Beauvoir made in America

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Lecture de Beauvoir made in America de Nathalie Masseduro, Valérie Urréa & Lisa Chetteau (avec des couleurs de Margaux Chetteau), chez Gallimard BD.

Janvier 1947, Simone de Beauvoir part pour les États-Unis donner une série de conférences. Autour de ce voyage, un roman graphique…

Par quel bout commencer ? Par Simone de Beauvoir comme fil rouge. On oublie le pourquoi du voyage, conférences, universités, simples prétextes au vrai voyage : les rencontres. Ce sont les rencontres qui structurent ce livre, chaque chapitre dressant le portrait d’une Américaine, de sa condition, de la manière dont elle se débat dans cette condition, et parfois, dans le meilleur des cas, de ses efforts d’émancipation. En gros, le livre préfère parler de ce que Beauvoir avait à apprendre (comprendre) des Américaines plutôt que ce qu’elle avait à donner où à dire là-bas. Et s’il y a une thèse dans le livre, elle est simplement cachée, comme la lettre, dans le « made » du titre, et donc dans l’influence à la fois de l’éloignement par le voyage, qui permet de mieux comprendre d’où l’on vient, et par le contre-modèle que représente ce pays traversé, les États-Unis, travaillés à la sortie de la guerre par de puissants courants contraires. Le livre n’oublie pas de noter au passage les limites de Beauvoir, qui dans son long parcours d’émancipation s’est arrêté aux pieds du mur de ses plus têtus préjugés. Passons, car le sujet n’est pas vraiment Beauvoir en tant que telle, mais ce que Beauvoir avait à comprendre et prendre de ce voyage. Et bien sûr, et malheureusement, de marquer l’encore actualité de ce qu’il y avait à voir et entendre à cette époque-là. Ce sujet inusable — des machines perpétuelles de la misogynie et du racisme et de leurs rouages communs — serait désespérant si Lisa Chetteau n’emportait pas le livre dans l’heureux souffle underground de son dessin, qui tout en évoquant les émancipations graphiques US 70′, apporte légèreté et ironie, voire moquerie pour les prétentions mâles incapables d’affronter l’autonomie d’une altérité (de la même manière que quelques suffragettes s’enferrent « en toute bonne foi » dans leur racisme crasse.)


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