Dans un rang de livres d’occasion à un euro, de loin, je détecte un livre d’une maison d’édition que je ne connais pas. À la microseconde qui suit, j’identifie son époque, celle de mon adolescence, les années 80 du siècle dernier. Et à la troisième, trouble, le temps que ma conscience accepte les signes qui m’ont permis de dater l’objet, je pense : « Robial’s style ?« . L’infime temps de ce processus, ma main avait vivement saisi la chose, d’instinct. Au feuilletage, trouble encore, par ce mélange de familiarité esthétique et d’absences d’identification… Une maquette full « Métal Hurlant seconde époque » (maquette de Charles Buxin), et une date de parution relativement tardive : 88, hum, jamais vu, mais à cette époque, étudiant aux Beaux-Arts, j’étais à la fois totalement fauché et je pensais à toute autre chose. En main, ouvert (difficilement, objet rigide), je cherche le nom d’éditeur : « Philippe Gavardin et Jean-Michel Nicollet« . Ha ! Nicollet ! Mais alors, pourquoi n’ai-jamais vu ces livres ? Ce logo ? Ce nom de maison audacieux : « sombre crapule » ? Montrant ma trouvaille à Elric Dufau, il me dit « Hum… Sait-on vraiment si c’est du Robial ou du Guilmetti ? » Ha !Ne trouvant rien sur le Web, je me résous à poster la question sur facebook, accompagné d’une photographie des choses. Instantanément, la réponse de Jean-Christophe Menu qui sait tout :
« Crapule, c’était la boîte de Patrick Couratin, lui-même illustrateur et déjà excellent graphiste chez Harlin Quist auparavant. Le caractère « Block » est l’une de ses marques de fabrique ».
Voilà, plus de mystère. Il reste ces objets étranges, rééditions de pulps pas très facile à lire par le choix de couverture trop raide et d’un papier trop kaolinisé, esthétiquement « dans leurs jus », de ce moment postmoderne qui hésite entre relent moderniste et nostalgie des romans de genre bon marché du début du XXe. Les premiers exemplaires que j’ai trouvés :
— C’est arrivé à Boston ? Russel H. Greenan Illustration de jaquette : Henri Galeron fin 1988
— John Silence tome 1 & 2 Algernon Blackwood Illustrations de couverture de Jean-Michel Nicollet début 1989
— L’amour mort ou vif de Richard Lortz illustrations couverture et les rabats par Gérard Failly fin 1990
— Trouille de Marc Behm illustrations couverture et les rabats Manchelle Deshayes fin 1990





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