Atlas of forms

Joie ! J’ai enfin pu feuilleter le grand livre d’Éric Tabuchi, « Atlas of forms » (Poursuite éditions) ! Avec un mélange de plaisir, de surprise enfantine, de jalousie (le livre n’est pas à moi),  qui me confirme à quel point je goûte sa démarche. Éric Tabuchi sait que le monde est un musée clandestin, peuplé des formes géantes que nous (les architectes et leurs commanditaires plutôt) déposons partout, ensemençant le paysage à coup de grandioses projets et faillites, de modes et désuétudes. Ce musée clandestin des formes clandestines est là, sous nos yeux, clandestin parce qu’il s’expose trop, jusqu’à nous boucher la vue, mais dans cette zone aveugle de l’esthétique que nous (les autres plutôt) considérerons souvent comme une laideur dénaturant un fantasmé paysage primal, qui, hors la pulsion romantique, n’a jamais eu lieu depuis l’apparition de l’agriculture.

Alors, j’ai déjà écrit sur cette obsession d’Éric Tabuchi, ici, mais je me contentais de noter son implication sur le réseau facebook, comment il faisait partie des plasticiens qui s’en servent comme médium.  Aujourd’hui, sa collecte est un livre, « Atlas of forms », un catalogue, et par son édition impeccable, taille, papier, impression, paratexte réduit au titre et à la tranche (c’est la mode, je crois) un très beau livre d’Art. Éric Tabuchi y édite sa compilation des formes architecturales selon sa taxonomie aussi arbitraire que minimale, avec cette manie préscientifique d’un classement non qualitatif.  Le résultat est un incroyable livre d’images, l’un des plus beaux qui soient (jubilation de l’album Panini complet, me dit Mai Li Bernard), qui dit quelque chose de nous parmi les insectes sociaux, et du monde, de notre monde, d’un monde humain, non naturel, trop humain pour certains. Pourtant, ce monde est fragile, en sursis, voué à destruction, à écrasement, à effacement, maudit, haï, a minima abandonné, oublié, sauf dans ce précieux travail de mémoire. 

Le site d’Éric Tabuchihttp://www.erictabuchi.net/www-atlas-of-forms-net

 

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