La naissance du monde moderne (1780-1914) de Christopher Alan Bayly aux éditions de l’Atelier.
On me dit, discrètement, que ce livre n’a pas reçu l’audience qu’il aurait pu espérer. Dommage, et d’autant dommage depuis que l’Histoire européenne s’enflamme de nouveau. En effet, l’une des vertus de Christopher Alan Bayly est d’offrir une lecture équilibrée de la naissance de la modernité, cette période qui peut s’entendre aussi comme ce moment de domination rapide et brutale de l’occident sur le reste du monde. L’étude des réseaux commerciaux et culturels qui vont structurer la naissance de la modernité dessine un paysage de relations internationales plus complexes que simplement subordonnées, mais aussi tempérées par des réciproques qui contredisent la trop rapide lecture coloniale, mais aussi vient modérer, un peu, les contrefeux légitimes du décolonialisme. Même s’il n’est pas question de dédouaner l’occident de ses crimes, la réalité décrite par Bayly est brillante déjà, mais complexe et multiple.
Et vraiment, qu’il est dommageable que ce livre n’ait pas trouvé suffisamment de lecteurs à sa publication ! Puisqu’il peut servir (avec d’autres), par exemple, à sous-tendre une réflexion non partisane sur cet étrange retour à la guerre froide, ou nouvelle guerre des blocs, et éclairer maintenant, re par exemple, des particularités de la crise actuelle, comme cet étrange mouvement de sympathie africaine pour Poutine. Et marquer aussi des répétitions, radotages, cafouillages de cette histoire des hégémonies et de leurs résistances. En tant qu’occidental affranchi d’un certain nombre d’aveuglements, sur le racisme et l’ethnocentrisme par exemple, la lecture de Bayly me permet d’accepter une vision très alter vis-à-vis de mon point d’observation duquel je ne pourrais m’extraire sans mentir.
C’est en ce moment l’un de mes livres de chevet. Je le garde proche et avance lentement, par intermittence, en alternance, et il vient consolider mes révisions plus massives encore en Histoire de l’Art.

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