En Coree \ en France de Yoon-Sun Park

Yoon-Sun Park

Yoon-Sun Park est une jeune auteure de bande dessinée coréenne qui vit depuis 2008 en France. Elle a publié un livre chez Sarbacane en 2011 et deux chez Misma (2013 et 2014), mais pour son projet le plus personnel, elle a choisi l’auto-édition. Elle voulait y parler librement de sa famille, de la Corée et de sa découverte de la France, et ce choix de l’auto-édition lui permettait de garder la maîtrise totale du contenu et de la diffusion du livre.

Le diptyque En Corée \ En France

En deux petits romans graphiques auto-édités, Yoon-Sun Park nous livre ses souvenirs de la Corée et sa découverte de la France. Ces deux livrets à l’allure si modeste sont une si belle surprise qu’à la fin j’ai eu la douce impression qu’une amie venait de m’envoyer une longue lettre, une lettre manuscrite, reçue par la vieille poste. Une chose qui n’arrive plus, ou presque…

La dialectique de la bande dessinée, qui fait tant gloser, est ici d’un dosage singulier. Le dessin joue en retrait sur le texte, n’apportant que peu d’information sinon une ambiance générale relativement floue. Le récit est classiquement porté par le texte. Et je me suis souvent demandé ce qui décidait d’une réussite ou d’un échec en la matière. Et je crois que c’est le ton. Et ce n’est pas la chose la plus facile du monde à analyser… Mais oui, Yoon-Sun a trouvé le ton de son récit, son placement, et c’est ce ton qui porte sa voix et nous entraîne dans l’énumération de ses petits riens d’une vie qui touchent à l’universel.

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Je dis souvent qu’on peut avoir beaucoup à dire d’une mauvaise expérience et rien d’une bonne. Et je suis là à peu près dans la seconde configuration, ne voulant pas analyser ou démonter, mais juste rester sur le plaisir de lecture, qui, quand il survient, nous rappelle à quel point il est rare. Je resterais donc sur ce sentiment diffus que l’auteur était à côté de moi, me racontant, me chuchotant parfois ces petites histoires faites de rires, de sourire, de tristesse et de silence.

Pourtant, il y a autre chose, une qualité plus froide du diptyque En Corée\En France. C’est celle, spécifique, de l’anthropologue que nous sommes tous dès que nous sommes déplacés géographiquement, culturellement ou sociologiquement. Et Yoon-Sun est doublement déplacé, par son inadaptation à son environnement d’origine qu’elle a accentuée en mettant tant de distance géographique entre elle et son lieu de naissance, et bien sûr, par l’expérience de l’exil. Le jeu de miroir social du dytique devient alors un précieux témoignage, d’autant précieux qu’il est ici particulièrement sensible.

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 L’auto-édition

Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet. Mais pour ne pas m’écarter trop du cas du livre de Yoon-Sun Park, juste noter qu’aujourd’hui l’impression numérique rend l’auto-édition parfaitement concevable. Et qu’elle est même en train de perdre la connotation négative qu’elle avait jusque-là. Devant la crise massive de l’édition, et surtout de la distribution des livres, l’auto-édition couplée à l’autopromo sur les réseaux sociaux devient une alternative crédible à la micro-édition et l’édition indépendante. Mais c’est aussi une alternative à une publication chez un gros éditeur lorsqu’il distribue mal et peu votre livre, et qu’il se dispense de toute communication et service de presse.

Pour Yoon-Sun Park, la situation était un peu différente. L’auto-édition lui permet une totale liberté éditoriale et lui assure une maîtrise de la diffusion d’un livre qui parle de sa famille, sujet toujours très délicat et jamais sans conséquence. Quoi qu’il en soit, parce que ces deux livres sont de bons livres, ils se vendent à la mesure où ils se seraient vendus chez un petit éditeur.

Yoon-sun Park travaillant sur la couverture de “En France”

J’ai posé la question de la validité économique de cet expérience à Yoon-Sun. Voilà sa réponse :

« En aout 2014, j’ai mis à peu près 500 euros pour faire 100 ex d’En Corée. Quand j’ai imprimé « En France » en janvier 2015, il me restait que 20 exemplaires d »en Corée ».

A ce moment-là, En Corée était remboursé.

Mais comme j’ai donné quelques exemplaires ou fait quelques échanges, je n’ai pas tout vendu, et donc, j’ai peut-être gagné 70 euros sur ce premier tirage…

En imprimant « En France » à 200 exemplaires, j’en ai profité pour ré-imprimer 100 exemplaires d’ « En Corée ». Ce qui a couté environ 1100 euros pour l’ensemble. Ce double tirage n’est toujours pas remboursé, mais presque ! Je pense que si je vais encore à 2 petits festivals pour vendre ces livres, je reviens à zéro. Et si je vend l’intégralité du tirage, je pourrais gagner à peu près 1000 euros.

Oui, mais si je re-imprime encore… l’argent gagné passerait dans le nouveau tirage, et ça ne se termine jamais ! Je crois que j’ai maintenant compris que je ne gagnerais pas grand chose par rapport à une édition chez un petit éditeur.

Si j’avais imprimé beaucoup d’exemplaires au premier tirage, peut-être que ce serait différent, mais c’était la première fois et je ne pouvais pas prendre un tel risque !

Mais je reçois les réactions des lecteurs, et ça, c’est cool ! »

Si je peux me permettre de conclure, le bilan de l’expérience d’auto-édition est financièrement neutre. Le livre existe même si pour ça, il doit être diffusé « à la force du poignet ». Il trouve lentement ses lecteurs et le mode d’éditions et de diffusion suscite même un lien affectif particulier avec l’auteur.

Mais un auteur peu connu ne peut pas gagner d’argent, et donc vivre de son travail avec ce mode d’éditions. Même si les livres sont si mal distribués aujourd’hui que ça ne peut être un argument en faveur des éditeurs. Et être édité chez un éditeur ne dispense pas de faire la tournée épuisante des festivals.

Alors, oui, l’autoédition, chaque jour plus simple techniquement, devient une alternative crédible pour certains livres…

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Le site de l’auteur avec l’adresse pour les commander

Les autres livres de Yoon-Sun Park :

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Sous l’eau, l’obscurité – Éditions Sarbacane (5 mars 2011)
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Le jardin de Mimi – Misma Editions (12 septembre 2014)
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L’aventure de l’homme-chien – Misma Editions (23 janvier 2013)

Yoon-Sun Park en photo sur Romantic iPhone

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