Dans L’explosion de la tortue

Publié le 22 février 2019

C’était malheureux de traiter l’Éric Chevillard de « marrant » (avec la sourde charge péjorative, désinvolture coupable). Mais en lisant le dernier, l’Explosion de la tortue, je me suis souvenu que j’étais du genre à toujours m’acharner à ouvrir les portes dans le mauvais sens alors que « c’est marqué dessus »… Donc, ce « marrant » ambigu pourrait être une petite vengeance d’un plus souvent tortue craquante qu’idiot tortionnaire. Et puis Chevillard est un singe, comme moi, comme nous tous, de l’espèce de singe autophage prétentieux malin, malin ho ça oui, mais ridicule au bout, surtout vers la fin, quand ça trébuche et n’assume pas ses petites et (très) grandes fautes. Mais lui, Chevillard, est un spécimen de singe marrant. Fait-il rire ses camarades pour le pas être le dindon ?. Il s’en sort comme ça. Et il s’en sort rudement bien.

Cette tortue explosée, « on ne saurait choisir plus humble figure de soi », est un abîme de littérature, qui s’amuse même de ses abîmes : « C’est de loin le plus mauvais livre de Novat, nous y lisons une lamentable tentative d’expiation ou de justification d’une petite cruauté enfantine tout à fait anodine sur laquelle il revient tout au long de ces pages interminables et complaisantes, une entreprise décidément très obscure et stérile, vouée au ressassement. »

Chevillard est… malicieux, oui, il a cette manière de dire beaucoup avec peu, de dire beaucoup l’air de rien. Une manière qui me fait rire, souvent, mais. Inquiétude derrière la légèreté. Et amertume, cynisme, il y a des petits grumeaux acides dans la glace légère et gentiment bouclée. Il y a des mots d’esprit incroyablement classique : « C’est un homme bafoué qui se venge, s’il fallait une preuve encore de sa qualité d’écrivain ». Je souris, j’ai eu cette conversation à propos de B. Constant et aussi d’un contemporain enflé. Mais je ne fais pas le malin, je suis pris encore par un livre de Chevillard le bien nommé, et regarde toujours épaté sa poésie s’élever.

Éric Chevillard, « l’Explosion de la tortue » aux éditions de minuit

(le billet est illustré par une tortue sérigraphiée sur mouchoir de Céline Guichard)

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