Le retour du fantôme des Hommes de maïs

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En pleine canicule — laquelle ? — par la grâce d’une publicité non sollicitée sur Facebook, une publicité pour Télérama, j’apprends qu’il existe une édition neuve de « Hommes de maïs » d’Asturias. C’est donc de nouveau disponible, ça, c’est l’info, une disponibilité dite « élégante ». La mienne, d’édition, est vieille et sans grâce, vaguement couleur maïs, et c’était la couleur de la collection. Mais cette petite info m’a réveillé Asturias… Asturias, l’homme de la littérature superlative.

Peu importe l’esthétique du flacon, Asturias est un écrivain au-delà des superlatifs. Il a bien fallu qu’il existât de grands conteurs ou de grandes conteuses à toute époque pour que certains récits insistent à se diffuser pendant des dizaines de milliers d’années. Lire Asturias, c’est toucher du doigt ce que devait être une écoute prodigieuse, de celle qui stupéfiait, qui imprégnait, et qui, par le mythe, transformait le monde même. Peu d’écritures sont capables d’une telle puissance poétique sans pourtant perdre la rugosité des voix vives. Ici, il n’y a plus genre ou domaine, aucune frontière à une langue dont suinte les formes du monde. Tout est poétique et tout est prosaïque, tout est image, scène, sensation, gout, odeur, tout est terre et ciel, tout est anecdote et mythe. Asturias anime la perception magique de ses personnages, produisant un effet de superposition fantasmatique sur le réel. Son usage du réalisme magique fait sentir le monde comme le sent le délirant commun (nous tous).

Alors, puisque nous plongeons dans un monde qui brule, puisque qu’Homme de maïs parle d’un monde qui brule, pourquoi ne pas le relire ? Même si c’est dangereux, toutes les lectures qui suivront passeront pour un bain tiède et usagé.


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