Inexorable

Publié le 3 avril 2013

L’enchaînement inexorable des événements. Inexorable. Je croise ce gars. Je commence à travailler dans ce centre, on me demande d’organiser une première exposition des « artistes » du cru, et le directeur me dit « il faut que tu rencontres un couple d’artistes, ils habitent sur la route nationale désaffectée, vas-y et propose-leur de participer. Et c’était eux. C’était eux. Je frappe, une fille ouvre, bonjour, bonjour, je viens de la part du centre, entre, tu veux un café ? Oui. Je scanne l’environnement, me décontracte en voyant le poster de Béla Lugosi au dessus de la table… Et là, le gars, le grand blond, et une boucle se ferme. La fille ? Je n’ai pas fait vraiment attention. La fois d’après, quand je viendrais, je me souviendrais d’une silhouette, en robe noire, je ne la verrais plus jamais en robe, presque. Une silhouette, et elle n’avait pas arrêté de balayer parce que j’étais arrivé. Toujours souriante. Pas attention. Cette fille-là, des premiers jours, je n’en ai presque aucun souvenir.

Et on se voit, pour organiser leur participation, et on s’entend, et ils m’adoptent, et je décide de les intégrer plus dans l’organisation de l’expo. Et quelques jours plus tard, je leur explique qu’on va monter une association. Parce que j’étais un grand créateur d’association.  Ha oui, ça y est, c’est comme ça qu’elle va prendre du corps : elle me fait visiter son atelier, une chambre déjà, et je suis surpris. « Tu as fait les Beaux-arts ? » « Non ». Hum… bon niveau. Intéressant, un peu « nouvelle figuration libre, mais intéressant ».

Eh oui, depuis la scène derrière la fenêtre, avec la grande fille mole, je ne suis plus tombé amoureux que d’artiste, exclusivement des artistes.

28avrilC’était donc une artiste… Mon intérêt qui se réveille. Et je vais découvrir sa productivité, je vais découvrir qu’elle ne fait que ça, du soir au matin, chaque jour de sa vie. Que ça sort, que ça sort… Et nous allons bien nous entendre. Voilà, 2e étape. On va commencer à parler, tous les deux. Et je vais commencer à venir la voir, elle, seule, mais elle faisait comme si c’était normal, et elle continuait à bosser. J’ai retrouvé un dessin d’avril… 93, oui 93. Je restais là, à la regarder bosser, et nous causions. Et moi ? J’étais toujours officiellement « en couple ». Et j’étais plus innocent qu’un nouveau né. Tout ça était très naturel, sans autre motivation que le plaisir d’être ensemble. Normal. Tout est normal. Encore…