Une performance textile de Séverine Gallardo

Publié le 4 juin 2019

J’ai assisté à une performance de Séverine Gallardo. Séverine est une plasticienne qui réalise des objets textiles déviants, pseudo-utilitaires (chapeaux ou accessoires) ou symboliques, comme ses ex-voto composites. Elle expose ces objets, mais aussi, donc, les met en scène avec l’aide d’amies danseuses, comme ici Zzpompino, Dyna-Mite et L..

Séverine Gallardo en répétition

Les pièces de Séverine Gallardo, clairement post-modernes, puisent à des sources aussi multiples qu’anciennes : antiquité grecque, arts populaires russes ou bien plus locaux, évocation des motifs Ndébélés et autres, emprunts à l’histoire de la mode, aux formes organiques ou aux avant-gardes, mais aussi filiation évidente avec le textile plasticien de la fin du XXe. Séverine Gallardo réussi pourtant une synthèse et se fabrique un style en mixant tout ça très librement par la grâce des gestes antiques du tricotage ou du feutrage. 

Quant à la mise en scène très fellinienne de la performance, pour ce que j’en ai vu de mon point de vue : rite, mystère, procession de corps féminins métallisés, parés, divinisés, dans une obscurité uniquement percée par de petites torches manipulées par Séverine surélevée, en déesse dispensant lumière et fil de laine à ses grandes prêtresses qui devront enceindre ou relier…  selon qu’on invoquera Hermès ou Minos… 

Je sais qu’on a l’habitude d’avoir une lecture politique des travaux d’aiguille en Art à cause du retournement ironique effectué par les artistes féministes des années 70. Je ne présumerais pas d’une intention que je ne connais pas, et surtout, c’est aujourd’hui un mouvement esthétique massif qui pourrait même risquer de retourner le retournement s’il ne gardait encore sa charge ironique de détournement d’un usage lié à une condition. Et puis, j’ai aujourd’hui tendance à replacer ma lecture du genre dans une bien plus grande perspective historique, anthropologique et même éthologique, pour les envisager au croisement de deux des quatre grandes sources de l’Art : l’une parfaitement zoologique, la parure et l’autre plus anthropologique,  le fétiche.

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