Vague

J’ai flanché. J’ai flanché. J’étais déjà pas jouasse, mais j’ai eu un sursaut, et j’ai voulu remplir ce dossier administratif, et là, après deux trois erreurs, parce que je suis incapable de remplir des cases sans me planter, parce que je remplis trop distrait, trop détaché, trop regard ailleurs, et que je comprends ce qu’il fallait mettre après. Et puis, c’est une drôle de chose de demander une adresse postale dans le désordre. C’est bizarre. C’est quoi, un coup de déconstruction administrative ? Oui, je disais, après deux trois erreurs qui foutent la honte, qui te transforme le formulaire en torchon, une vague, une vague que j’ai pas vus arriver. Ils en demandent des trucs, ils te demandent ta vie, enfin la version crade, la version avec document justificatif, et la vague m’a claqué la gueule, et j’ai été embarqué, comme une broyeuse, par l’angoisse. J’ai rien vu venir.
Cette impression idiote de tout perdre, de se perdre, de perdre ce qu’on imaginait avoir.
Je respire. Je respire. OK, je sais, dans deux jours, c’est bâclé, c’est passé, et peut-être même que ce sera un moment de plaisir, que tu sais faire parfois, ce genre de chose. Mais tu sais pas, t’as rien vu, crétin, elle était planquée, c’te vague, elle t’a prise par surprise… Ou tu étais préparé à ça. Ou tu avais un terrain. Un vide. Un flottement. Une perte de confiance. Une tristesse.
Enfin, voilà. Arracher les entrailles, encore. Après des jours de détachement. Alors, tu respires, tu respires, et tu tentes de retrouver la sensation, sous tes pieds, le sol. Aller, on reprend le sourire là ou il était, aller, on y va, on va faire ce qu’il faut, tranquille, comme si rien, aller ! De quoi as-tu peur ? Tu t’es préparé, tu es prêt à tout perdre. Tout. Alors, quoi ? Te reste quoi ? Hein ? Te reste quoi ?

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