistes de… (mince, déjà cité il y  a 2 billets), des corps de Camille Claudel, et des fauves. Moi qui goute peu le style qu’on nomme « Arty », j’étais enfin devant un objet hybride qui avait la rudesse et l’énergie que j’aime dans le dessin.

Oui, privilège, j’ai feuilleté tout à l’heure sur mon canapé une très belle chose, qui, en soit, est déjà un objet d’art. Je sais bien que l’exécution, mot terrible,  va faire gagner des choses — lisibilité — et en perdre beaucoup  — spontanéité et force graphique — mais ne pouvant juger de la qualité littéraire de l’œuvre originelle, je ne pouvais que m’inquiéter ironiquement de la potentielle supériorité de l’adaptation BD sur la version cinématographique…

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