Une Cité romantique, résidence photographique

Publié le 29 juin 2019

À l’invitation de Johan-Hilel Hamel du GrandAngoulême, je suis en résidence photographique depuis le 28 juin 2019 pour préparer une exposition (et d’autres surprises) courant 2020. L’exposition présentera une partie de ma démarche engagée en août 2013 : projet de documentation photographique de mon environnement social et expérimentation de l’appropriation des images sociales (« conversationnelles » dirait André Gunthert). 

« Une Cité romantique »
Portraits photographiques de créateurs de livres à Angoulême

L’exposition se réalisera avec l’aide de quelques partenaires, comme le Musée des Beaux-Arts d’Angoulême, Magelis, La Cité Internationale de la bande dessinée et de l’image, L’Alpha (médiathèque), la Mairie d’Angoulême…

Récapitulons : 2013-2016

Cette résidence et cette exposition viennent comme couronner le projet artistique au long cours que je débutais en août 2013, et qui s’intitulait «Romantic’Iphone, ou ma vie parmi les auteurs de BD ». J’infléchissais alors mon journal photographique, trop égocentré, pour m’ouvrir à mon environnement social (composé pour une bonne part de dessinateur.rices de bande dessinée) et publier les photographies sur les réseaux sociaux en temps réel. Je sortais alors d’une longue parenthèse dans la communication institutionnelle et j’en avais retiré de nombreuses expériences, mais aussi quelques frustrations. Ma pratique artistique s’était édulcorée, et je ressentais le besoin impérieux d’en retrouver le fil. 

Mais pour ne pas renier mes expériences antérieures, je tenais à allier expression personnelle et relation sociale, et espérais même être utile à la communauté, dans le sens où le résultat de cette pratique subjective serait appropriable par les sujets photographiés comme communication personnelle ou collective.   J’ai ainsi conçu Romantic’Iphone comme un « projet d’art social », reprenant le fil d’une démarche apparut au milieu du XIXe, mais qui s’était étiolé dans les années 80 du XXe, au moment où je commençais ma formation artistique et ou l’on voyait encore régulièrement des photographes travailler comme des sociologues de terrain.  

M’en inspirant, j’ai commencé par photographier mes amis selon un protocole très simple grâce à mon smartphone. Pour obtenir une complète liberté et de cliché et de diffusion, j’ai mis au point un contrat moral : je partagerais avec les gens photographiés les droits d’usage et de diffusion. Il m’a fallu entre deux et trois mois pour que cette pratique normalement perçue comme agressive soit totalement acceptée.

Mon expérience (2010-2014) au sein du regretté « laboratoire d’histoire visuelle contemporaine » de l’EHESS dirigé par André Gunthert m’a sensibilisé aux théories de la réception et en particulier aux mécanismes d’appropriation des images sur les réseaux sociaux. J’ai donc commencé à documenter systématiquement la vie de la communauté des dessinateur.rices angoumoisin.es et à observer comment les clichés réalisés se diffusaient librement sur les réseaux. 

En 2014, je définissais le projet ainsi :

« Romantic’iPhone est un journal visuel intime/extime exclusivement réalisé avec un smartphone. Il raconte ma vie au sein de la communauté des auteurs de bande dessinée et autres producteurs d’image. C’est un album souvenir, un objet d’art social, une autofiction, une fiction collective. Malgré les contraintes, format carré et usage exclusif de l’appareil photo du smartphone, il s’amuse des usages communs de la photographie de partage et des esthétiques induites par l’usage des filtres. »

300 clichés carrés de cette période du reportage ont été exposés à la Maison des auteurs de janvier à décembre 2015 :  

2016-2019 :

En 2017, j’ai remplacé le smartphone par un petit reflex numérique, léger, maniable, mais moins discret qu’un téléphone. Ce changement de matériel faisait sauter de nombreuses contraintes techniques. Les gens habitués à me voir photographier et diffuser les clichés ont plutôt bien accepté l’évolution. C’est à cette période que j’ai commencé à provoquer les situations de reportage, me déplaçant dans les ateliers en prenant rendez-vous, pour ne pas trop répéter les mêmes images des mêmes personnes. 

En 2018, j’ai dû me résoudre à déplacer (progressivement. Ce n’est pas terminé) la publication principale des photos de Tumblr vers mon vieux blog personnel (ici même, donc). Les réseaux sociaux, entreprises privées, sont à tout moment susceptibles de disparaître ou de changer de politique (comme Tumblr dernièrement, qui pour améliorer son référencement, a dû accepter le dictat de Google). 

Ce projet mené depuis bientôt 6 ans est devenu une véritable démarche au long court, une pratique quotidienne qui n’a pas vocation à s’interrompre. J’ai aujourd’hui photographié environ 400 personnes dont une bonne part n’étaient que de passage à Angoulême. Et j’avais assez rapidement compris que cette accumulation de clichés photographiques prenait une dimension testimoniale qui me dépassait et excédait la dimension esthétique que j’espérais y mettre.

« Une cité romantique », le projet : 

Dans le cadre de cette résidence artistique, je vais réaliser une série de portraits d’auteur.rices ou d’éditeur.rices d’Angoulême choisis pour leur actualité éditoriale récente. Je ne veux pas seulement exposer une série de portraits, mais aussi renvoyer aux livres que ces auteur.rices produisent, pour souligner l’étrange identité de cette agglomération, et ainsi, au-delà de la démarche artistique, mettre en jeu les dimensions sociales et communicationnelles de ce projet. 

Ma pratique est cadrée par quelques règles strictes : je ne fais jamais poser. Je n’utilise jamais le flash. Avec le reflex, je n’utilise aucun automatisme. Pour la plupart des clichés, j’utilise le 50 mm, ce qui oblige à un certain engagement physique.  Si j’utilisais les filtres avec le smartphone, je ne les utilise pas pour mes noirs et blancs reflex, que je préfère régler moi même. Ayant été longtemps graphiste, j’en garde le goût du post-traitement qui est le « second plaisir » après celui de la prise de vue…

Un grand merci au GrandAngoulême, la Marie d’Angoulême, Le Musée des Beaux-Arts d’Angoulême, Magelis, La Cité Internationale de la bande dessinée et de l’image, l’Alpha et toutes les institutions qui participeront, et surtout à mes amis et cobayes volontaires de cette aventure visuelle.

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