Contexte : alors que mon oncle vidait la maison de ses parents, j’ai récupéré in extremis, avant départ à la déchetterie, toutes les photographies, papiers et diapositives. Parmi, il y avait une belle et relativement grande photographie encadrée (40X32), lourd cadre de bois détérioré et ensemble très sale. Sur cette photographie, à gauche, ma grand-mère enfant, au centre sa mère, et à droite sa petite sœur Kathi (plusieurs orthographes de son prénom coexistent sur les photos) qui mourra tragiquement à la fin de l’adolescence sous un bombardement. On peut consulter ma petite enquête sur la malheureuse sœur de ma grand-mère paternelle ici : https://bonobo.net/la-guerre-de-kathi/
Approximativement, cette photographie date de 1930 ou 31. J’ai stocké l’objet quelques années chez ma propre mère. Je n’ai décidé que dernièrement de me pencher sur son cas :
— Sans scrupule, démonter et jeter l’encadrement vieilli dont un coin était brisé.
— Remarquer que c’était un encadrement professionnel, non personnel et datant donc surement de l’achat initial.
— Récupérer la photographie marouflée sur un carton sérieux, avec signature en bas à droite.
— La photo débarrassée de sa vitre sale et dépolie par le temps apparait vraiment très douce, et… floue ! Signature, encadrement pro, papier photo texturé, ceci ne peut être qu’un flou volontaire.
Un flou volontaire ? Oui, une manière d’époque de pallier la trop grande dureté de la netteté sur les visages et les peaux. Un pictorialisme raffiné accroché un jour sur un mur, dans ma famille, je ne m’y attendais pas. On a de ces préjugés…

Accrochés en situation et regardés à bonne distance, les trois visages paraissent relativement nets, mais baignés dans une atmosphère très douce. La crasse du temps m’avait initialement empêché de noter l’effet. La photographe sortie de sa gangue d’époque, le flou est évident, comme un flou de bougé, comme un léger décalage de deux clichés superposés. L’accentuation sur les bords indiquerait que l’effet vient de l’objectif. Si la photographie était familiale, ce serait l’indice d’une vitesse trop lente, mais signée, encadrée et facturée par un professionnel, ça ne peut être que volontaire.
Donc, s’intéresser à la signature « Atelier Rembrandt ». Je sais qu’à l’époque de la prise de vue, la famille Kuntz habite Sarrebruck, dans la Sarre, région allemande sous administration française depuis la fin de la guerre. D’ailleurs, Maria Magdalena Merfeld, au centre de la photo, obtiendra la nationalité française en 1931. La photographie date de cette période.
Signer « Atelier Rembrandt » en toute simplicité ?

Une recherche rapide nous apprend qu’il existait bien à Sarrebruck depuis la toute fin du XIXe siècle un « Atelier Rembrandt » dans le quartier de St. Johann-Sarrbrücken succursale d’un atelier homonyme fondé à Berlin et spécialisé dans le portrait pictorialiste s’inspirant des tableaux de Rembrandt (lumière intense à gauche et ombres douces légèrement débouchées à droite). Ils utilisaient pour obtenir cet effet soit des objectifs spécialisés style « Soft Focus », soit des filtres textiles tendus devant l’objectif, pour effacer les défauts du visage. Nous sommes donc devant l’ancêtre des pratiques contemporaines si décriées de filtrages numériques des visages pour les mêmes raisons : effacer les défauts et la texture de la peau.

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